Quand Salman Rushdie est coupé au montage

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Chaque semaine dans Coupé au Montage, Myriam Leroy propose le portrait d'une personnalité dont le parcours ou un pan du parcours entre en résonance avec celui de l'invité. Ce samedi, avec Sam Touzani, focus sur Salman Rushdie.

Réécoutez la séquence:

On connait tous le destin des Versets Sataniques de Salman Rushdie. On sait que ce roman irrévérencieux envers le prophète de l'Islam a valu à son auteur une fatwa de l'ayatollah Khomeini, une condamnation à mort à vie qui court encore... Et surtout qui le contraint à la clandestinité, plus de 27 ans après la sortie d'un livre considéré comme un monument de la littérature britannique, même par ses détracteurs, un livre avec du style, de l'humour, et une certaine orthodoxie paraît-il dans son traitement de l'Islam, que Salman Rushdie connaît bien, forcément.

Il est né dans une Inde de tradition musulmane et où qu'il soit ensuite allé, il s'est senti étranger.

" Pour moi ", expliquera-t-il, " de toutes les ironies, la plus triste, c’est d’avoir travaillé pendant cinq ans pour donner une voix et une consistance romanesque à la culture de l’immigration à laquelle j’appartiens, et de voir, au bout du compte, mon livre brûlé, le plus souvent sans avoir été lu, par ces gens même dont il parle, des gens qui pourraient trouver un certain plaisir à le lire et beaucoup s’y reconnaître. "

Son livre a été brûlé, les librairies qui le vendaient attaquées, quelques-uns de ses traducteurs poignardés, des émeutes ont fait des morts au Pakistan et au Cachemire...

Rushdie a aussi été descendu par l'establishment britannique, le Prince Charles, l'Archevêque de Canterbury et bien d'autres, qui estimaient qu'on récoltait ce qu'on semait.

Ce qu'on sait moins, c'est tous ces autres écrivains qui ont préféré au mieux se pincer le nez à l'évocation de son nom, au pire hurler avec les loups.

Le plus douloureux étant rarement la morsure de la meute mais celle des siens, de ses pairs, de ce paysage familier et confortable des têtes connues engageantes.

Ainsi du maître du roman d'espionnage John le Carré qui a estimé qu'il était du devoir de Salman Rushdie d'évacuer son livre des commerces qui le vendaient et a déclaré au Guardian : " Personne n’a le droit divin d’insulter une grande religion et de publier ça en toute impunité ".

Selon l'auteur de livre pour enfants Roald Dahl, Rushdie savait exactement ce qu’il faisait et il ne pouvait prétendre le contraire. Ouvrez les guillemets: " Il semble que certains le voient comme un héros. Pour moi, c’est un dangereux opportuniste. "

De son côté la Reine du crime P.D. James a prétendu que si Salman Rushdie était moins laid, il écrirait des livres moins mauvais.

Bien sûr, Rushdie a aussi été soutenu dans la tempête par des confrères, des auteurs qui lui ont témoigné une indéfectible amitié. Ian McEwan est de ceux-là.

Tout comme Stephen King, qui a joué un rôle considérable dans la survie des Versets Sataniques en librairie. Au tout début des événements, au tout début du grondement de la colère, des chaînes américaines ont voulu se défaire du roman qui suscitait une telle controverse, officiellement pour protéger leurs employés d'éventuelles représailles.

Une décision qui a rendu Stephen King fou de rage. Il les a appelées, il les a menacées : " Si vous ne vendez pas Les Versets sataniques, vous ne vendrez plus Stephen King. "

Et les libraires ont réassorti leurs rayons.

Dans un récent numéro de Vanity Fair, King disait " Vous n’avez pas le droit d’empêcher des livres de se vendre par l’intimidation. C’est aussi simple que ça. Les livres, c’est la vie. "

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