Quand l'isolement est un choix, ou pas…

3 reportages pour 3 formes d'isolement
3 reportages pour 3 formes d'isolement - © Pixabay

Vous arrive-t-il de vous sentir isolé, vous arrive-t-il peut-être de chercher l’isolement ? Transversales approche cette notion à travers 3 reportages : dans une maison de repos, en montagne et sur les îles suédoises.

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La vie au Home Beauport, à Etterbeek

Nous vivons de plus en plus vieux. Le Bureau du Plan estime que, d’ici 2070, les plus de 67 ans représenteront 23% de la population belge, pour 16% environ aujourd’hui. Dans ce cadre, les défis sont nombreux, économiques et sociaux : emploi, retraite, prise en charge, soins de santé, isolement… Les maisons de repos représentent l’une des réponses possibles.

A Etterbeek, en région bruxelloise, Nicole Debarre a visité la maison de repos 'Le Home Beauport'. C’est un établissement géré par le CPAS de la commune. Elle y a rencontré le personnel qui fait tout pour rompre l’isolement des personnes âgées, ainsi que des résidents plutôt heureux.

"La maison de repos, ce n’est plus le mouroir qu’on a connu avant, explique Emilie Lengele, assistante sociale. C’est un passage qui peut être une solution quand on souffre de solitude, quand à la maison, ça devient trop compliqué. […] Ça fait toujours un peu peur de quitter le domicile qu’on a toujours connu. Ici, on prône une certaine vie en société. Les espaces communs permettent de s’intégrer et d’être en solidarité mutuelle avec les autres résidents. Mais si on préfère, il y a toujours l’espace personnel de sa chambre."

La société prône le maintien à domicile. Pour Emilie Lengele, c’est une bonne chose, mais pas à n’importe quelles conditions, à n’importe quel prix. Si l’entourage n’est pas suffisant, si on se sent isolé, si on n’a pas suffisamment d’aide, elle trouve que la maison de repos peut être une bonne solution.

Chantal veille à l’alimentation de chacun, elle les encourage à manger. Les résidents sont ses grands enfants. Et sa récompense, c’est leur sourire. Elle s’intéresse à l’un et à l’autre. Chacun a besoin d’une écoute et elle en apprend tous les jours par eux sur la vie. Elle les motive comme elle peut, "J’ai de la joie à les voir avec un sourire, à les voir se plaire là où ils sont. C’est important quand on a tout perdu, qu’on n’est plus à la maison".

Ce qu’en disent les résidents :

"Les points positifs, c’est qu’on s’entend tous bien. Il y a une bonne ambiance, et c’est le principal. Points négatifs, manque de personnel et la nourriture qui n’est pas très bonne."

"J’étais triste d’avoir quitté mon appartement, ça, je peux le dire. Mais j’ai été agréablement surprise par l’accueil, c’est chaleureux, ils sont gentils. Ce qui me manque le plus, c’est la liberté, parce que j’aimerais bien aller à gauche et à droite, et je ne peux plus, parce que je ne sais plus marcher. C’est grand, c’est ample, il y a le jardin. Mais j’ai l’impression d’être un peu enfermée."

"Pour moi, être ici, c’est le paradis. Parce que je me sens très bien. On fait tout pour moi, alors je suis bien. Je peux sortir. Alors je suis au top."

L’hospice du Grand Saint-Bernard coupé du monde

À la frontière italo-suisse, à 2500 mètres d’altitude, se trouve l’Hospice du Grand Saint-Bernard. Cet endroit abrite une communauté religieuse et accueille les randonneurs en montagne. Depuis la mi-octobre, l’établissement vit coupé du monde, la route qui y mène est fermée jusqu’en juin. Nicolas Rondelez nous fait vivre cet isolement.

Un Belge s’y trouve, c’est Jean-Marc Sartori, il y est cuistot depuis 5 ans. Il se prépare donc à passer son 5e hiver à l’Hospice du Grand Saint-Bernard. La communauté doit passer l’hiver en autarcie. La solution est de stocker, dans les multiples caves, plusieurs tonnes de nourriture : viande, pommes de terre, produits secs, huile, pâtes, légumes secs, potages en poudre, fromages de la région du Valais, vin, pain,… L’hélicoptère vient une seule fois sur l’hiver, réapprovisionner l’hospice. Le lieu bénéficie d’une source. Le jour où elle se tarira, il sera impossible de vivre là.

Il s’y fait 12 000 nuitées par an, avec des pics en fonction du tourisme. Le thé est toujours offert, les repas sont proposés à des prix démocratiques. La communauté se compose de 2 prêtres pour l’accueil et l’accompagnement spirituel, du cuisinier, de la lingère, de l’intendant, et de 3 ou 4 personnes qui s’occupent de l’entretien général du bâtiment.

"Je suis venu ici parce que j’aime la montagne. Il y a un côté spirituel qui est indéniable en montagne, qu’on l’appelle religion ou autre, peu importe. On se met en rapport avec le monde. On devient humble, on n’est rien en fait, quand on est ici. […] Pour sortir ici, on doit mettre un détecteur de victimes d’avalanche, on doit prévenir quelqu’un, on doit toujours avoir un équipement hivernal. Il y a une non-liberté tout en étant dans un endroit complètement libre, parce qu’il y a des impondérables de sécurité. Je suis venu en Suisse pour cette qualité de vie, cette tranquillité, cette sérénité."

Un bateau-bibliothèque en Suède

Deux fois par an, un bateau-bibliothèque sillonne 23 petites îles de l’archipel de Stockholm, en Suède, histoire de permettre à ceux qui sont particulièrement isolés de faire le plein de lecture pour l’hiver. Un reportage de Frédéric Faux.

Quand la glace ou les tempêtes coupent toute communication, rien de tel qu’un bon livre pour passer l’hiver. Certaines îles n’abritent qu’une dizaine d’habitants, d’autres quelques centaines. Le bateau-bibliothèque effectue une tournée au printemps et une autre en automne. Les lecteurs ont donc 6 mois pour finir leurs ouvrages ; les livres circulent entre les habitants.

Ce service, organisé par les bibliothèques du comté de Stockholm, existe depuis 66 ans. "Même à l’ère d’internet, avoir accès à une bibliothèque est un droit démocratique. On doit offrir aux Suédois la possibilité d’apprendre plus, de devenir citoyens."

Les habitants sont fidèles au papier, car on peut toujours compter sur lui, surtout quand les tempêtes privent l’île d’électricité pendant plusieurs jours. De toute façon, Internet ne passe pas bien partout.

 

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