Que faire des 6,5 millions de m² vides à Bruxelles ?

La nouvelle place Marie Moskou à Saint-Gilles
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La nouvelle place Marie Moskou à Saint-Gilles - © ASBL Toestand

L’urbanisme temporaire permet de réhabiliter provisoirement des bâtiments oubliés ou abandonnés. Les tiers-lieux, quant à eux, permettent de retisser du lien social et de redonner confiance aux habitants d’un quartier. Ensemble, ils fabriquent la ville de demain, une ville qui offre une réelle place au citoyen et lui permet de se réapproprier l’espace dans lequel il vit. Cécile Kaffier, de l’ASBL Toestand, Sâm Rosenzweig de l’ASBL Communa et Frédéric Serroen du bureau du Bouwmeester ont partagé leur expérience avec Véronique Thyberghien dans Tendances Première.

 

La place Marie Moskou

L’ASBL Toestand s’attache à réactiver par l’usage des bâtiments abandonnés, des terrains ou lieux publics en créant des espaces socio-culturels temporaires et autonomes. La place Marie Janson de Saint-Gilles, par exemple, était un espace vide et éphémère (anciennement s’y trouvait l’Hôtel des Monnaies) générant beaucoup de passage mais peu de vie. Les pouvoirs politiques envisageaient d’en faire un parking souterrain, mais les citoyens, fatigués de constater que leurs avis donnés dans les nombreuses réunions publiques n’étaient pas pris en compte, ont décidé de se la réapproprier. Avec l’aide de Toestand, ils ont d’abord essayé de recréer des imaginaires positifs autour de cette place pour laquelle était née une certaine méfiance. Après 6 mois d’observation, d’empathie avec les usagers et de prises de contacts, une relation de confiance s’est créée entre les riverains et l’ASBL grâce à des processus de concertation très informels et la promesse de conserver intacte l’identité du lieu. L’objectif ? Rendre l’espace au public en mettant à disposition des outils de radio, de cuisine mobile, en y installant des chaises, en organisant des événements. Tout est purement expérimental : si un problème survient, une solution est imaginée, ensuite évaluée et éventuellement repensée. La place, renommée désormais place Marie Moskou, attire aujourd’hui des dizaines d’habitants désireux de s’investir dans la vie de leur commune et qui espèrent que l’expérience préfigurera un aménagement plus définitif.

Repenser le cadre légal de la pratique

Des projets comme celui de la place Marie Moskou, il en existe beaucoup d’autres à Bruxelles. Un cadre légal reste cependant à définir et à réfléchir puisqu’à l’heure actuelle, il est loin d’être facilitant pour les personnes qui prennent le risque de l’occupation temporaire. Au niveau des normes, par exemple, les questions surgissent : dans les usines désaffectées depuis longtemps, une remise aux normes sera évidemment indispensable, mais coûte très cher. Qui doit donc prendre en charge ces dépenses ? Les propriétaires ? Les occupants éphémères ? Bien souvent, la durée initiale des projets s’allonge et il est nécessaire d’investir, est-ce donc le rôle de ceux qui font le pari de revitaliser l’espace urbain ? Dès lors, un changement de culture est impératif. Les autorités politiques sont actuellement dans le contrôle permanent et il existe un amas de règles assez floues sur le sujet. Il faudrait mettre en avant quelques réglementations clés au niveau de la sécurité et de l’habitabilité et que le secteur public s’exprime clairement sur le sujet afin de faciliter le travail des différents porteurs de projets.

 

Construire notre futur  

Ce genre d’initiatives existe dans plusieurs villes en Belgique et même dans toute l’Europe. Le mouvement est lancé et se situe à présent dans un moment charnière. Il reste encore des millions de mètres carrés vides à disposition qui ne demandent qu’à accueillir divers projets urbains. Rien qu’à Bruxelles, par exemple, ce ne sont pas moins de 6,5 millions de m² qui sont laissés à l’abandon, l’équivalent d’une 20ème commune ! Paradoxalement, 100.000 personnes se trouvent en situation de mal logement dans notre capitale. L’urbanisme temporaire et sa vocation principalement sociale répond donc à des besoins sociétaux urgents. Un autre enjeu majeur est celui de dépasser le temporaire pour arriver au transitoire et préfigurer les usages durables de ces espaces disponibles. En outre, si les citoyens sont impliqués dans cette première phrase provisoire en déterminant les besoins d’un quartier ou d’un lieu, l’urbanisme de demain se construira grâce à eux. Pour cela, des associations comme Communa ou le bureau d’architectes Bouwmeester peuvent servir d’intermédiaires et d’interlocuteur unique entre les occupants et les propriétaires et prendre en charge les situations administratives complexes ou délicates.

 

Retrouvez ici le dossier de Tendances Première sur les tiers-lieux, l’urbanisme temporaire et la ville de demain :

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