Prix Prem1ère, découvrez les 10 romans sélectionnés ![VIDÉOS]

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Notre comité 2016 s’apprête cette semaine à décerner le Prix Prem1ère à l'un des 10 romans sélectionnés... Découvrez-les en vidéo...

À l’enseigne du cœur épris - Jean-François Pigeat (Editions Le Dilettante)

Au chapitre des bois dont sont faites nos amours, nous avions déjà, en magasin, divers modèles : les très écologiques Philémon et Baucis, mêlant tendrement la croissance de leurs ramures, dans un style plus brut et élagué Héloïse et Abélard, au chapitre des essences vénéneuses Tristan et Isolde. Avec Stéphane et Geneviève, les héros d’À l’enseigne du coeur épris de Jean-François Pigeat, l’offre s’enrichit. C’est l’amour au temps d’Habitat ou du Bon Coin qui s’offre à nous, mi-kit, mi-bonne occase, trouvaille et bricolage : à la complexité du mode d’emploi répondent les problèmes de pièces manquantes et surtout les difficiles étapes de l’assemblage. Stéphane capte Geneviève sur un site de rencontres, premier baiser romantique dans les ruines de l’abbaye de Jumièges, s’engage alors entre eux un lent montage amoureux, pièce à pièce, fait d’exquis moments d’aisance ou de douloureuses difficultés d’emboîtages, d’autant que les matériaux ne sont pas les mêmes : elle est un bois fluide, tendre, aisé à tordre ou à briser, lui un matériau noueux, compact, dur à travailler. Parents, amis, enfants secrets, chacun découvre à l’autre des cloisons coulissant sur les mystères intimes, des doubles fonds amers. Survient, nette, la brisure. À la survenue d’un fils caché, Stéphane s’efface, s’éloigne d’une Geneviève au corps handicapé par une douloureuse blessure. Quelques mois plus tard, il apprend la disparition de Geneviève. Il s’adonne alors à un fiévreux chinage amoureux : lieux, choses, présences. Qu’est devenue Geneviève ? Puis soudain, à la grande braderie de la vie, la revoilà. Mais les amours mises en pièces se reconstruisent-elles ? Dans ce premier roman, Jean-François Pigeat, dans la foulée des Choses de Perec, met en scène, au sein d’un monde d’objets intimes ou standardisés, une douloureuse mécanique amoureuse tout en engrenages et échappement.

 

Jean-François Pigeat est né au milieu du xx e siècle dans la région parisienne. Avant À l’enseigne du coeur épris qui reste son meilleur roman à ce jour il avait notamment publié rien du tout. Véritable phénomène d’édition, l’ouvrage tiré d’abord à 2 222 exemplaires fut, à la demande des libraires et du bouche à oreille, retourné à l’éditeur en moins de trente-six heures afin d’être pilonné, à l’exclusion d’un exemplaire utilisé pour caler un meuble. Des négociations sont actuellement en cours pour ne pas le porter à l’écran. Les droits de traduction ont été refusés par pas moins de 30 pays dont la Papouasie-Nouvelle-Guinée et le Lesotho. En dépit des refus du comité de lecture, d’ores et déjà acquis, l’auteur travaille à une suite annoncée pour septembre.

 

Vers la nuit - Isabelle Bunisset (Flammarion)

Nauséabond, soit.
Jusqu’à l’os, parfois. Propre sur lui, rarement. Probe, à sa façon, certainement, vulnérable toujours : Céline, tel qu’en lui-même, tel que je le vois, dans sa nuit, la dernière ", nous confie Isabelle Bunisset à propos de son livre.

Nous sommes le 30 juin 1961 : Louis-Ferdinand Céline va mourir et il le sait. À Meudon, cloîtré dans sa mansarde, il n’a qu’une obsession : mettre un point final à son roman-testament, Rigodon.

L’écrivain agonisant, dont les souvenirs s’entremêlent, revient sur son parcours littéraire tumultueux, sur ses déconvenues quotidiennes et sa déchéance progressive, tandis que nous devenons les spectateurs d’une mort inéluctable, suspendus à ses pensées chaotiques et guettant avec angoisse son dernier souffle de vie.

 

Avec une éblouissante maîtrise et un vrai sens du rythme, Isabelle Bunisset, grande spécialiste de Céline, lui emprunte sa voix singulière et son écriture acide pour nous faire entrer, avec force et fracas, dans l’intimité de cet écrivain.

 

Isabelle Bunisset vit à Bordeaux. Elle a fait une thèse sur la dérision chez Céline et enseigne à l’université de Bordeaux. Elle est, par ailleurs, critique littéraire au journal Sud-Ouest ainsi que chroniqueuse viticole pour Le Figaro Magazine. Vers la nuit est son premier roman.

