Prix Première du roman graphique 2018: les 10 romans nommés

Prix Première du roman graphique : les 10 romans nommés
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Prix Première du roman graphique : les 10 romans nommés - © Tous droits réservés

Prix Première du roman graphique, clap 2ème! Après une première édition qui a vu le roman graphique Etunwan de Thierry Murat être récompensé, voici déjà (bientôt) l'heure de décerner le prix à un autre roman. Mais avant de vous dévoiler le grand gagnant, qui sera annoncé lors du Festival de la BD ce vendedi 14 septembre, nous vous présentons plus en détail les 10 romans de la sélection 2018. Attention, c'est du très très lourd!

"Cinq branches de coton noir", de Steve Cuzor et Yves Sente (Dupuis)

Deux époques : 1777 et 1944… Un même thème : les afro-américains et leur place dans la société. Le lien entre ces deux époques : un drapeau. Le premier étendard de l’Etat américain, réalisé par une femme noire qui y a ajouté un symbole d’égalité raciale.

Un livre qui montre donc, d’une part, la réalisation de ce drapeau, et, d’autre part, la lutte d’un soldat, en pleine seconde guerre mondiale, pour en retrouver la trace. Un hymne très cinématographique pour la tolérance et la richesse des différences.

Yves Sente, au scénario, construit un livre sans temps mort, pour rendre son propos accessible à tout le monde. Quant au dessin de Steve Cuzor, son réalisme et son approche des physionomies est exactement ce qu’il fallait pour rendre cette histoire passionnante autant que passionnée.

"Essence", de Benjamin Flao et Fred Bernard (Futuropolis)

Résumer cet album est extrêmement simple. Achille, jeune homme fou d’automobile, se promène dans une espèce de "No man's Land" entre vie et mort. Accompagné par son ange gardien, une jeune femme particulièrement jolie, il doit, pour trouver la paix, retrouver d’abord la mémoire de ce qui l’a tué.

Résumer cet album est extrêmement difficile. A l’instar du héros mythologique dont il porte le prénom, ce jeune mort découvre à la fois l’immortalité et les chemins détournés qui peuvent la réduire à rien. Il lutte contre son passé, contre son présent, contre tout ce qui, finalement, ne s’inscrit pas dans l’immédiateté de ses passions, de ses souvenirs qui ne se restaurent que peu à peu.

Album onirique, donc, mais également analyse du pouvoir de la passion sur le quotidien. Album fantastique mais également approche très réaliste et même scientifique de la puissance des fabricants d’essence sur notre société. Album policier mais aussi livre d’amour et de détresse, Essence s’intéresse, finalement, à l’essence même de l’âme humaine.

"Alt-Life", de Joseph Falzon et Thomas Cadène (Le Lombard)

Dans ce livre, nous nous trouvons dans un avenir proche, très proche même, trop proche peut-être.

Josiane et René vivent tantôt dans le monde réel, tantôt dans le monde virtuel. Ils sont, en quelque sorte, les enfants de ceux qui, aujourd’hui, sont "branchés".  Et le monde réel qui est le leur devient de moins en moins vivable. Voilà pourquoi ils se portent volontaires pour devenir des pionniers… Et pénétrer dans un monde désormais totalement virtuel, un univers d’où ils ne pourront plus s’échapper.

Toute l’histoire de cet album se construit donc autour de ce nouvel univers qui se façonne au gré des envies et des désirs des deux personnages centraux. Il n’y a plus de douleur, plus de "besoins naturels". Mais il y a l’érotisme, le sexe plus que l’amour, peut-être…

Pour eux, certes, tout est possible. Mais que peut-on avoir comme envie quand tous les désirs peuvent s’exaucer? Voilà tout le thème de ce livre étonnant, d’un graphisme simple, qui reste pudique malgré le propos.

"Petite Maman", de Halim (Dargaud)

Née d’une mère célibataire encore adolescente, Brenda grandit au rythme de son amour pour sa mère, au rythme aussi de ses larmes, de ses sourires, de ses angoisses, de ses douleurs. De ses douleurs, oui, parce que cette petite fille est une enfant battue.

