Que faire, en tant que médecin, face à une victime de violences sexuelles?

33% des victimes de violences sexuelles se confient d'abord à leur médecin
33% des victimes de violences sexuelles se confient d'abord à leur médecin - © Pixabay

En première ligne pour aider les victimes, les médecins ne savent pourtant pas toujours comment réagir au mieux, face à des violences sexuelles. Un 'Code de Signalement des Violences sexuelles' a donc été rédigé par l’Ordre des Médecins et par l’Institut pour l’Égalité des Femmes et des Hommes. De quoi s'agit-il ? Explications avec Nicolas Belkacemi, de l’IEFH.


En Belgique, dans 33% des cas, les victimes de violences sexuelles se confient d'abord à leur médecin, avec qui elles ont une relation de confiance. C'est un chiffre plus élevé que la moyenne européenne, mais il reste quand même 2 femmes sur 3 qui ne font pas appel à lui.

Les conséquences en matière de violences sexuelles sont les syndromes post-traumatiques, constatés dans près de 80% des situations, et les conséquences sur le plan sexuel, psychologique : anxiété, angoisse, dépression, troubles du sommeil... Tous ces signaux peuvent être détectés par le médecin grâce à la relation de confiance qui le lie à son patient.


Un rôle essentiel

Le médecin a un rôle essentiel dans cette lutte contre les violences sexuelles, parce qu'elle s'inscrit dans une approche pluridisciplinaire et implique de nombreux acteurs. Il est en première ligne car il est à l'écoute des victimes et donc bien placé pour détecter des signaux, constater des déviances sexuelles, orienter vers les structures les plus indiquées.

Les constatations en première ligne sont essentielles pour une poursuite judiciaire éventuelle. Mais il est parfois difficile de réagir adéquatement quand la victime se tait, alors qu'il est manifeste qu'on est face à un cas de réelle violence sexuelle.

Il était donc utile de donner aux médecins un code de signalement, qui peut leur servir d'outil. Le 'Code de Signalement des Violences sexuelles' a ainsi été mis en place par l’Ordre des Médecins et par l’Institut pour l’Égalité des Femmes et des Hommes, en collaboration avec le Professeur Tom Goffin, de l’Université de Gand.

La lutte contre les violences sexuelles, c'est comme une chaîne, et le médecin est l'un de ses importants maillons.

Le 'Code de Signalement des Violences sexuelles' est divisé en fiches, étape par étape, qui répondent à toutes les questions que l'on peut se poser. Divers secteurs sont concernés par ces violences sexuelles - la Justice, la Santé, la Police, l'enseignement pour l'éducation et la prévention... - mais aucun secteur ne peut lutter contre cette problématique en vase clos. L'idée est de mettre en place des relations entre tous ces corps professionnels, avec une orientation possible vers le Procureur du Roi en dernier recours.

Le médecin peut se mettre en contact avec des associations pour obtenir l'information la plus complète possible et ne pas devoir avancer seul. En dehors de son rôle d'écoute attentive, de soutien, d'inscription des constats dans le dossier médical et dans le certificat médical, il a en effet aussi envers la victime un devoir d'information et de protection. Il doit l'informer des ressources dont elle dispose pour obtenir ultérieurement des soins appropriés, via des associations qui procureront un suivi à long terme. 


Un tabou qui se brise lentement

Aujourd'hui, le tabou autour des violences sexuelles est de moins en moins grand : la problématique est sortie de la sphère privée pour entrer dans la sphère publique et devenir un problème de santé publique.

La colère, la honte, la culpabilité ressenties par une victime de viol ou d'agression sexuelle sont parmi les raisons majeures pour lesquelles elle ne fait pas de démarches et ne porte pas plainte. D'où l'importance de continuer les mesures de sensibilisation pour rappeler que la victime n'est pas coupable, que c'est l'agresseur qui l'est.

9 femmes sur 10 consentent d'ailleurs à ce que le médecin, face à une blessure, pose la question de savoir si elle est en lien avec de la violence dans le couple, ou à de la violence sexuelle. Ce qui montre que l'interaction avec le médecin est vraiment souhaitée.


Sortir de la culpabilité

Mais il est parfois difficile de faire prendre conscience aux personnes qu'elles sont victimes de violences sexuelles, quand s'il ne s'agit pas de viol. Il est difficile aussi d'empêcher un sentiment de culpabilité de se développer. Le médecin est là pour déconstruire les mythes  : non, ce n'est pas de sa faute si elle a été violée, la culpabilité incombe toujours à l'auteur des faits. Ou encore : non, l'agresseur n'est pas toujours quelqu'un de louche mais peut être tout un chacun. 

Le médecin a, par sa formation, son rôle, sa relation de confiance avec la victime, un rôle essentiel à jouer, rappelle Nicolas Belkacemi.

 

Le 'Code de Signalement des Violences sexuelles' est disponible sur le site de l’Institut pour l’Égalité des Femmes et des Hommes et sur le site de l'Ordre des médecins.

Le site violencessexuelles.be reprend toutes les informations utiles en la matière, pour les victimes, comme pour les professionnels ou les témoins qui se sentent démunis face à une situation.

Et aussi : SOS Viol

Ecoutez ici l'entretien de Tendances Première avec Nicolas Belkacemi, de l’IEFH.

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