Superflus - Hugo Poliart (Academia)

Victor Daller veut disparaître de sa vie, à l'aide d'une organisation qui lui propose une existence moins misérable. Ce n'est pas si compliqué. Les relations humaines sont devenues éphémères. Mais pour s'assurer que personne ne cherchera à le retrouver, il doit s'isoler pendant plusieurs mois dans un pays lointain. Après avoir vendu tout ce qu'il possédait, Victor commet l'erreur d'acheter un billet pour la Colombie. On l'avait prévenu : le seul risque, c'est de vouloir y rester.

 

Hugo Poliart est né le 30 mai 1974 à Braine-le-Comte et vit à Bruxelles. Après avoir travaillé dans des bureaux pendant quinze ans, il décide de tout quitter pour partir au bout du monde et écrire son premier roman. La suite va vous faire réfléchir, vous émouvoir, ou vous faire rire.

Le metteur en scène polonais - Antoine Mouton (Christian Bourgois Editeur)

À l'origine, une idée simple : que se passerait-il si un livre changeait tandis qu'on ne le lit pas ?

Idée a priori plaisante, mais qui rendra fou le metteur en scène polonais, auquel un directeur de théâtre parisien a confié la tâche d'adapter pour la scène le roman d'un auteur autrichien, roman dont les personnages et les situations disparaissent d'une lecture à l'autre.

Les répétitions parisiennes sont catastrophiques : un interprète alcoolique traduit pour les comédiens français les invectives du metteur en scène polonais, un comédien engagé n'a pas été distribué, le spectacle durera huit heures, le budget a été largement dépassé, une grosse armoire trône au milieu du plateau...

Le récit tente de réunir les éléments ayant conduit le metteur en scène polonais à se comporter de la sorte. Nous traversons ainsi différentes époques à ses côtés : la mise en scène des Démons de Dostoïevski dans un stade de football en Pologne ; l'héritage inattendu d'une armoire léguée par une inconnue désignée sous le nom de madame X, activement recherchée par un détective portugais ; le voyage en Autriche jusqu'au château dont il est question dans le roman de l'auteur autrichien, en compagnie de tous les comédiens sauf un laissé à Varsovie, ainsi que de l'armoire ; et la première folie du metteur en scène polonais, survenue vingt ans plus tôt, à cause de la disparition de sa femme, laquelle revint un an plus tard sans jamais avouer ce qu'elle a fait lors de cette année passée loin de lui.

 

Nous suivrons, dans la déchéance du metteur en scène polonais, bon nombre de personnages :

- la grande actrice française à laquelle on aurait dû donner le premier rôle mais que le metteur en scène polonais s'ingénie à cacher sous une fourrure en fond de scène ;

- le directeur du théâtre, qui voulait pour une fois prendre un risque, mais qui ne pensait pas que le désastre serait tel ;

- la femme du metteur en scène polonais, cloîtrée dans sa chambre d'hôtel à Paris, lisant des livres et buvant du thé à longueur de journées ;

- le philosophe grec, logeant dans le même hôtel que le metteur en scène polonais, venu en France avec ses chiens parce qu'il ne pouvait pas se résoudre à les laisser à Athènes, étant donnée la situation en Grèce, et dont la place dans cette histoire semble d'abord anecdotique avant de devenir primordiale (car tout finit toujours par la Grèce).

Les personnages sont autant de figures qui se révèlent comme dans un jeu de cartes, abattues sur la table, aussitôt recouvertes, et remises en jeu pour le coup final. Entre eux et le metteur en scène polonais, il n'y a plus de discussion possible, seulement quelques œufs durs. Dans la poche du metteur en scène polonais se niche une impressionnante quantité d'œufs durs, que ceux qui devraient négocier, parlementer ou sermonner, préfèrent soudain partager avec lui plutôt que de lui faire le moindre reproche.

 

Ce roman peut être lu comme un conte, prenant pour décor le milieu du théâtre, afin d'ouvrir à un état des lieux européen plutôt fantasque - c'est l'humour qui prédomine ici.

Il s'agit également d'une quête. Celle d'un homme devenu détective de ses propres pensées, dont les défaillances sont autant de ressorts comiques ou dramatiques, permettant des sauts extravagants dans le temps et dans la logique. Pour cet homme qui tente de comprendre ce qui lui échappe, à chaque fois il s'agit de tout dire, mais à chaque fois quelque chose fait défaut.

