Qu'entend-on par intelligence atypique ?

Pas comme les autres, plus que les autres !, c'est le sous-titre du livre Eloge des intelligences atypiques. Dont faisait partie Albert Einstein.
Pas comme les autres, plus que les autres !, c'est le sous-titre du livre Eloge des intelligences atypiques. Dont faisait partie Albert Einstein. - © Pixabay

Einstein, Andy Warhol, Vincent Van Gogh et Mark Zuckerberg… Ces êtres exceptionnels, doués d’une intelligence atypique, ont une façon bien à eux de penser et d’envisager le monde qui les entoure. Cependant ils manquent d’intelligence relationnelle et de sens d’autrui. Leur cerveau ne fonctionne pas tout à fait comme celui des autres.

Nombreuses sont les personnes dont les talents secrets peuvent passer inaperçus. Il n’est pas rare qu’elles souffrent à l’école, en entreprise, dans leur famille, de l’incompréhension de leurs forces et de leurs fragilités.

C’est de cette spécificité qu’il est question dans le livre de Séverine Leduc et David Gourion, Eloge des intelligences atypiques (Ed. Odile Jacob).

 

Des difficultés sociales

Ces intelligences atypiques ne sont pas suffisamment reconnues, détectées, valorisées, regrette Séverine Leduc, psychologue clinicienne à Paris, spécialisée dans les bilans de diagnostic du trouble du spectre de l’autisme (TSA) et du trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH).

Ce livre permet donc de mieux connaître la question, de décrire cette forme de pensée un peu différente et d'expliquer les difficultés que peuvent ressentir certaines personnes au quotidien.

Le spectre de l'autisme est en effet très vaste. Le mot spectre implique la diversité d'expressions de cette particularité de fonctionnement neuro-cognitif : il concerne aussi bien des personnes qui ont énormément de difficultés avec la communication sociale et la réciprocité émotionnelle, que d'autres qui sont peu touchées, tout en étant différentes des neuro-typiques, c'est à dire tout un chacun.

Cette particularité est extrêmement variée et souvent exceptionnelle dans le sens positif du terme, même chez les personnes qui n'ont pas nécessairement un haut potentiel intellectuel.

Le noyau dur de l'autisme est une difficulté de réciprocité émotionnelle : la personne a du mal à vérifier ce que son interlocuteur lui renvoie en situation de conversation et a donc du mal à ajuster son comportement à ce qui est attendu.

"On peut avoir en dehors de cela des choses très différentes d'une personne à l'autre, comme des intérêts pour certains sujets, un fonctionnement intellectuel de très haut niveau ou alors dans la norme, des troubles associés... Avec aussi une grande différence entre les hommes et les femmes."

Les femmes peuvent masquer leur expression de ce trouble de la réciprocité et ont de meilleures capacités d'adaptation et de sociabilité. Elles se servent de leur intelligence pour compenser ce qui n'est pas spontané, au prix d'une grande dépense d'énergie psychique. Elles finissent donc parfois en consultation pour d'autres troubles que l'autisme finalement, pour un burn out cognitif ou une dépression par exemple.

 

Une pensée en réseau

Dans la Silicone Valley, le nombre de personnes qui présentent cette forme d'intelligence et cette capacité d'analyse est plus élevé qu'ailleurs. La pensée en réseau leur permet de faire des liens que les neuro-typiques ne feraient pas.

Cette pensée en réseau est une pensée extrêmement développée, avec une hiérarchisation des informations radicalement différente, qui permet de développer des capacités extraordinaires et une façon de penser différente, très riche. Ces personnes peuvent penser à plein de choses en même temps, avec énormément de détails. C'est ce qui a permis à Marc Zuckerberg de développer son réseau social bien connu.  

Comme elles sont mal connues de la société, ces capacités extraordinaires sont masquées par une communication sociale très fragile, qui est malheureusement ce qu'on retient d'abord de ces personnes.

 

Ne pas dépasser ses limites

La personne diagnostiquée autiste doit prendre soin d'elle-même, pour veiller à ne pas dépasser son degré de fatigabilité par ses efforts constants d'adaptation à la société et pour éviter d'arriver au burn out cognitif ou à la dépression.

Plus le diagnostic est précoce et mieux on va enseigner à la personne autiste à prendre soin de sa forme de pensée un peu différente. On va lui fournir quelques outils pour lui faciliter la vie au quotidien et l' aider à s'adapter aux codes sociaux.

Chez les enfants, c'est plus compliqué, surtout lorsqu'ils arrivent au collège où les relations sociales se complexifient et où les besoins d'adaptation sont permanents.

L'enjeu est que l'enseignement s'ajuste au mieux à la neuro-diversité, que ce soit dans l'autisme, dans le déficit de l'attention, ou encore la dyslexie, dyspraxie et autres troubles. L'école doit s'adapter à des formes d'intelligence différentes et s'armer d'outils adéquats. Cela évolue dans le bon sens, se réjouit Séverine Leduc, mais il y a encore beaucoup à faire pour pouvoir avoir accès à une intégration en milieu ordinaire plus efficace et pouvoir valoriser ses compétences.

 

HP ou Asperger ?

Séverine Leduc souligne le fait que, contrairement à ce qu'on pense souvent, le haut potentiel intellectuel ne fait pas partie du spectre autistique. Les HP n'ont pas de problème de communication sociale. D'ailleurs, ceux qui n'ont pas de trouble associé ne consultent pas les psys.

"Les grandes écoles sont bourrées de HP qui n'ont jamais consulté personne et qui vont très bien. La grande différence, c'est les difficultés de communication sociale de perception de cette réciprocité émotionnelle et de tout ce que ça entraîne de fatigabilité, de risque de burn out et de troubles attentionnels. Ce sont deux entités différentes. Mais on sait qu'énormément de personnes qui présentent un syndrome d'Asperger ont un haut potentiel intellectuel associé. La confusion vient certainement de là. mais l'inverse n'est pas vrai".

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