Prix Première 2021 : les 10 finalistes

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Voici les 10 premiers romans francophones sélectionnés cette année. Remise du prix le jeudi 4 mars, dans une émission spéciale entre 13h15 et 14h00, présentée par Laurent Dehossay.

Ludovic MANCHETTE et Christian NIEMIEC : "Alabama 1963" (Cherche Midi)

Avec ce premier roman en lice, nous mettons le cap sur les États-Unis, en Alabama.  

Nous sommes en 1963, au cœur d’une tragédie : la disparition de plusieurs fillettes noires dans l’une des plus grandes villes de cet État du sud, Birmingham. 

 

Le père de la première victime décide d’engager un détective privé pour retrouver son enfant. 

Il tombe sur un ancien flic alcoolique, ours mal léché et, pour tout dire, raciste. 

Les choses sont très mal engagées mais notre homme va faire la rencontre d’une femme de ménage qui va, comme qui dirait, le booster. 

 

Une jeune veuve, noire et mère de famille, qui va s’intéresser à l’affaire. 

Tous deux vont réunir, plus ou moins de bonne grâce, leurs atouts, une certaine expérience pour lui, une connaissance du milieu des victimes pour elle, et partir à la recherche de la vérité. 

Sur une toile de fond extrêmement sombre : la ségrégation raciale, le Ku Klux Klan, l’assassinat de Kennedy, les auteurs nous racontent comment deux êtres que tout oppose vont apprendre à se connaître et à se respecter avec leurs différences. 

 

Un premier roman écrit par Ludovic Manchette et Christian Niemiec qui observent avec beaucoup d’empathie, d’humour aussi, et de gravité quand cela s’impose, des destinées individuelles bousculées par la grande histoire. 

 

 

Présentation du livre dans Le Mug sur La Première :

David FORTEMS : "Louis veut partir" (Robert Laffont)

Avec ce premier roman, David Fortems nous emmène à Bogny-sur-Meuse, une petite ville des Ardennes françaises, tout près de Charleville-Mézières. 

Nous allons suivre l’enquête menée par Pascal, un ouvrier d’une quarantaine d’années. 

Il y a peu, Pascal vivait encore avec son fils de dix-huit ans. 

Un garçon passionné par la lecture, bon élève. 

Sans histoire, comme leur existence commune.  

Une relation sans grande conversation, mais non dénuée de complicité. 

 

Du moins, c’est ce que ressent Pascal jusqu’au jour où il reçoit un coup de téléphone de la brigade criminelle qui lui demande de venir identifier le corps de son fils.  

Louis s’est donné la mort au confluent de la Meuse et de la Semoy. 

Pour son père, c’est l’incompréhension totale. 

Passé la stupéfaction, il part à la recherche de la vérité : pourquoi ce geste définitif ? 

Pourquoi cet abyme ? 

Pascal rencontre celles et ceux qui ont côtoyé son fils, proches et moins proches qui vont redessiner le portrait du jeune homme. 

Un Louis qui se révèle être un parfait inconnu. 

 

David Fortems dissèque, sans pathos, avec une émotion parfois brutale, à l’instar de la réalité, une famille, un monde, où l’on communique mal, où l’on lèche ses blessures à l’abri des regards. 

Il nous parle aussi du poids du milieu social, du déterminisme de classe, toujours d’actualité. 

 

 

Présentation du livre dans Le Mug sur La Première :

Dima ABDALLAH : "Mauvaises herbes" (Sabine Wespieser)

Comment être une enfant dans un pays en guerre ? 

Comment laisser libre court à son imagination ? Comment faire confiance au lendemain ? 

Comment être folle de joie ? Comment s’abandonner au chagrin ? 

Comment vivre sa vie quand, au dehors des murs de l’écolele bruit des tirs s’intensifie ? 

Voilà l’histoire d’une petite fille née à Beyrouth pendant la guerre civile. 

Une petite fille qui n’a pas peur, une gamine qui ne pleure pas. 

Et pour cause, elle sait que son papa l’attend et la protège, quoi qu’il arrive. 

Elle s’accroche à ses grands doigts et elle affronte ce monde si cruel, tellement cynique. 

Obligé de changer sans cesse d’appartement, par mesure de sécurité, le père essaie de donner le change : il plaisante, il poétise et fait de maigres plantes, posées sur le balcon,  le plus précieux des jardins. 

