Quand Stéphane Mandelbaum est coupé au montage

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Un livre de Gilles Sebhan retrace son histoire aux Impressions nouvelles.

C'est l'histoire d'une étoile filante de l'art contemporain.

L'histoire d'un peintre qui était aussi un truand. Ou d'un truand qui était aussi un peintre.

Stéphane Mandelbaum, né à Bruxelles en 61, laisse derrière lui une œuvre abondante et tourmentée.

Une œuvre instinctive, violente, ivre de rage.

Une galerie de personnages interlopes hyper-expressifs, et d'hommage à ses maîtres, Pasolini et Francis Bacon en tête.

Des gueules cassées, des scènes pornographiques, des cauchemars saisissants.

Sa technique favorite : le bic bleu. Avec, il parvenait à faire vibrer la feuille.

On convoque souvent la figure de Jean-Michel Basquiat à son propos. On parle d'art brut aussi, parce que ses dessins libéraient ses pulsions, raison pour laquelle il a abandonné très jeune la gravure, où il s'illustrait pourtant, parce que la technique était trop laborieuse, trop lente. Il comparait sa pratique artistique à une éjaculation.

Stéphane Mandelbaum avait ses obsessions : le sexe, la mort, les nazis et la judéité.

Il n'était pas juif lui-même, seul son père l'était, mais il était hanté par la question de ses racines, avec lesquelles il avait un rapport d'amour-haine.

Fils d'un peintre et d'une illustratrice, il a toujours eu du mal à s'exprimer avec les mots, il était dyslexique. Mais avec un crayon en main, c'était un génie.

Il dessinait les voyous comme personne. Il en est devenu un, mêlé à la pègre de Matonge, le quartier congolais de Bruxelles.

Un jour, il participe à un vol de tableau dans un appartement de l'avenue Louise.

C'est un Modigliani. Enfin, supposément. Le commanditaire remarque que c'est un faux. Mandelbaum, qui ne s'estime pas responsable de l'authenticité du butin réclame quand même son dû, et va menacer son client. Il recevra deux balles dans le corps.

Abattu par un complice de larcin, téléguidé par son patron.

Le corps de Stéphane Mandelbaum est découvert rongé par l'acide, sur les hauteurs de Namur. Il gît à côté de la bien nommée écluse des Grands-Malades.

Nous sommes en 1986. Il a 25 ans.