Que dit le Coran ?

Le Coran prône-t-il les attentats terroristes ? Incite-t-il à la violence ? Invite-t-il au “djihad” ? Interdit-il de boire du vin ? Bref, que dit précisément le Coran ?

Ismaël Saïdi, l’auteur de la pièce Djihad, et l’islamologue Rachid Benzine nous répondent. Ils publient ensemble Finalement, il y a quoi dans le Coran ? (Editions La Boîte à Pandore).

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Le Coran, tout le monde en parle, le convoque, mais bien peu le connaissent vraiment. Surtout, on lui fait dire beaucoup de choses qu’en réalité il ne dit pas ! Conscients de la grande ignorance qui entoure le texte sacré des musulmans, l’islamologue, Rachid Benzine, et l’auteur et metteur en scène, Ismaël Saidi, ont choisi d’unir leurs efforts, afin d’offrir une nouvelle voie d’approche du Coran qui conjugue intelligence et humour.

Aux questions posées avec humour par Ismaël Saidi, Rachid Benzine apporte des réponses à la fois claires et rigoureuses, en faisant appel aux ressources de l’Histoire, de l’anthropologie, ou encore à la sémiologie. Les deux auteurs abordent les principales questions que beaucoup se posent. Ils proposent un voyage aux sources du Coran, découvrant la société arabe du 7e siècle qui a été la réceptrice de cette parole devenue livre.

 

Le texte coranique donne à penser. Pour les lecteurs d'aujourd'hui, ça peut être intéressant de se plonger dans un texte qui a 15 siècles d'histoire et surtout de ne pas se projeter dans le texte. Il faut essayer de comprendre des gens qui ne sont pas nous, des imaginaires qui ne sont pas les nôtres, des sociétés qui ne sont pas les nôtres et ensuite voir en quoi il peut nous parler aujourd'hui.

Quelques extraits de l'émission

"J'ai lu le Coran toute ma vie, mais je ne l'ai jamais lu avec les lunettes de Rachid, je l'ai toujours lu en considérant que c'était une parole révélée, intangible, non touchée, universelle. Et là, Rachid prend ses lunettes et les pose sur mon nez. Et là, je vois le Coran en 3D. Et on voulait mettre ces lunettes sur le nez des gens."

Ismael Saïdi

Il n'y a pas de parole de Dieu en dehors de la parole humaine

"Tout ce que nous savons sur le prophète, sur la révélation, nous est donné à travers une littérature tardive, celle du Moyen-Age musulman, qui est une reconstruction, une islamisation du passé. (...) Mais on peut dire que la biographie de Muhammad, d'un point de vue historique, est impossible aujourd'hui. (...) Ce qui était intéressant c'était d'essayer de le retrouver, à travers les couches que mettent en place des générations de musulmans pour faire de Muhammad cette figure idéale. Il fallait essayer de retrouver l'homme derrière, puisque le Coran le dit : Muhammad n'est qu'un homme, même si c'est un avertisseur, un prophète. Ce que nous avons essayé de faire avec Ismaël, c'est d'essayer d'humaniser cette histoire-là, d'humaniser la figure de prophète en le rendant à sa société."

Rachid Benzine

Dieu, c'est le chemin que tu vas prendre

 

"Finalement, Muhammad, c'est l'histoire d'un mec qui a voulu rallier les siens, que personne n'a voulu suivre au départ et qui a passé une vie entière à les rallier, à négocier, à faire effectivement des razzias, c'était comme ça que ça se faisait à l'époque. Une fois que l'histoire est devenue humaine à mes yeux, j'ai commencé à l'aimer, à aimer son histoire. Avant je croyais en Dieu, maintenant, je pense à lui. Les discussions avec Rachid m'ont amené à ça, et si on peut donner 10% de cet apaisement au lecteur, alors le but sera atteint."

Ismaël Saïdi

Sur la violence... 

De nombreux versets du Coran semblent inciter à la violence.
Rachid Benzine estime que toutes les traductions du Coran en français ne sont pas à la hauteur des enjeux que nous devons traverser aujourd'hui, et que c'est une honte que l'Etat, les maisons d'édition ne s'investissent pas pour donner ce qu'il y a de mieux pour les jeunes. On ne peut pas raisonner par rapport à un verset seulement, il faut retrouver tout le champ sémantique, thématique, qui parle de la violence. 

"Muhammad s'adresse uniquement à sa tribu et ne peut pas agir contre elle, donc ce n'est qu'un discours en termes de paroles et il ne faut pas confondre la violence de la parole avec la violence de l'acte. Quelle que soit la violence, c'est toujours la violence de son temps et on est dans une société où la vie de chaque homme compte, puisqu'on est dans une économie de survie. Muhammad n'est pas un chef de guerre, je pense qu'on a beaucoup fantasmé sur la figure du prophète comme chef armé."

 

"Dans le Coran, Djihad veut dire faire des efforts en vue d'obtenir un résultat. Le Coran recommande donc "Engagez-vous à la fois de vos biens et de vous-mêmes dans les actions qui sont menées". Et donc le terme Djihad ne renvoie à aucun moment à cette idée de guerre sainte, et c'est pour ça qu'on a besoin d'humaniser ces mots et de les inscrire dans le champ de l'imaginaire des Arabes du 7e siècle."

 

"Le Coran n'a pas la capacité de révolutionner toute une société. Il n'a pas de pouvoir de contrainte, il ne peut qu'essayer de faire en sorte que les gens aillent vers plus de justice, de solidarité et se rallient à ce Dieu dont parle Muhammad dans le texte."

Rachid Benzine

Et les interdits alimentaires ?

Rachid Benzine explique :

Quand le Coran dit "il ne faut pas manger une bête que vous n'avez pas tuée", ça fait partie de l'hygiène, de la crainte de manger quelque chose qui puisse être un poison. 

En ce qui concerne le porc, "c'était certainement un interdit pour se rapprocher des Juifs de Médine, un interdit qui allait dans le sens des autres monothéismes, mais il n'y avait pas vraiment de raison objective de l'interdire".

Pour le vin, le Coran exprime dans quelques passages "Eloignez-vous en" mais il n'a pas la capacité d'interdire sa consommation. C'est la tradition islamique, juridique qui va ensuite forcer le trait et l'interdire.

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Ecoutez l'intégralité de l'émission !

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