Quand les profs aiment les élèves

Affiche du film 'Le cercle des poètes disparus', avec Robin Williams
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Affiche du film 'Le cercle des poètes disparus', avec Robin Williams - © Wikipedia

On entend souvent dire qu’un prof n’est pas là pour aimer les élèves, et pourtant… Le chercheur en psychologie Mael Virat montre, en s’appuyant sur de nombreuses études encore peu connues, que l’implication affective des enseignants ne nuit pas aux apprentissages des élèves. Bien au contraire, les enfants sont davantage motivés et ont de meilleurs résultats.

Mael Virat est chercheur en psychologie à l’ENPJJ - Ecole Nationale de Protection Judiciaire de la Jeunesse en France. Il publie Quand les profs aiment les élèves (ed. Odile Jacob), un ouvrage qui combat, preuves à l’appui, un tabou tenace.

En France, l’importance de la dimension affective dans la réussite scolaire a souvent été ignorée, mal comprise, voire rejetée. Pourtant, de nombreux enseignants sont très impliqués dans la relation affective avec leurs élèves. Ce qui est tabou, c'est davantage les mots qu'on emploie pour en parler.

« On pourrait dire que le malaise est sémantique, surtout quand on emploie le mot 'amour'. On n'en parle donc pas trop, on est assez prudent. (...) Les élèves sont beaucoup moins gênés d'entendre des enseignants qu'ils les aiment. Mais de toute façon, il n'y a pas vraiment besoin de le dire, l'amour se montre beaucoup plus que ça ne se dit, dans la situation de la relation éducative à l'école. »


 

Des bénéfices évidents

Pour Mael Virat, la relation affective entre professeur et élève est l'un des facteurs parmi les plus importants dans les apprentissages : elle procure estime de soi, implication, motivation, effets à long terme... Ses bienfaits sont indéniables, c'est pourquoi la nouvelle éducation tente de la mettre en avant.

« Maître et élève ont un maître commun, l'affection », écrivait l'académicien français Ernest Legouvé au 19e siècle. Les bénéfices de cette relation sont en effet manifestes aussi pour les enseignants. « Cette affection, la qualité des relations affectives bénéficient clairement aux deux et a à voir avec la motivation de l'enseignant et de l'élève. »


Le besoin de reconnaissance

Les élèves ressentent le besoin d'être reconnus par leurs professeurs. Ce besoin d'être reconnu, d'être estimé, d'être aimé est une caractéristique de l'être humain en général, rappelle Mael Virat. Une part importante de notre vie, au travail, en famille, à l'école, est orientée vers la recherche de proximité avec des personnes en mesure de nous aimer.

Recevoir cet amour et cette estime nous aide à progresser, à explorer, à surmonter les obstacles, à nous sentir vivants. 

Les études montrent que les bienfaits portent leurs fruits au-delà de l'interaction avec un enseignant donné : je suis reconnu, cela me donne des ailes, même quand la personne n'est pas là. 


O Captain, my Captain

Cet effet peut rayonner en dehors de la classe, et même en dehors de l'école. Des enseignants jouent parfois un rôle très particulier dans la vie d'un élève. « On peut parler de mentor,  de tuteur, de résilience, dans certains cas, des élèves en situation de vulnérabilité ont tiré de grands bénéfices de cette relation avec un enseignant.  »

Ces effets ont des bénéfices à long terme, bien après que la relation ait eu lieu, et au-delà de l'école : sur la délinquance, le fonctionnement familial, l'anxiété, la dépression.... Un professeur peut marquer toute une vie et susciter ce sentiment de reconnaissance chez l'élève.

Beaucoup d'enseignants aimeraient pouvoir jouer ce rôle de mentor auprès des élèves, être mis sur un piédestal. Et beaucoup sont plus discrets, plus silencieux, mais jouent indubitablement un rôle particulier dans la sécurisation des élèves.


L'amour compassionnel ou altruiste

Ces relations sécurisantes avec les élèves, que Mael Virat appelle une relation d'amour du point de vue de l'enseignant, se construisent dans le temps, petit à petit, dans la confiance et la disponibilité. Et ce lien fort ne se défait pas avec la fin de l'année scolaire.

Il se traduit par des marques d'attention et par le fait que le prof est touché par la relation. Les élèves sont très sensibles à cette implication personnelle de leur enseignant.

Un des critères de l'amour compassionnel est le choix libre d'aimer. S'il y a une prescription de l'institution, une exigence professionnelle, cela ne peut pas fonctionner. On ne peut pas obliger le prof à aimer ses élèves. Ce ne serait pas bénéfique. 

Ce que fait Mael Virat, c'est essayer de repérer des mécanismes et voir les effets positifs de l'implication affective des enseignants. Il leur livre ces résultats et les laisse s'en emparer, choisir ce qui convient à leur style éducatif et leur mode d'expression.

Cet amour compassionnel, altruiste, est très différent de l'amour romantique, de l'amour amoureux, et même de l'amour amitié. Il se construit beaucoup plus dans le temps, il se cultive en apprenant à connaître quelqu'un et en étant dans une situation de responsabilité vis à vis de lui : on se préoccupe de son bien-être, de son développement. On ressent alors cette implication, ce sentiment amoureux qui n'est équivalent à rien d'autre. 

Les élèves ressentent énormément l'enthousiasme de l'enseignant, qui déteint sur eux. Ils voient au plaisir qu'il a à être avec eux, autour des apprentissages, que l'enseignant se soucie d'eux, se préoccupe d'eux, ce que Mael Virat appelle 'aimer'.
 

Eviter l'intrusion

L'intrusion nous rappelle qu'on n'est peut-être pas dans le bon type de lien affectif. Ce n'est pas une relation d'amis, on ne fait pas copain avec l'élève, duquel on attendrait quelque chose en retour, explique Mael Virat« C'est quelque chose qui est de l'ordre du don et il n'y a donc pas de risque d'intrusion. »

L'enseignant va se préoccuper de l'élève, se soucier de lui, respecter son besoin d'autonomie, sans aucun égoïsme, mais avec une grande attention et compréhension.

Ecoutez ici les explications de Mael Virat

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