Quand Amsterdam était la ville-monde : le Siècle d'Or des Pays-Bas

La Compagnie des Indes orientales, la VOC
3 images
La Compagnie des Indes orientales, la VOC - ©

Entre 1584 et 1702, la République des Provinces-Unies, ancêtre des actuels Pays-Bas, devient une puissance commerciale de premier plan. Cette prospérité inédite doit autant à des facteurs internes qu'aux déboires économiques des autres puissances européennes.

Cette République va accueillir un nouveau modèle économique, capitaliste, mais aussi des personnalités intellectuelles et artistiques qui vont faire de l'époque le Siècle d'Or des Pays-Bas.

Vers un capitalisme moderne

En 1579, les 7 Provinces-Unies protestantes se soulèvent et, sous la direction de Guillaume d'Orange, se séparent des 10 autres provinces catholiques restées fidèles à Philippe II, roi d'Espagne, qui deviendront les Pays-Bas espagnols, la Belgique actuelle. L'Union d'Utrecht concrétise cette lutte d'indépendance.

A la fin du 16e s et davantage encore au 17e s, les grandes puissances, en prise avec des guerres et des crises, perdent de leur pouvoir. Ce qui va profiter aux Provinces-Unies qui, par ailleurs, connaissent un développement urbain, commercial, industriel et maritime considérable. Elles deviennent ainsi le second grand empire colonial de l'époque moderne, après le Portugal.

"Il s'agit d'une prospérité essentiellement commerciale. Amsterdam est la ville-monde, le magasin de l'univers, explique Benoît Beyer de Ryke, historien, philosophe et collaborateur scientifique à l’ULB. L'empire commercial est fait de comptoirs installés sur les grandes routes maritimes, en particulier à la suite de la constitution en 1602 de la Compagnie des Indes orientales, la VOC, qui aura un monopole sur le commerce des épices venues d'Asie : le poivre, le clou de girofle, la muscade. La Compagnie des Indes occidentales s'occupera par la suite du commerce des esclaves et du commerce des peaux, et développera la colonie de New Amsterdam qui deviendra plus tard New York.

Cet empire commercial s'appuie par ailleurs sur toute une structure financière, impliquant des banques, la bourse... Il y a véritablement là une expérience qui est au coeur de la construction du capitalisme moderne."

Un centre de savoir et de libre pensée

Cette société, majoritairement calviniste, va être très ouverte et très tolérante par rapport à la diversité religieuse : elle accueille par exemple des Juifs persécutés venant d'Espagne, du Portugal, ou encore des réfugiés protestants, sur le principe qu'"on peut faire des affaires avec des gens qui ont une autre religion".

Cette prospérité du Siècle d'or, avant tout économique, a aussi des effets sur la production artistique, culturelle, philosophique. Spinoza y développera sa philosophie panthéiste ; Descartes fréquentera l'université de Leyde, à la pointe de la réflexion, où il pourra travailler plus tranquillement. Parmi les peintres, on note Frans Hals, Johannes Vermeer de Delft, ou encore Rembrandt qui sera un grand représentant de cet âge d'or dans le domaine de la peinture, avec sa technique du clair-obscur.

 

Une période souvent bouleversée

La France est très jalouse de la prospérité des Pays-Bas, "une nation qui n'est pas une monarchie et qui plus est, est calviniste". C'est pourquoi Louis XIV déclare en 1672 la guerre de Hollande, une guerre qui durera 6 ans et se terminera de façon mitigée, tout en marquant la fin du Siècle d'Or.

Cette société aura créé le changement. Elle aura entre autres accordé une place plus importante à la bourgeoisie, avec comme résultat qu'au sein même des Provinces-Unies, une opposition se développera entre deux courants : celui des Républicains, de la bourgeoisie des villes côtières, marqué par une grande ouverture religieuse pour favoriser le commerce. Et celui des Orangistes, en faveur du Stadhouder, du chef militaire. Tout au long du 17e et même du 18e s, on assistera à une alternance au pouvoir entre le Stadhouder, issu de la famille d'Orange, et les grands pensionnaires, représentants de la bourgeoisie.

La passion pour la tulipe commence dès le 16e siècle et atteint son paroxysme en 1637 : un bulbe peut coûter le prix d'une maison. On assiste alors à une chute radicale du cours de la tulipe qui suscite une grave crise économique. On peut parler de la première grande bulle de l'histoire.

Ecoutez Benoît Beyer de Ryke, pour plus de détails sur cette période passionnante.

 

Newsletter La Première

Recevez chaque vendredi matin un condensé d'info, de culture et d'impertinence.

OK