"Prosper, yop la boum" de Maurice Chevalier, une chanson qui fait rire et sourire sur des paroles violentes...

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" Prosper, yop la boum " de Maurice Chevalier, une chanson qui fait écho à l’actualité.

En effet, il y a quelques jours, un jeune rappeur d’Anvers, Soufiane Eddyani (20 ans), a été au centre d’une polémique avec un titre qui s’appelle " Amigo ", dans lequel il soutient un ami qui a été condamné à la prison pour proxénétisme de jeunes filles mineures.

La chanson sonne ainsi :

Beaucoup de voix – et notamment politiques – se sont élevées pour dénoncer les paroles de cette chanson et le propos qu’elle véhicule, entre autres sur les raisons qui auraient poussé cet ami à se lancer dans le business de la prostitution.

Mais des chansons sur des proxénètes, il y en a d’autres… Des bien plus connues et des bien plus ancrées dans notre inconscient collectif et qui font exactement la même apologie de la figure du maquereau – sans que ça ne dérange personne.

Exemple : " Prosper, yop la boum " de Maurice Chevalier qui, depuis sa création en 1935, fait rire et sourire sur des paroles d’une grande violence symbolique, mais des paroles carrément oubliées parce que la chanson est passée de mode et qu’elle n’intéresse plus personne. Une chanson dont l’humour est annoncé dans l’onomatopée du titre – " yop la boum " - qui tenterait de dire qu’il ne faut pas prendre tout ça au sérieux…

 

" Quand on voit passer le grand Prosper. Sur la place Pigalle. Avec son beau petit chapeau vert et sa martingale. À son air malabar et sa démarche en canard. Faut pas être bachelier pour deviner son métier. "

Ce métier, c’est celui de souteneur – un professionnel dont on fait ainsi la réclame : " Prosper yop la boum. C'est le chéri de ces dames. Prosper yop la boum. C'est le roi du macadam. "

On décrit un homme à l’allure de malandrin et on fait le tableau d’une mythologie – celle de Pigalle – où les rôles sont distribués depuis l’invention du tapin.

 

Retour à la chanson de Maurice Chevalier qui continue de tracer le portrait de Prosper : " Comme il a toujours la flemme. Y n'fait jamais rien lui-même. Il a son harem qui - de Clichy à Barbés - Le jour et la nuit sans cesse. Fait son petit business. Et le soir, tous les soirs. Dans un coin d'ombre propice. Faut le voir, faut bien l'voir. Encaisser les bénéfices. Il ramasse les billets. Et leur laisse la monnaie. "

Voilà, on est toujours dans cette image d’Epinal de la prostitution où les filles se battraient pour travailler pour ce souteneur : " Avec sa belle gueule d'affranchi. Là-haut sur la butte. Ah ! toutes les gonzesses sont folles de lui. Et se le disputent. Y en a qui s'flanquent des gnons. Mais oui ! et se crêpent le chignon. "

Jusque-là, y’a de la gouaille, y’a du folklore, ça fait couleur locale, tout ce petit peuple de Pigalle…

 

Là où le texte devient violent, c’est lorsque Maurice Chevalier évoque le turn-over dans les équipe de Prosper : " Quand une femme se fait coincer. Par les roussins du quartier – les roussins, ce sont les policiers dans l’argot parisien - Il la laisse tomber. Et il s'en va carrément. Vers son réassortiment dans l'arrondissement. Et quand sur le champ, elles ne sont pas à la page. Voulant faire leur apprentissage. Dans une ville de garnison. Il les envoie en saison. Faire un petit stage. "

Le terme " réassortiment " est bien là pour nous indiquer que nous avons affaire à de la marchandise.

Ceux de " stage " et d’" apprentissage" évoquent la fraîcheur de la dite marchandise. Quant à la " ville de garnison ", elle renvoie au travail à la chaîne, voire à l’abattage

Tout ça sur un petit air de café-concert qui donne envie de faire la java…  

 

Alors, évidemment, il faut remettre " Prosper, yop la boum " dans son contexte. C’est quand même un tube de 1935 – un contexte historique avec son langage, son contexte politique…

Mais dans le genre " classique de la chanson française " - car c’en est un - qu’on ne pourrait plus chanter aujourd’hui, on tient là un bon numéro…

 

Écoutez " Prosper, yop la boum " de Maurice Chevalier :

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