"Quand j'étais petit, il n'y avait pas de noirs, d'arabes ou de blancs, il y avait juste des potes, on s'en foutait"

« Mes ancêtres les Gaulois – Ou quand tu apprends qu’une identité, c’est comme un millefeuille »
« Mes ancêtres les Gaulois – Ou quand tu apprends qu’une identité, c’est comme un millefeuille » - © Tous droits réservés

Reda Chebchoubi est comédien au théâtre et au cinéma, mais aussi éducateur dans le milieu associatif belge. Après le succès de la pièce " Djihad " d’Ismaël Saidi dans laquelle il a joué, le Bruxellois d’origine marocaine revient avec un livre paru aux éditions La Boîte à Pandore : " Mes ancêtres les Gaulois – Ou quand tu apprends qu’une identité, c’est comme un millefeuille ". À cette occasion, il était l’invité de François Heureux dans Jour Première pour raconter son histoire et ses expériences : entre discriminations et construction identitaire complexe, mais sans jamais tomber dans la victimisation.

 

Faire connaissance avec la discrimination

Reda Chebchoubi est né et a grandi à Ixelles. Lorsque ses professeurs lui annoncent à l’école que ses ancêtres sont les Gaulois, c’est donc tout naturellement qu’il y croit dur comme fer. Il n’y a en effet aucune raison qu’il se sente différent des autres puisqu’il s’inscrit dans une identité belge. En outre, à cet âge-là, il n’y a pas de couleur de peau ou de religion qui tiennent, tout le monde est copain avec tout le monde. C’est donc assez brusquement que le concept de discrimination est apparu dans sa vie : un week-end, il n’est pas invité à l’anniversaire de sa petite camarade alors que toute la classe est conviée à la fête. Le lundi, à l’école, le frère de la fillette lui conseille de retourner dans son pays. Choc et incompréhension pour Reda Chebchoubi : son pays, c’est la Belgique, non ? Un autre choc sera celui qu’il éprouve quand on le transfère du cours du morale à celui de religion islamique. Il se retrouve dans une petite classe de 4 élèves et ses proches lui révèlent qu’il est musulman, alors qu’il n’a rien demandé à personne. Il vit cela comme une injustice et avoue même à sa maman qu’il veut devenir catholique : entre Jésus qui marche sur l’eau, les barbus qui offrent des cadeaux (Père Noël et Saint-Nicolas) et surtout, la consommation de porc, cette religion lui paraît bien plus intéressante.  " Mes ancêtres les Gaulois ", c’est donc également le récit d’un petit garçon qui découvre les rites de l’Islam avec quelques difficultés.

 

La construction identitaire

La question de l’identité est discutée depuis bien longtemps, mais c’est devenu un sujet très sensible. Bien souvent, la pression communautaire nous pousse dans des cases bien définies et nous demande d’y rester. Reda Chebchoubi, par exemple, se sent Belge lorsqu’il est en Belgique et Marocain lorsqu’il est au Maroc. Or, en général, les gens exigent qu’il se positionne clairement et lui demandent de quelle origine il se sent réellement. Pour lui, la Belgique, c’est comme une mère qui l’a mis au monde, éduqué, nourri et soigné, tandis que le Maroc fait plutôt figure de père absent qu’il a appris à connaître et aimer en grandissant. Quel que soit le milieu dans lequel nous évoluons, nous sommes poussés à faire les choses de la bonne manière, selon des critères prédéfinis, sans prendre en compte notre identité propre et particulière. Ceux qui sortent du moule sont considérés comme des vilains petits canards. Ce problème est d’ailleurs exacerbé chez les jeunes qui doivent se conformer aux diktats de la société pour s’intégrer dans un groupe. C’est pour cela que Reda Chebchoubi et l’association Pédagogie & Formations organisent des ateliers pour les adolescents sur la construction identitaire, notamment à l’ère des réseaux sociaux. Ils ont également mis en place un guide pédagogique autour du livre avec lequel les enseignants peuvent travailler autour du concept d’identité.

 

Le monde du 7ème art

Reda Chebchoubi a dû également faire face à bon nombre de discriminations dans le milieu du cinéma. En effet, après avoir tourné un peu par hasard dans un premier long-métrage, il s’est inscrit chez différents directeurs de castings belges en s’imaginant que les choses allaient se dérouler naturellement et plutôt facilement. Pourtant, les agents ne cessaient de lui dire qu’ils n’avaient rien pour lui. Mais qu’est-ce qui est pour lui, se demande Reda Chebchoubi. La plupart du temps, il était appelé pour des rôles de jeune des quartiers qui se tient mal et ne parle pas bien le français, ce qui renforce encore les clichés. D’après lui, il existe des dizaines de personnages dont l’origine ethnique ne change rien au propos de l’histoire et du film… Mais malheureusement, même si le monde du cinéma évolue lentement, il est encore difficile de représenter l’immigration sur les écrans.

 

Retrouvez ici l’intégralité de l’interview de Reda Chebchoubi :

 

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