Quand animaux et végétaux nous inspirent

Le vivant s’adapte en permanence. Il possède des solutions infinies et extraordinaires. À nous de les découvrir avant qu’il ne soit trop tard, pour sauver la nature et pour nous sauver nous, les humains. Notre sauvegarde et la sienne, ensemble, sinon rien.

Emmanuelle Pouydebat, directrice de recherche au CNRS, publie Quand les animaux et les végétaux nous inspirent (Ed. Odile Jacob).

Un papillon bleu pour améliorer nos panneaux solaires ? Un martin-pêcheur pour optimiser le bec du TGV japonais ? Des pommes de pin qui inspirent des architectes ? Élucidera-t-on les secrets du sida et du cancer grâce aux koalas et aux requins ? Vivra-t-on bientôt plus longtemps grâce au rat-taupe nu ou aux méduses qui rajeunissent ?


S’inspirer de la nature

Nous ne sommes pas grand-chose au regard de l’évolution, nous dit-elle. Nous sommes là depuis 2 à 5-6 millions d'années, tandis que le vivant existe depuis 4 milliards d’années et résout en permanence des problèmes, innove, optimise. Cela a conduit à de nombreuses adaptations animales et végétales qui peuvent nous inspirer dans de multiples domaines : transports, santé, matériaux, écologie…

Il ne s’agit évidemment pas d’exploitation de la nature, mais d’imitation. "La situation est tellement dramatique que tout est bon pour essayer de l’améliorer, constate Emmanuelle Pouydebat. Il faut agir. Dans le mot biomimétisme, il y a une connotation de mimer la nature. Mais on n’essaie pas de la copier, c’est trop complexe, on n’y arrive pas, on essaie juste de s’en inspirer : qu’est-ce qu’elle fait de mieux, dans ses comportements, dans ses structures, dans ses adaptations, qui pourrait nous aider, nous, à améliorer notre quotidien, à être plus écologique et en retour, évidemment, à les sauvegarder".

L’objectif premier est un retour vers la biodiversité, et la bio inspiration peut être un outil, pour redonner un potentiel évolutif à la vie.


Les leçons de la nature

Emmanuelle Pouydebat nous cite 5 leçons que la nature nous enseigne et dont nous devrions nous inspirer :

  • faire preuve d’intelligence collective
  • coopérer, être altruiste et empathique
  • innover, transmettre,
  • recycler, dépolluer
  • préserver l’eau et explorer l’océan

"Tout en science peut être utile et peut malheureusement aussi être utilisé à des fins négatives, il faut donc se préserver de cela. La nature nous enseigne aussi la survie : il faut optimiser ses comportements, sa morphologie et il faut qu’on s’en inspire pour faire preuve de davantage d’humilité et d’économie. Dans la nature, on ne peut pas se permettre de trop consommer et de surproduire. Il y a une éthique à créer derrière, comme tout en science."


Transports

Il y a plein de solutions dans le monde animal dont on peut s’inspirer pour améliorer les transports. Il s’agit souvent de travailler sur le gain d’énergie : limiter les frottements pour réduire les coûts énergétiques, limiter les bruits également.

La structure de certains crabes ou éponges est intéressante à reproduire pour améliorer les performances des bateaux. Elle permet d’éviter le développement de bactéries sur le corps, et donc du biofilm sur la coque du bateau, une matière qui non seulement le ralentit, mais aussi pollue l’océan.

La simple observation de l’organisation de certains animaux peut nous aider à changer notre regard sur notre société et sur notre fonctionnement. Les fourmis ont des capacités de navigation exceptionnelles, un peu comme un GPS, pour rationaliser leurs déplacements. On pourrait s’en inspirer pour organiser la collecte de déchets dans les villes.

Emmanuelle Pouydebat met en garde contre des inventions comme le GPS, qui peuvent être néfastes à notre cognition spatiale. Plus on utilise le GPS, plus on a une perte de notre mémoire spatiale, mais on note aussi une perte de notre confiance : on va prendre un trajet aberrant simplement parce que le GPS le dit. Il faut donc rester vigilant dans l’usage de ces technologies.


Nettoyage

La pollution est parfois aussi transformée en aliment, un déchet devient richesse, comme le crottin pour le bousier ou la feuille morte pour le ver de terre. Il y a énormément d’espèces qui dépolluent. Certains vers de terre ou d’eau, certains oursins ou algues recyclent la matière organique pour en produire des éléments nutritifs.

C’est une chaîne alimentaire très bien faite dont on peut s’inspirer.


Organisation

On observe énormément de coopération et d’entraide chez les animaux, surtout dans les cas de handicaps ou de faiblesse.

Ils pratiquent aussi une sorte d’automédication dans le choix des végétaux qui composent leur nid, de sorte à faire fuir les tiques et les moustiques, et c’est très intéressant pour l’humain dans la lutte contre le paludisme.

Notre architecture peut avantageusement s’inspirer des habitats des animaux, entre autres des termitières, c’est ce qu’on l’archibiotique. L’étude des plumes, de la fourrure, peut aussi nous aider à améliorer les pertes d’énergie.

La recherche dans ce domaine reste encore majoritairement privée. Cela devrait malheureusement être un enjeu public.

Emmanuelle Pouydebat nous donne mille autres exemples passionnants. Écoutez-la ici, dans Tendances Première

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