Mais celui qui est un géant aux yeux de sa fille, sait toute son impuissance et, souvent, demeure un mur de silence. 

Puis c’est l’exil à Paris. Pour elle, pas pour lui. 

Elle continue de grandir et devient mère à son tour et tente de se délivrer de ce passé meurtrier. 

 

Dima Abdallah nous raconte cette histoire de résilience en étant au plus près de ses personnages, elle tisse véritablement les voix de l’enfant et du père, ce qui impulse à son récit une marche intense, robuste comme ces fleurs qui poussent aux mauvais endroits, les mauvaises herbes. 

 

 

Présentation du livre dans Le Mug sur La Première.

Christophe PERRUCHAS : "Sept gingembres" (Le Rouergue/La Brune)

Antoine, quadragénaire, pure produit de ce que certains appellent la start-up nation, est cadre dirigeant dans une agence de publicité parisienne plutôt prospère, quoique de taille moyenne. 

Père attentionné, mari aimant, manager sans beaucoup d’états d’âme mais tellement " efficient " qu’on lui pardonne tout : la réussite est éclatante.  

Antoine est un winner, il n’y a pas de doute. 

En guerre, chaque jour, pour remporter le marché et accroître les dividendes. 

On appelle cela, aujourd’hui, un mâle blanc dans toute sa splendeur. 

Oui, mais … il y a, vous vous en doutez, une faille … #balancetonporc 

Car notre collector aime beaucoup les femmes, certes, mais avec une tendance appuyée à se comporter comme s’il se baladait dans une épicerie. 

L’époque est intraitable avec les prédateurs sexuels.  

Et alors qu’il affiche son bonheur familial et professionnel sur les réseaux sociaux, Antoine va faire l’objet d’une plainte pour harcèlement. 

La jolie photo se déchire alors de toute part. 

 

L’auteur, Christophe Perruchas, explore les coins et recoins de l’image et dresse, en serrant au plus près son personnage qui s’asphyxie de plus en plus, le portrait, autant du pervers narcissique que du monde qui l’a créé avec, au final, cette question  

Antoine est-il le seul coupable ? 

 

 

Présentation du livre dans Le Mug sur La Première :

Maylis ADHÉMAR : "Bénie soit Sixtine" (Julliard)

Bienvenue dans le milieu fondamentaliste catholique. 

Sixtine, jeune fille très pieuse, rencontre son alter ego masculin en la personne de Pierre-Louis, un jeune homme issu d’une famille nombreuse qui a mis la barre très très haut dans la pratique des valeurs chrétiennes ou prétendues telles, puisque l’on y rejette à peu près tout ce qui dépasse comme les gens de gauche, forcément gauchistes, les punks à chiens, les étrangers et les homosexuels, inévitablement tarés, entre autres. 

Quand je dis que la famille " rejette " ces gens-là, c’est un euphémisme puisque Pierre-Louis et ses semblables n’hésitent pas à organiser des espèces d’expéditions punitives à l’encontre des contrevenants. 

 

Après un mariage célébré dans la plus pure des traditions, nos tourtereaux emménagent à Nantes. 

Mais, dès la nuit de noces la mariée déchante… car elle comprend que le désir et le plaisir sont bien peu de choses, en vérité, à côté du devoir. Devoir d’enfanter, notamment. 

Sixtine décide alors de prendre son destin en main et la poudre d’escampette. 

Commence alors pour notre héroïne une course vers la liberté : liberté de vivre selon ses propres aspirations, débarrassée des dogmes et des préjugés, loin de l’intolérance et de la haine. 

 

Ce premier roman n’est pas une charge contre la religion mais bien contre son dévoiement, c’est une alerte et un plaidoyer pour l’émancipation. 

Une émancipation qui demande beaucoup de courage et de confiance en l’autre. 

 

 

Présentation du livre dans Le Mug sur La Première :

Emmanuelle DOURSON : "Si les dieux incendiaient le monde" (Grasset)

Les histoires de famille finissent-elles mal … en général ? 

Pas sûr, même si elles sont traversées par la douleur et les ruptures. 

Celle que nous propose Emmanuelle Dourson a connu un certain nombre de drames, que nous n’allons pas dévoiler.