 

Antoine Mouton est né en 1981. Il a publié, depuis 2004, quatre livres (nouvelles et poèmes) aux éditions La Dragonne et Les Effarées, dont Au Nord Tes Parents, Prix des apprentis et lycéens de la région PACA. Le Metteur en Scène Polonais est son premier roman, arrivé par la Poste aux éditions Bourgois. Antoine Mouton travaille actuellement comme libraire au théâtre de la Colline à Paris. Il écrit pour les revues Trafic et Jef Klak.

Figurante - Dominique Pascaud (Editions de La Martinière)

Employée dans un vieil hôtel de province, une jeune fille a le sentiment de ne pas exister. Face à un père qui ne lui parle pas et des patrons qui la dégoûtent, Louise se réfugie dans ce qu’elle sait faire : servir les petits déjeuners, débarrasser les tables, récurer les chambres.

Pour se sentir un peu vivante, il y a les caresses de Marc et, pendant ses pauses, la fumée des cigarettes qui la remplit.

Elle n’est pas de ceux qui s’épuisent à rêver leur vie, ou plutôt elle a des rêves modestes, des espoirs de chambres d’hôte, avoir un hôtel à soi près de la colline aux mimosas.

Mais un jour, une équipe de tournage s’installe à l’hôtel. Il se passe enfin quelque chose. Sans savoir pourquoi, Louise va plonger dans un rêve de gloire qui n’était pas le sien et sa vie va s’en trouver bouleversée.

Un premier roman qui rappelle la beauté des gestes ordinaires telle qu’elle se donne à voir dans les romans d’Annie Ernaux, les silhouettes claires de ceux de Patrick Modiano et la grâce de Pascal Lainé à faire exister dans La Dentellière celle qui se croit figurante, plutôt que premier rôle.

 

Dominique Pascaud est né en 1976 à Villeneuve sur Lot. Après des études d'arts plastiques à Bordeaux, il obtient le diplôme des Beaux-Arts de Paris en 2001. Parallèlement, il écrit et compose de la musique et sort plusieurs albums auto-produits. Il collabore également avec d'autres artistes sur scène. Il a publié différentes nouvelles dans des revues. Professeur de dessin, il vit et travaille à Paris.

La cache - Christophe Boltanski (Stock)

" Nous avions peur. De tout, de rien, des autres, de nous-mêmes. De la petite comme de la grande histoire. Des honnêtes gens qui, selon les circonstances, peuvent se muer en criminels. De la réversibilité des hommes et de la vie. Du pire, car il est toujours sûr. Cette appréhension, ma famille me l’a transmise très tôt, presque à la naissance. "

Que se passe-t-il quand on tête au biberon à la fois le génie et les névroses d’une famille pas comme les autres, les Boltanski ? Que se passe-t-il quand un grand-père qui se pensait bien français, mais voilà la guerre qui arrive, doit se cacher des siens, chez lui, en plein Paris, dans un " entre-deux ", comme un clandestin ? Quel est l’héritage de la peur, mais aussi de l’excentricité, du talent et de la liberté bohème ? Comment transmet-on le secret familial, le noyau d’ombre qui aurait pu tout engloutir ?

La Cache est le roman-vrai des Boltanski, une plongée dans les arcanes de la création, une éducation insolite " Rue-de-Grenelle ", de la Seconde Guerre mondiale à aujourd’hui. Et la révélation d’un auteur.

 

Christophe Boltanski est grand reporter à L’Obs. La cache est son premier roman.

Djibouti - Pierre Deram (Buchet.Chastel)

Oubliez la carte postale : ce que nous dévoile ce premier roman d’un tout jeune écrivain, c’est Djibouti et son " implacable désert ", son désordre étourdissant, ses putains redoutables, ses militaires fous d’ivresse et de solitude. Entre scènes hallucinantes de violence brute et plongées poétiques dans les bas-fonds de la ville, Pierre Deram nous entraîne, à la suite de son héros Markus, dans une traversée de Djibouti qui a tout d’une errance initiatique.

" C’est demain, se répète Markus, que je rentre à Paris "... Cette ultime nuit africaine est l’occasion d’une série d’évocations visionnaires qui restent longtemps en mémoire. De bagarres en étreintes, des clichés d’une virilité surjouée jusqu’à la bestialité à l’émotion d’une tendresse toujours proche, Djibouti met à nu la bouleversante férocité des rapports humains.

Plus qu’un décor exotique, Djibouti est la scène où s’entrechoquent des sensations à vif, des sentiments exacerbés, le désespoir qui fait des prostituées et des légionnaires les mêmes " enfants de la violence et de la beauté " : un " pays de malheur ", un " pays sublime ", berceau de l’humanité et barque de perdition.

 

°  Un roman qui puise sa force dans la trivialité des univers qu’il explore (l’armée et la prostitution) et dans le lyrisme inspiré d’une langue qui cherche la beauté au fond de l’ordure.