Halim, l’auteur de ce livre, nous montre le trajet de vie de Brenda. Son dessin est un regard impitoyable sur les silences de la société face à la violence la plus répugnante. Le découpage de ce livre mélange les époques de l’existence de Brenda, et le lecteur, ainsi, se rapproche d’elle.

Si ce sujet est celui de l’enfance battue, il est aussi, au-delà de la simple anecdote " crapuleuse ", celui de la femme, de son rôle, et de toutes les soumissions et dominations qui, de plus en plus, construisent notre univers occidental.

Et enfin, même dans les scènes qui pourraient devenir triviales, le dessin de Halim reste toujours pudique. La pudeur d’un observateur, peut-être… La pudeur, en tout cas, d’un humaniste qui regarde, raconte, sans jamais pouvoir porter de jugement sur une situation qui, de toute façon, trouve ses racines dans le monde qui est le nôtre et ses mille hypocrisies.

"Guantanamo Kid", d'Alexandre franc et Jérôme Tubiana (Dargaud)

"Guantanamo Kid", c’est un livre ancré dans l’actualité proche, sans aucun doute, et inspiré de très près par une histoire totalement vraie. L’histoire d'un jeune garçon qui quitte son pays, l’Arabie Saoudite, et s’en va au Pakistan pour y faire des études.

Mais voilà, l’Histoire, la grande, vient perturber tous ses plans d’avenir, puisque, deux mois après son arrivée au Pakistan, a lieu l’attentat du 11 septembre 2001.Et c’est sans aucune raison que ce gamin, cet adolescent un peu rêveur, va passer pour un membre actif d’Al-Qaïda.

Ce livre va nous faire suivre le destin, la vie de ce jeune homme qui, emprisonné à Guantanamo, va subir des intégrismes qui sont ceux de la torture, des interrogatoires incessants et inutiles. Des intégrismes qui sont ceux d’une démocratie, pourtant…

Le dessin, simple, parfois simpliste, réussit à être descriptif, à rendre ce récit supportable. A laisser, en quelque sorte, des fenêtres ouvertes sur l’espoir.

"L’homme gribouillé" de Frederik Peeters et Serge Lehman (Delcourt)

L’homme gribouillé, c’est une longue bande dessinée qui s’enfouit dans des genres littéraires parfaitement codifiés.

Ce livre nous emmène, en effet, dans une aventure qui mêle le fantastique, la course au trésor, l’horreur, le polar, le thriller, et le portrait, aussi, d’une famille de trois femmes : la grand-mère, sa fille, et sa petite-fille, le tout dans une perspective littéraire assumée.

Graphiquement, Frederik Peeters nous montre une ville, Paris, qui n’a plus rien de lumineux, qui, tout au contraire, s’enfouit dans des pluies incessantes. Il y a dans son trait quelque chose de Tardi… Comme il y a dans le scénario des réminiscences de livres comme Le Golem, de Meyrinck, par exemple. Voire de comics américains.

Quant au scénario, de facture classique au premier abord, il parvient à filer dans tous les sens, à nous raconter même plusieurs histoires en parallèle, sans pour autant perdre le lecteur en cours de route… Une belle réussite !

"AileFroide", de Jean-Marc Rochette et Olivier Bocquet (Casterman)

Avec "Ailefroide", nous nous trouvons en face d’un livre étonnant et multiple. Bien sûr, c’est d’abord la "biographie" dessinée de Jean-Marc Rochette lui-même. Il voulait devenir guide de montagne, il s’est réalisé comme dessinateur de bande dessinée.

Dans ce livre, tout commence par le peintre Soutine, et ses émerveillements de lumière qu’un gamin, Rochette, regarde, et veut toucher. Et ce sont ces couleurs-là, sans même s’en rendre compte, que ce gamin va rechercher dans les défis qu’il s’impose, face d’abord à des parois à gravir, à des montagnes à découvrir, par des voies de plus en plus difficiles.  

