Quand on perd la voix, on perd le lien aux autres, le lien au social

Que cachent nos cordes vocales ?
2 images
Que cachent nos cordes vocales ? - ©

A l'occasion du Concours Eurovision de la chanson et du concours Reine Elisabeth, plongée dans l'univers de la voix, ou plutôt des voix.
Les voix que l'on prend plaisir à écouter, les voix que l'on travaille aussi.

Qu'est-ce que la voix ?

La voix est la résultante de différentes interactions entre les organes phonatoires, explique le Docteur Gregory Nawara, ORL. La soufflerie que représentent les poumons envoie de l'air sous forme d'expiration. Ce flux d'air expiré va présenter des oscillations au niveau des cordes vocales, organe vibrateur, et va être transmis à travers les organes résonateurs.

Et c'est l'ensemble de ces organes - le nez, la gorge, les cordes vocales, les poumons - qui va engendrer le son que constitue la voix, avec toutes ses caractéristiques de tessiture, d'harmonie, de hauteur, de timbre et d'intensité.

 

La voix porteuse d'émotions

La voix est comme une empreinte digitale, elle est unique, immédiatement reconnaissable. Elle est porteuse d'émotions, conscientes ou inconscientes, et peut révéler énormément de choses.

"Lorsqu'on ressent une émotion profonde par rapport à une voix, ça nous ramène à notre histoire personnelle. On peut remonter très loin : déjà dans le cadre de la grossesse, le futur bébé a une relation très intime à travers les sons qu'il perçoit de sa maman. Certains adultes sont plus en phase avec certains sons parce que leur enveloppe spectrale se rapproche de l'enveloppe spectrale de la voix de la maman. Chaque individu, par rapport à ce qu'il a pu expérimenter dans sa vie émotionnelle, va être plus ou moins sensibilisé par telle ou telle voix."

 

L'attrait des voix viriles

Certaines études montrent que les femmes sont beaucoup plus sensibles aux voix graves d'hommes. "La fréquence de la voix module une certaine attirance qui intervient dans le jeu amoureux." D'autres études montrent que les voix graves impliquent la notion de sécurité, de relation durable.

La connotation de la voix peut être induite par la société, la culture, l'éducation. Dans nos sociétés occidentales, par exemple, on part du principe qu'un homme, pour assurer une certaine autorité, doit avoir une voix grave. C'est le contraire dans d'autres cultures, d'Afrique du Nord ou d'Orient, où une voix un peu plus aiguë affirme le pouvoir.

 

L'esthétique de la voix

Les critères esthétiques de la voix évoluent avec les mentalités, les sociétés, phénomène intéressant dans une société fort basée sur l'oralité. Actuellement, on constate que notre société est plus attirée vers les voix cassées, éraillées, comme en témoigne le succès de certains chanteurs ou acteurs.

L'éducation éveille l'enfant à l'écoute, et donc à la communication

La voix est l'empreinte de la personne à distance, explique le Docteur Benoîte Millet, ORL. L'écoute sert d'élément d'analyse, également pour la dimension affective : on peut reconnaître cette voix entre toutes et connaître l'état physique et moral de la personne qui nous parle.

"Il faut éveiller l'enfant à l'écoute, aux rythmes, aux variations d'intensité et de tonalité, c'est une dimension essentielle au phénomène de la voix mais aussi au phénomène de la communication".

Quand on perd la voix

En 2001, la comédienne Delphine Salkin perd sa voix, suite à un problème de kystes multiples. 

"La voix, c'est un luxe. On croit que ce n'est pas un élément vital, mais quand on le perd, on perd le lien aux autres, le lien au social. La vie sociale s'efface. Le métier aussi dans mon cas. (...) La voix naturelle est perdue parce qu'elle n'est plus simple, tout devient compliqué."

Il lui a fallu du temps pour comprendre cette perte et faire son chemin personnel dans cette épreuve. Elle a cherché de l'aide auprès de thérapeutes, psychanalyses, professionnels de la voix, chanteurs... Finalement la médecine a trouvé la solution, au bout de 10 ans.

Le humming, chant de guérison

La musicienne Laure Stehlin enseigne la pratique du humming - muser le son -, une sorte de méditation, qui privilégie le ressenti et l'observation des résonances.

"C'est un chant de guérison, qui permet de ralentir et de retrouver du sens. L'instrument le plus simple est celui qu'on a partout avec soi, la voix. La voix donne de la joie. Quand on chante, on s'accorde avec soi-même, avec l'entourage, l'environnement. On entre en vibration avec ce qui est plus vaste que nous, qu'on peut appeler Dieu, ou l'univers, ou la vie."

La pratique des sons s'inscrit dans une tradition très ancienne, certains parlent de tradition chamanique. Les guérisseurs de toutes traditions ont toujours utilisé les chants et la voix pour soigner. Il n'y a pas de recherche de résultats, de performance. C'est une pratique qui met en contact avec l'intériorité, avec des effets physiologiques très concrets : réduction du stress, ralentissement du rythme cardiaque...

Les chants accompagnent les passages importants de la vie depuis toujours. On est là dans la dimension du sacré et des rituels. On assiste aujourd'hui à un retour de ces pratiques, qui correspondent à un réel besoin.

Que cachent nos cordes vocales ? Un reportage de Nicole Debarre et Nicolas Poloczek, à écouter ici

Newsletter La Première

Recevez chaque vendredi matin un condensé d'info, de culture et d'impertinence.

OK