Préliminaire, un mot à proscrire

Préliminaire, un mot à proscrire
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Dans un monde qui va de plus en plus vite et qui demande des résultats immédiats, les préliminaires qui invitent les partenaires à prendre leur temps lors de l’acte sexuel n’aurait peut-être plus de sens. Le sexologue et gynécologue Armand Lequeux a donné son point de vue sur la question dans Tendances Première.

Les préliminaires sont très souvent considérés comme un avant-goût de l’acte sexuel et comme une sorte d’échauffement pour faire l’amour. On pourrait les pratiquer comme les oublier sans réelles conséquences, on doute donc de leur utilité dans une société où il faut toujours aller plus vite et où le plaisir doit être assouvi immédiatement.

 

Un terme péjoratif

Armand Lequeux plaide pour la disparition des préliminaires, mais attention pas des actes sexuels que l’on range dans la catégorie des préliminaires mais bien le terme et la définition qu'on leur donne.

Selon lui le mot et le sens péjoratif que l’on attribue généralement aux préliminaires favorisent une certaine vision de l’épanouissement sexuel qui ne pourrait être donné que par la pénétration.

" Ce mot donne l’impression que tout ce qui est fait avant la pénétration n’est rien comparé à l’acte en lui-mêmeTout ce qui se passe avant n’est pas vraiment un acte sexuel, ce sont juste des zakouskis et le vrai acte sexuel reposerait uniquement dans la pénétration. "

Pour le sexologue il faut en finir avec ce paradoxe et s’opposer à cette vision très réductrice de l’importance et du plaisir que l’on peut retirer avec les préliminaires. Il ne plaide pas pour une relation sans pénétration mais simplement pour une sexualité plus ouverte.

 " Tout ce qui est dans le contact physique d’un homme ou d’une femme, où que ce soit dans le corps, quelle que soit l’intensité et l’endroit c’est de la sexualité et tout ne se repose pas uniquement sur la pénétration. "

Se libérer de cette vision pour soigner des pathologies

Ne pas limiter la relation sexuelle à cet acte de la pénétration permettrait en fait à beaucoup de personnes qui souffrent de problèmes de s’en libérer et de les résoudre.

L’utilisation d’un certain lexique concernant le sexe fait parfois de nombreux dégâts et associe le plaisir à une vision unique. De nombreuses pathologies sexuelles sont en effet dues à cette pression exercée par la société et par la représentation dans l’imaginaire commun du plaisir ultime donné par la pénétration.

Par exemple les femmes qui souffrent de douleurs au moment de la pénétration ou encore les hommes éjaculateurs précoces pourraient se libérer de la pression en acceptant le fait qu’ils peuvent répondre à leurs besoins de plaisir d’une autre façon. Pratiquer des actes qu’on associe à la catégorie des préliminaires pour atteindre son plaisir, sans se culpabiliser de ne trouver celui-ci par la pénétration, permettrait à de nombreuses personnes de s’épanouir réellement dans la relation sexuelle et de ne pas la subir.

" Si les personnes qui souffrent de problèmes sexuels s’ouvrent à d’autres choses et au champ de la sexualité non-pénétrante, ils libèrent alors de la pression et peuvent alors s’épanouir. "

Dédramatiser et s’ouvrir à d’autres possibilités

De plus Armand Lequeux pousse son raisonnement encore plus loin en expliquant que cet épanouissement sexuel ouvert à d’autres possibilités permet de relâcher les craintes de la pénétration qui ne serait plus le but ultime de la relation, ce qui, in fine, permettraient à ces personnes d’avoir moins peur et de guérir, grâce à cette sexualité plus ouverte.

En plus si on oublie cet impératif de la pénétration on met les hommes et les femmes sur le même pied d’égalité, il n’y a pas plus de passif et d’actif, de pénétrant et de pénétré. "

Dédramatiser et diminuer l’angoisse liée à la pénétration fait partie des prescriptions sexuelles qui peuvent se réaliser en bannissant le mot préliminaire. 

Armand Lequeux nuance malgré tout en expliquant que bien qu’on s’ouvre à d’autres possibilités, il existera toujours une sorte d’impératif que l’on se sent obliger de remplir avec la relation sexuelle, notamment chez les jeunes qui ont peu à peu remplacer l’impératif de la pénétration par celui de la fellation.

Mais cette ouverture à une sexualité moins réductrice passe déjà simplement par l’utilisation d’un certain vocabulaire.

 

Réécouter le point de vue d'Armand Lequeux dans Tendances Première

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