Toujours est -il que ces " dysfonctionnements " ont mené au départ brutal de la fille cadette qui ne va plus donner signe de vie durant une quinzaine d’années. 

Des années qu’elle va mettre à profit pour devenir une pianiste renommée basée à New York. 

Jusqu’au jour où l’on apprend qu’elle vient se produire en concert à Barcelone, dans le cadre somptueux du Palau de la Musica, fier représentant du modernisme catalan, dans le quartier Saint-Pierre. 

La famille est en émoi et voit, dans ce retour européen, l’occasion rêvée de se réunir…  

Mais ce n’est pas si simple, évidemment. 

L’écriture de notre jeune autrice épouse, en quelque sorte, les méandres du monument barcelonais imaginé par l’architecte Lluís Domènech i Montaner : elle est organique, traversée de pleins et de déliés. 

 

Une écriture attentive aux moindres signes qui organisent notre environnement : les sons, les matières, les parfums, les couleurs. 

Et puis, il y une voix mystérieuse qui plane au-dessus des unes et des autres et s’enroule autour de leurs secrets, comblant les non-dits, expliquant les doutes comme autant de clés qui accompagnent le lecteur dans son cheminement au cœur de cette carte du tendre où l’amour et l’apaisement, peut-être, sortiront vainqueurs. 

 

 

Présentation du livre dans Le Mug sur La Première :

Dimitri ROUCHON-BORIE : "Le Démon de la Colline aux Loups" (Le Tripode)

L’âme humaine peut être noire, profondément, durablement, désespérément. 

C’est ce que nous rappelle Dimitri Rouchon-Borie avec ce premier roman qui nous donne à lire le journal d’un homme perdu. A jamais. 

Un journal écrit en prison, dans une telle urgence que sa prose est comme un bolide lancé à une telle vitesse que rien ne pourra l’arrêter.  

Il lui faut parler, raconter ce qui, pour la plupart d’entre nous, reste l’impensable 

Et pourtant, on sait que cela arrive. 

Cela, c’est l’enfance bousillée par des adultes monstrueux que l’on souhaiterait innommables, mais qu’il faut appeler des parents violeurs, pédophiles, incestueux. 

Le narrateur, qui n’a appris son prénom  c'est-à-dire comment il s’appelle, que très tard, après son sauvetage par les services sociaux, a découvert les mots en prison, la puissance du langage, sa vertu libératrice. 

En prison, car le chemin, malgré les mains tendues, inexorablement, l'a ramené en enfer.  

L’enfant tué s’est mué en un adulte empli de douleur, de rage et de violence et aussi capable d’aimer. 

Mais les démons, trop souvent, triomphent de l’amour. 

 

L’auteur est journaliste spécialisé dans la chronique judiciaire et le fait divers, il a arpenté les tribunaux et rencontré ces êtres que la société, le système, la meilleure volonté, ne semblent pouvoir sauver. 

Ils s’enfoncent alors dans une nuit dont Dimitri Rouchon-Borie décrit, avec intelligence, les ombres sauvages.   

 

 

Présentation du livre dans Le Mug sur La Première :

Emmanuel CHAUSSADE : "Elle, la mère" (Les Éditions de Minuit)

C’est à un moment douloureux que nous convie Emmanuel Chaussade : celui de la mise en terre d’une mère. 

Cette mère va se révéler, au fil d’un récit syncopé, à travers les souvenirs invoqués par le fils, narrateur de l’histoire. 

On oscille entre amour, colère, incompréhension, admiration, déception… 

Cette mère est avant tout une femme à la puissante personnalité. 

Une femme qui s’est voulu libre à une époque sans #metoo. 

Elle a aimé les hommes et clamé son droit à la jouissance, trop haut, beaucoup trop haut. 

Une forte tête qui a tout voulu, maternelle et amante. On l’a traitée de folle. 

Une femme imprudente, sans doute, qui a tout balancé : une vérité pour chacun. 

Une petite panthère blessée cachant, maladroitement, un lourd secret. 

Une douleur qu’elle fardait d’une violence qui l’a révélée plus qu’elle ne l’a masquée. 

Une déchirure de l’enfance qui a incisé dans sa chair un sentiment de culpabilité et d’abandon. 

Au final, une femme seule, qui a refusé d’être une victime, n’épargnant personne et certainement pas ce fils dont elle aura ignoré obstinément et cruellement les amours homosexuelles. 

