Quand Daniel Johnston est coupé au montage

Daniel Johnston
Daniel Johnston - © Tous droits réservés

Kurt Cobain disait de lui qu'il était le meilleur songwriter de la terre.

Le chanteur de Nirvana a définitivement placé Daniel Johnston en orbite dans la galaxie des artistes cultes en 91, en portant un t-shirt floqué de la pochette de l'album " Hi How are you ", une grenouille naïve et reconnaissable entre mille, nommée Jeremiah l'innocent, censée représenter une personnalité parmi d'autres de Daniel Johnston.

Parce que Johnston est schizophrène en plus d'être maniaco-dépressif.

La maladie mentale est à la fois la chance et le drame de sa vie.

Le drame parce qu'elle le fait souffrir bien sûr, parce qu'elle le tient reclus, sous assistance, abruti par les médicaments, et la chance parce que son esprit bancal a composé des chansons vacillantes, d'une beauté désarmante, proches de l'art brut, proches du plus proche qu'on puisse approcher de la vérité d'un être humain.

Daniel Johnston, c'est lui.

True Love will find you in the end.

L'amour, la grande affaire de sa vie, à côté de ses autres obsessions.

Laurie, sa muse, sa grand histoire de jeunesse rencontrée sur des bancs d'université qu'il désertera en route, Laurie qu'il n'a même jamais embrassée et qui épousera le croque-mort local, Laurie lui a inspiré des dizaines de chansons.

On raconte que c'est pour l'impressionner que celui qui au fond n'est vraiment passionné que par le dessin, se met à la musique.

D'abord avec des cassettes bricolées dans sa chambre, sur lesquelles il gribouille ce qui lui vient. La légende dit qu'il ne comprend pas ce qu'il dessine. Mais la légende dit beaucoup de choses sur Daniel Johnston.

Il est né en 1961 en Californie, dans une famille extrêmement catholique. Il a été élevé dans la bible, mais ce qui le marquera à jamais, c'est le démon, le diable.

Il le voit partout.

Il traverse des épisodes aigus d'angoisse et de paranoïa, il précipite le crash du petit avion que pilote son père en lui sautant dessus parce qu'il le croit possédé. Il défenestre une voisine sexagénaire pour les mêmes raisons.

Au début des années 90, il refuse même de signer avec une maison de disques par qu'elle a le groupe Metallica dans son écurie, et qu'il les suspecte d'avoir des accointances avec le diable.

Il est souvent interné, ce qui ne l'empêche pas de continuer à dessiner et à enregistrer des chansons compulsivement.

De temps en temps, il s'autorise une tournée, sous le haut patronage de son manager de frère, qui lui achète des BD et du fast food pour contenter ce gros gamin de 55 ans, toujours en training, un soda à la main.

Daniel Johnston n'a jamais commis le moindre hit, mais auprès d'un certain nombre de Happy Few, touchés par l'authenticité de ce chanteur sans filtre, c'est un dieu.

Un dieu de la musique, mais aussi un dieu du dessin aussi, plusieurs musées prestigieux lui ont consacré des rétrospectives.

Dans un court métrage qui est dédié à son génie dérangé, Lana Del Rey a repris "Some Things Last A Long Time". La pin-up éthérée se sent profondément liée à lui " Moi aussi ", dit-elle, " j'ai passé du temps dans un autre univers ".

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