°  Une écriture à la fois brutale et lyrique, emportée par un souffle puissant qui n’est pas sans évoquer Malcolm Lowry et Au-dessous du volcan...

 

Pierre Deram est né en 1989 dans le Pas-de-Calais. Diplômé de l'école Polytechnique, dans le cadre de laquelle il a séjourné en Afrique, il vit et travaille à Paris. Djibouti est son premier roman.

Les échoués - Pascal Manoukian (Don Quichotte)

" Le chien était revenu. De son trou, Virgil sentait son haleine humide. Une odeur de lait tourné, de poulet, d’épluchures de légumes et de restes de jambon. Un repas de poubelle comme il en disputait chaque jour à d’autres chiens depuis son arrivée en France. Ici, tout s’était inversé, il construisait des maisons et habitait dehors. Se cassait le dos pour nourrir ses enfants sans pouvoir les serrer contre lui et se privait de médicaments pour offrir des parfums à une femme dont il avait oublié jusqu’à l’odeur… "

1992. Lampedusa est encore une petite île tranquille et aucun mur de barbelés ne court le long des enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla. Virgil, le Moldave, Chanchal, le Bangladais, et Assan, le Somalien, sont des pionniers. Bientôt, des millions de désespérés prendront d’assaut les routes qu’ils sont en train d’ouvrir.

Arrivés en France, vivants mais endettés et sans papiers, les trois clandestins vont tout partager, les marchands de sommeil et les négriers, les drames et les petits bonheurs.

 

Pascal Manoukian, journaliste et écrivain, a témoigné dans de nombreuses zones de conflits. En 2013, il a publié Le Diable au creux de la main, un récit sur ses années de guerre dûment salué par la critique. Les Échoués est son premier roman.

Today we live - Emmanuelle Pirotte (Cherche Midi)

Décembre 1944. C’est la contre-offensive allemande dans les Ardennes belges. Pris de panique, un curé confie Renée, une petite fille juive de 7 ans, à deux soldats américains. Ce sont en fait des SS infiltrés, chargés de désorganiser les troupes alliées. Les deux nazis décident d’exécuter la fillette. Au moment de tirer, Mathias, troublé par le regard de l’enfant, tue l’autre soldat.

Commence dès lors une cavale, où ils verront le pire, et parfois le meilleur, d’une humanité soumise à l’instinct de survie.

Aucun personnage de ce roman palpitant n’est blanc ou noir. La guerre s’écrit en gris taché de sang. Une écriture efficace et limpide.

 

Emmanuelle Pirotte est scénariste. Today we live est son premier roman.

La maladroite - Alexandre Seurat (Éditions du Rouergue)

Tout commence par un avis de recherche, diffusé à la suite de la disparition d’une enfant de huit ans. La photo produit un choc chez une institutrice qui a bien connu Diana. D’emblée, elle n’a aucun doute. La gamine n’a pas été enlevée, ses parents sont responsables de sa " disparition ".

Remontant sa courte vie jusqu’au temps même de sa conception, le roman égrène les témoignages de ceux qui l’ont côtoyée. Enseignants ou médecins scolaires, gendarmes, assistantes sociales, et jusqu’à la grand-mère ou le demi-frère de la victime : toutes et tous viennent prendre la parole, dire, dans la stupeur et l’urgence de s’exprimer, ce qui s’est noué sous leurs yeux, qui les a alertés, sans que jamais ils ne puissent enrayer le dénouement fatal. Peu à peu, ils cernent les zones aveugles de cette histoire ainsi que les failles d’un système pourtant dédié à la protection et l’épanouissement de l’enfance.

Inspiré d’un fait divers récent, ce roman choral tient volontairement à distance tout effet de style, et évite la

surenchère émotionnelle et compassionnelle. Seulement les faits, et les faits connus par les témoins extérieurs : autour du trou noir de ce que fut le martyre de celle qui est appelée Diana dans le livre, l’auteur conserve le plus parfait silence.

Rares sont les romans ayant cette nécessité. Par son sujet,

d’abord, l’enfance maltraitée et parfois l’impuissance des acteurs sociaux à agir. Par son traitement ensuite : Alexandre Seurat a su trouver la justesse du regard et de l’écriture pour rendre compte du bouleversement qui fut le sien, lors du procès.

Cette " mise en voix " littéraire est d’une authenticité à couper le souffle. Elle happe le lecteur entre ses tenailles et le laisse titubant.

 

Alexandre Seurat

Né en 1979, Alexandre Seurat est professeur de lettres à Angers. Il a soutenu en 2010 une thèse de littérature générale et comparée.

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