 

C’est un premier roman qui raconte la rage de vivre en évitant le sentimentalisme. 

On n’a pas toujours envie d’aimer cette héroïne qui n’a pas cherché à être aimable, mais on est impressionné par sa résistance. 

 

 

Présentation du livre dans Le Mug sur La Première :

Anthony VAN DEN BOSSCHE : "Grand Platinum" (Seuil)

C’est à la croisée de mondes bien différents que nous emmène l’auteur de ce " Grand Platinum " : 

La communication et la poésie. 

Moteur de notre histoire : Louise, jeune et dynamique entrepreneuse ayant fondé sa boîte de com’. 

Elle nous entraîne dans un univers où l’on voit évoluer une faune parfois extravagante, régulièrement agaçante, fréquemment égotique. 

Motif du récit : de magnifiques carpes japonaises, des koïs, des poissons appartenant à une variété ornementale obtenue à partir de divers croisements. 

 Au cours de sa vie, le père de Louise, aujourd’hui décédé, avait réuni une série de ces Koïs, par ailleurs considérés comme un symbole d'amour et de virilité. 

Bien sûr, abriter ces précieux spécimens lorsqu’on habite un appartement à Paris n’est pas si simple. 

Le passionné avait donc eu l’idée, pour le moins culottée, de disperser sa collection dans plusieurs plans d’eau de la capitale. Ce qui est formellement interdit.  

Louise, aidée d’une poignée de bonnes volontés, décide de récupérer les Koïs, avant que d’avides prédateurs, âpres aux gains, ne mettent le grapin sur ce qui pourrait bien être un précieux butin. 

 

C’est une sorte de fable des temps actuels que nous propose Anthony van den Bossche, une variation autour de la vanité des choses, de l’essoufflement de ces vies menées tambour battant, à la conquête d’une hasardeuse image du bonheur. 

A la place, il nous suggère un chemin qui, peut-être, pourrait nous conduire à une promesse de tranquillité.  

Cette promesse que la beauté peut, sinon sauver le monde, apaiser nos âmes.  

 

 

Présentation du livre dans Le Mug sur La Première :

Abdelhafid METALSI : "La colline à l'arbre seul" (JC Lattès/La Grenade)

Avoir dix ans au cœur des faubourgs dont les terrains vagues inspirent parfois les poètes, mais dont l’âpreté demande toujours beaucoup d’imagination à celles et ceux qui souhaitent enchanter leur quotidien. 

Cette imagination, Chems et ses copains, Gros, Karaï, Francky et Dimitri n’en manquent pas. 

Des gamins, issus de milieux modestes, qui redoublent de débrouillardise pour se payer des séances de cinéma et des canettes de boissons gazeuses sirotées au coin d’un feu sur lequel ils font cuire des patates. 

C’est l’âge où l’aventure est au coin de la rue et pour gagner quelques pièces, nos cinq lascars ont trouvé un bon filon : récupérer, dans une vieille benne, cartons et bouteilles consignées. 

Un précieux trésor qu’ils s’empressent d’aller revendre à un ferrailleur avec qui le négoce est un véritable sport de combat. 

Le hic, c’est que la petite bande de potes, unis comme les cinq doigts de la main, n’est pas la seule à exploiter le filon. Il va falloir se défendre. 

Mais quand on n’a que dix ans, il faut être très courageux pour faire face à la lâche domination des " grands ". 

L’humour et la tendresse parcourt le récit d’Abdelhafid Metalsi. 

On s’amuse des 400 coups inventés par nos jeunes héros pour déjouer les coups de force de leurs rivaux, on sourit de leur naïveté lorsqu’ils découvrent un jeune couple tendrement enlacé au sommet de la colline, on s’émeut quand le petit " meneur " du groupe évoque la tendre protection de sa mère. 

La vie des petits n’est pas une petite vie, elle est pleine d’emballements, d’émerveillements, de peurs, de questions, de chagrins vite oubliés, de moments qui marquent à jamais. 

 

C’est tout cela que l’auteur insuffle à la matière de son premier roman, il le fait avec la voix d’un enfant qui ouvre de grands yeux sur un monde brutal mais riche de promesses, bien décidé à ne pas rester sur le bord du chemin. 

 

 

Présentation du livre dans Le Mug sur La Première :

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