Qu'est-ce qui fait courir l'arbitre ?

Qu'est-ce qui fait courir l'arbitre ?
Qu'est-ce qui fait courir l'arbitre ? - © Pixabay

On parle beaucoup football depuis un mois, depuis le début de la Coupe du monde. On parle un peu moins de l'arbitre, et pourtant, son rôle est essentiel sur un terrain. Le 23e homme tient une place centrale, mais on ne parle généralement de lui que pour souligner d'éventuelles erreurs. 

Qu'est-ce donc, aujourd'hui, qu'être arbitre de football,
ce rôle à la fois essentiel au jeu mais ingrat ?

Les arbitres professionnels ont le plaisir et l'excitation de prendre part à des matches de haut niveau. Mais qu'en est-il de tous les autres, tous ceux qui arbitrent le dimanche des matches amateurs et ne recueillent souvent en retour que des insultes, voire pire ?

Julie Pietri est allée à la rencontre d'arbitres de foot français pour comprendre les ressorts de leur vocation.

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L'arbitrage à l'étude

Williams Nuytens, sociologue et professeur des universités, travaille sur les violences dans le sport amateur. Il relève que par an, sur un million de matches, 1,5 % sont entachés de violence physique ou verbale. L'essentiel de ces agressions se font entre joueurs ou sur arbitre. Entre 40 et 60 cas par an font l'objet de plaintes au pénal. C'est plus ou moins le même chiffre que pour les enseignants.

Le rôle de l'arbitre est un rôle ingrat, la position qu'il occupe le stigmatise. Historiquement, dès la fin du 19e siècle, on observait que certaines rencontres se terminaient très mal, les arbitres étaient invectivés, molestés, agressés. Ce n'est donc pas un phénomène nouveau.

Aujourd'hui, il y a de grandes différences entre les arbitres de petit ou de haut niveau. Ils ont un mandat pour arbitrer mais ils ont souvent un métier à côté. Mais plus on monte dans la hiérarchie, moins c'est facile de pratiquer un métier à côté : les tests physiques d'endurance, de résistance sont lourds et prennent beaucoup de temps.

On remarque que les arbitres exercent souvent des métiers d'ordre : des militaires, des policiers, et même un chef d'entreprise de nettoyage qui veut que tout soit nickel, bien propre.

Le niveau d'expertise et de préparation exigé des arbitres est inimaginable. Ce qui complique leur fonction, c'est que les joueurs ne sont pas éduqués à ce qu'est l'arbitrage, ni par les éducateurs, ni par les entraîneurs, ni par le monde du football. Les joueurs n'ont pas de formation au respect de l'arbitrage, tout comme ils n'ont d'ailleurs bien souvent pas de formation aux règles du jeu, déplore William Nuytens.

Quant aux commentateurs, ils ont souvent le même niveau que le spectateur qui regarde le match dans un bistrot : ils ne relèvent que les erreurs d'arbitrage, le téléspectateur ne voit donc que cela et il est socialisé à l'arbitrage à travers ces erreurs, ajoute-t-il.

 

Le quotidien de l'arbitre

Etre arbitre, à fortiori de haut niveau, demande des sacrifices, des week-ends réservés, un entraînement exigeant, une mise de côté du métier de base. L'arbitre international Benoît Millau, par exemple, se consacre peu à peu complètement à l'arbitrage, vu l'augmentation du nombre de rassemblements, d'entraînements, de matches. 

Au niveau physique, il est suivi par un préparateur physique de la Fédération française de Football détaché aux arbitres. Il doit lui envoyer chaque semaine, via une montre GPS, ses données d'entraînement, qui sont évaluées et peuvent déterminer sa participation ou non à un prochain match.

Les arbitres de Ligue 1 parcourent à chaque match une distance d'environ 10 à 12 km, l'effort physique est intense. Une semaine d'entraînement, c'est 4 séances + le match, soit 5 rendez-vous sportifs. Les bilans médicaux sont aussi très lourds car ils servent à évaluer la capacité maximale physique de l'arbitre.

 

Professionnaliser la fonction de l'arbitre, une bonne chose ?

Pascal Garibian, ancien arbitre international français, se réjouit du plan de professionnalisation du rôle de l'arbitre, qui permettrait à un groupe d'élite de devenir complètement arbitre, avec 22 semaines sur une saison, et une formation intense. Au lieu d'une simple indemnité de match, l'arbitre toucherait un salaire fixe mensuel ainsi que des revenus additionnels en fonction des matches joués.

Bruno Derrien, ancien arbitre international et auteur du livre 'A bas l'arbitre', prône plutôt le semi-professionnalisme, où l'arbitre consacre 50% de son temps au sport et 50% à son métier, avec une reconversion au terme de sa carrière. Penser foot et arbitrage toute la journée n'est pas pour lui la meilleure solution pour préparer les matches. Il se pose aussi des questions sur l'avenir des arbitres professionnels à l'issue de leur carrière, sur la longueur des contrats, sur l'abandon d'un emploi pour l'arbitrage qui reste assez aléatoire... Et la professionnalisation des arbitres ne signifiera pas pour autant la fin des polémiques d'arbitrage, souligne-t-il.

 

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