De page en page, on suit le parcours pratiquement initiatique de ce gamin qui, peu à peu, découvre qu’au-delà du rêve, il y a un au-delà infiniment moins lumineux, infiniment plus cruel, celui de la souffrance, celui de la mort.

Un livre de Jean-Marc Rochette, c’est toujours un événement. Que vous aimiez ou non la montagne, l’alpinisme, l’escalade, cela n’a pas d’importance… Ce livre est une fresque épique, romantique, initiatique qui, vécue, nous offre le paysage plutôt que le portrait d’un être humain à la poursuite de ses possibles artistiques !

"Opération Copperhead" de Jean Harambat (Dargaud)

Un livre de plus consacré à la seconde guerre mondiale ? Pas du tout, fort heureusement…

Au départ, il y a un élément historique que les auteurs nous disent réel : le vœu de Churchill de trouver un sosie pour jouer le rôle du général Montgomery, de manière à tromper les nazis sur le lieu prévu du débarquement.

A partir de là, c’est l’humour qui prend le pouvoir dans ce livre, c’est la joie de mettre en scène des acteurs caricaturés avec talent, comme David Niven, ou Peter Ustinov.

L’humour, et les digressions habituelles aux films et aux romans d’espionnage. Il y a la guerre, certes, mais il y a aussi une superbe jeune femme qui hante certains cabarets quelque peu libertins…

Hommage au cinéma, ou pastiche de tant et tant de films vus et revus, cette Opération Copperhead est un livre déjanté, avec un vrai sens du dialogue qui ponctue les situations folles qu’il nous décrit.

"L’été fantôme", d'Elizabeth Holleville (Glénat)

Louison et sa grande sœur passent les vacances chez leur grand-mère, une femme souriante qui, peu à peu, perd la mémoire.

La maison est dans le sud de la France, le jardin est immense, mais Louison s’ennuie. Et elle s’ennuie encore plus quand ses cousines arrivent enfin… Mais ce ne sont plus les petites filles de l’année précédente, ce sont désormais des jeunes filles qui ont des centres d’intérêt qui n’ont plus rien à voir avec le quotidien de Louison.

Et Louison, au plus profond de son ennui, fait la rencontre de Lise, une fille de son âge. Une fille qui est le fantôme de sa grand-tante morte il y a soixante ans…

Elizabeth Holleville parvient, ce qui est rare, à faire se côtoyer de façon totalement crédible deux univers. Celui d’un quotidien à taille humaine, d’abord, celui, ensuite, d’un univers parallèle, dans lequel les secrets les plus terribles peuvent se découvrir.

Ce livre pourrait être un polar, et il l’est par certains aspects. Mais c’est surtout un récit sur l’enfance et sur ce moment charnière de l’existence où le passage à l’âge adulte devient inéluctable. 

"Je vais rester", de Hubert Chevillard et Lewis Trondheim (Rue de Sèvres)

Fabienne et Roland, un couple comme tous les couples, arrivent à Palavas pour une semaine de vacances. Roland a tout organisé, tout réservé, pour chaque jour, pour chaque heure, il a tout noté dans un carnet, de manière à ce qu’aucun imprévu ne vienne perturber cette semaine.

Mais ce qu’il n’a pas prévu, c’est de mourir, dès son arrivée à Palavas! Fabienne se retrouve seule. Mais, étrangement, elle décide de rester. Cette attitude pourrait être provocatrice, mais il n’en est rien. C’est une attitude de soumission, plutôt.

Et Fabienne suit, minute par minute, le programme qu’au-delà de la mort  son mari lui "impose", en quelque sorte. Mais elle le fait en prenant le temps… En osant regarder les gens qui l’entourent, en osant sourire à d’autres.

Je vais rester, dit-elle. Et cette décision, tout en douceur, tout en mélancolie, tout en nostalgie, va sans doute transformer sa nouvelle existence.

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