Qu'est-ce qui motive les volontaires aux essais cliniques?

Ces volontaires qui participent aux essais cliniques
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Pour faire face aux défis médicaux de demain, la recherche et l’innovation pharmaceutique sont primordiales. La Belgique est l’un des pays d'Europe qui comptent le plus grand nombre d’essais cliniques par habitant. Parmi les acteurs importants de ce processus, il y a les volontaires. Qui sont-ils ? Quelles sont leurs motivations ?

Avec un total de 1 399 études cliniques rien qu’en 2016, la Belgique se positionne comme un acteur important du secteur biopharmaceutique mondial. Elle figure à l’avant-garde mondiale de la recherche et du développement de nouveaux traitements et médicaments. On compte chez nous sept centres de recherches, dont deux sont gérés par l'industrie pharmaceutique. Plus de 30% des essais cliniques sont faits dans le cadre de recherches concernant le cancer, précise le Docteur Isabelle Huyghe, médecin de recherche clinique au centre Pfizer, sur le site de l'hôpital Erasme.


Sans volontaires, on n'avance pas

De nombreux médicaments distribués dans le monde ont été testés par des volontaires en Belgique. Sans recherche clinique, il n'y aurait jamais de nouveaux médicaments sur le marché. Les volontaires en sont des éléments indispensables, dès la première phase de recherche du médicament, pour en étudier les données pures, l'action basique sur le corps. Plusieurs dizaines de milliers de volontaires s'y sont déjà prêtés.

"On démarre toujours en pré-clinique, en labo, en animal, puis on doit aller vers l'humain, avec des doses très basses, très prudemment, en augmentant doucement les doses, chez des volontaires sains. Pour voir à quelle vitesse le médicament est absorbé, éliminé, comment il passe dans le sang, s'il a une action sur le coeur, sur la tension... Après, on peut passer chez les patients. Donc, sans les volontaires, le médicament n'arriverait jamais chez les patients."

Avant toute recherche clinique, le dossier passe d'abord par l'Agence fédérale des médicaments et des produits de la santé et par un comité d'éthique. La procédure est très régulée. Et les études commencent toujours par des doses minimum.


Le profil des volontaires

Les volontaires privilégiés sont des hommes de tous âges, à partir de 18 ans, et des femmes post-ménopausées, qui ne risquent pas d'être enceintes. L'âge maximum dans la majorité des études est de 55 ans. 

Ils se recrutent parmi la population belge générale : des travailleurs, des gens en pause, des étudiants, des chômeurs, des indépendants... 

On ne fait généralement pas plus d'une étude ou deux par an, car cela demande du temps, ou de prendre des jours de congé. Travailler et faire des essais cliniques, c'est aussi possible, tout est prévu pour qu'on puisse y vaquer à ses activités professionnelles sur internet. Il faut compter au minimum un mois de pause entre deux études.


Peur des tests cliniques ?

On parlait jadis de 'cobayes', mais "c'est très péjoratif. Pour nous, ce sont plutôt des collaborateurs parce qu'on a besoin d'eux pour faire nos recherches. La recherche clinique est quelque chose d'indispensable, de très ouvert, sans tabou ni interdit" insiste Isabelle Huyghe.

Olivier, volontaire depuis 10 ans, avait une perception un peu cliché de l'essai clinique, à travers le cinéma. Finalement, comme ces études sont très codifiées, le fait de participer à une étude est quelque chose de très routinier, ce n'est pas du tout spectaculaire. Ce sont essentiellement des prises de sang ou de tension, des vérifications du rythme cardiaque...

Il était curieux de voir comment cela se passait mais il n'était pas effrayé. La première réaction de peur qu'ont les gens face aux essais cliniques vient de l'ignorance, selon lui. Quand on a l'occasion de visiter l'unité, de rencontrer les acteurs des études, on change vite de perception et se rend compte que c'est quelque chose de tout à fait naturel.

Il est rarissime de voir aujourd'hui des accidents liés à un essai clinique. Tout est extrêmement bien verrouillé au niveau des volontaires : ils doivent compléter un questionnaire très strict, avec des informations très larges, pour s'assurer qu'ils sont tout à fait sains et qu'ils ne courront aucun risque.

Ce questionnaire est aussi très sécurisant pour les candidats. Olivier estime qu'il a ainsi appris beaucoup sur lui-même en le complétant, puis, comme il a accès aux résultats des tests, il connait mieux son état de santé et il gère mieux son hygiène de vie. 


Motivations : convivialité, communauté, utilité

"C'est une expérience positive qui laisse de bons souvenirs, de bons amis, explique Dimitra, volontaire depuis 6 ans. On est volontaire et on le reste".

Au départ, sa motivation était l'argent, comme petit extra à la fin du mois. Mais cela a rapidement évolué.

Pendant la durée de l'étude, on prend soin des volontaires en permanence. Le bien-être dans les tests cliniques est d'ailleurs prévu par la loi. Elle se sent donc en plein cocooning quand elle participe à l'étude. Elle apporte tout ce qu'elle n'a pas le temps de faire à la maison.

"Les repas sont très bons pour les volontaires sains, il y a des salles de loisirs : internet, dvd, billard,... et il y a surtout les autres volontaires : on papote, on joue à des jeux de société. En même temps, on participe à quelque chose qui est essentiel pour les malades. Quand on n'est pas malade, on ne voit pas l'utilité de certaines choses." 


Un contrat à respecter

Mais ce ne sont pas des vacances pour autant, car les volontaires doivent respecter un horaire strict de présence dans la chambre, pour un monitoring cardiaque, une prise de tension, une prise de sang, un électrocardiogramme... ; un horaire aussi pour aller aux toilettes, pour manger, pour dormir, explique le Docteur Isabelle Huyghe"C'est un contrat entre les volontaires et nous." 

A tout moment, le volontaire peut bien sûr décider d'interrompre l'étude et de quitter l'unité. Il est pris en charge par une assurance pendant toute la durée de l'étude et éventuellement après. Un suivi médical est prévu aussi après l'étude, pour assurer sa sécurité.


Quels effets secondaires ?

La majorité des effets secondaires répertoriés dans la notice du médicament viennent des études de phase 1. Ils sont donc liés, non pas à la maladie du patient, mais à la prise du médicament et de ce qui a été rapporté par les volontaires sains : généralement des maux de tête, des nausées, des vomissements, de la constipation. Les volontaires doivent tout rapporter de leurs sensations.

Les volontaires sont informés de la molécule testée, des effets secondaires éventuels, de ce qu'on attend d'eux, du but de la recherche. S'ils le souhaitent, ils peuvent connaître les résultats de l'étude, via une newsletter.

Les études concernent aussi les personnes de la phase 2 ou 3, des patients qui ont vraiment besoin du médicament, proposé en alternative à une thérapie qui existe déjà. Parfois, si les patients ne répondent pas au traitement classique, l'essai clinique est leur dernière chance.
 

Pour en savoir plus, ou s'inscrire comme volontaire,
le laboratoire d'Erasme : 0800 13138

Retrouvez la séquence intégrale de Tendances Première ici

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