Quand le corps lâche, apprendre à s'écouter

Quand le corps lâche, apprendre à s'écouter
Quand le corps lâche, apprendre à s'écouter - © Pixabay

Magali Mertens anime le blog Vie et Cancer. Elle nous parle aujourd'hui des limites imposées, ou traduites, par le corps : quand le corps lâche, comment apprendre à s’écouter ?

Il arrive, après une maladie grave, que notre corps nous impose des limites nouvelles et qu'on doive apprendre à faire autrement. Si on a un bras cassé, on sait qu'on en a pour un temps relativement court avant d'aller mieux, que le terme n'est pas très loin. Le cerveau et le mental peuvent s'en arranger.

Ce qui est plus compliqué, c'est à la fois quand on n'a pas de terme et qu'on ne sait pas ce qu'on va récupérer. Dans le cas d'un cancer, où l'on subit des effets secondaires à long terme, il est difficile de savoir si dans 6 mois on continuera ou pas à être fatigué. Cette incertitude est difficile à gérer.

Pour beaucoup, le plus dur c'est aussi de ne pas pouvoir arriver à faire de plans : comment est-ce que je planifie ma vie ? C'est important de pouvoir s'inscrire dans la continuité, de pouvoir savoir ce qu'on va faire demain.

Dans certains cas, il y a aussi l'adaptation nécessaire, si la chirurgie a été mutilante. Au niveau du quotidien, cela va impacter pour toujours la manière dont on vit. On va nécessairement passer par le stade du deuil, puis de la rébellion. On avait envie de faire plein de choses, qu'on ne pourra plus faire. Lâcher prise, c'est plus facile à dire qu'à faire.


Faire des listes

Magali Mertens conseille de faire un état des lieux le plus objectif possible de notre corps et de notre situation. Comme chacun est différent, il faudra voir comment les limites de notre corps vont influencer notre quotidien.

On peut ensuite faire une liste de nos activités et voir comment cette incapacité va nous impacter. Lister nos priorités : voir ce qu'on peut décharger, ce qu'on peut retirer. 

Faire la liste enfin de qui peut nous aider : mutuelle, accompagnement thérapeutique... Il y a parfois beaucoup plus de services qu'on ne le croit. Il ne faut pas hésiter à se renseigner.


Oser le mot handicap

Le mot handicap est un peu tabou, difficile à accepter, à entendre. Le handicap, c'est une limitation dans les possibilités d'interaction avec les autres, dans la société. Il faut pouvoir l'accepter et mettre le mot.

Notre corps nous rappelle à l'instant présent, à l'ici et maintenant. Au niveau juridique, on parle des aménagements raisonnables, mais on peut les appliquer dans notre vie quotidienne, en nous arrêtant et en nous demandant : de quoi ai-je besoin maintenant ? qu'est-ce qui est bon pour moi maintenant ? C'est l'occasion de refaire un bilan, de redéfinir nos priorités.

Puis arrive un jour le moment ultime, le moment où le corps ne peut plus du tout. Il y a encore un manque à combler, un tabou à lever sur cet accompagnement jusqu'au bout, constate Magali Mertens, qui nous rappelle ce passage d''Eloge de la faiblesse' par Alexandre Jollien :

La douceur de la vie dans sa simplicité la plus pure rappelle qu'il faut profiter d'elle envers et contre tout. La vie n'est plus une rivale mais une alliée. Alliée exigeante et sévère mais une alliée tout de même.

 

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