Pourquoi sommes-nous fort peu sensibles au présent?

Pourquoi sommes-nous fort peu sensibles au présent ?
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La question taraude la poète et écrivaine Nathalie Quintane. Dans son nouveau livre Un œil en moins  (P.O.L.), elle décrit les évènements récents de nos sociétés et de nos vies et tente de saisir les caractéristiques de l’époque.

A l'origine de ce livre, l'émotion suscitée, dès le printemps 2016, par le mouvement Nuit debout, et ensuite par le combat des zadistes à Notre-Dame des Landes, les petites et grandes mobilisations, la crise des réfugiés, la violence policière...
 

"Vous n'êtes rien"

Nathalie Quintane a souhaité écrire pour ne pas que ces événements soient minimisés. Car c'est ce qui a été dit aux gens à ce moment-là : "Vous n'êtes rien". Les gens de peu ne sont rien, de l'avis des gens qui ont le pouvoir, constate-t-elle.

Dire de l'époque qu'elle n'est pas si grave équivaut à dire qu'elle n'est pas réelle. "Les choses vont tellement vite qu'il y a un effet d'irréalité de plus en plus prononcée. Chaque fois, les bras m'en tombent, que ce soit pour les mineurs non-accompagnés, les enfants qu'on enferme, et pas qu'aux Etats-Unis, en France aussi, les rumeurs de torture dans certains lieux..."
 

Pourquoi sommes-nous fort peu sensibles au présent ?

Nathalie Quintane constate un manque de sensibilité au présent. On est aujourd'hui plutôt dans la sensiblerie, que dans le sentiment ou la sensation. Pour elle, la sensibilité est indissociablement sur les détails du réel, et donc elle est politique. "S'il y a bien un rôle, une fonction de la poésie, pour aujourd'hui, et c'est urgent, c'est celle-là."

Ce manque de sensibilité au présent s'explique sans doute par la peur de percevoir le réel, d'oser le regarder en face, parce qu'il devient de plus en plus horrible. Le livre vise à aiguiser cette sensibilité.


Faire de la poésie, est-ce un geste politique ?

Dans les années 60, 70, il était évident que la poésie était immédiatement politique, elle était clairement engagée. Dans les années 80, 90, un retour de bâton a marqué l'extinction de ce phénomène. On n'osait plus aborder de front les thématiques communes, les problèmes de société, les régimes politiques...

Il a fallu attendre la fin des années 90, le début des années 2000 pour que la poésie ose à nouveau s'emparer de ces problèmes-là.
 

Comment faire disparaître les pauvres ?

Plus de pauvres, plus de pauvreté... Qui défend ce raisonnement dont parle l'auteure dans son livre ?  

"Je pousse à peine un peu pour que ce soit clairement dit, explique Nathalie Quintane. L'idée des politiciens est de faire disparaître une partie des aides sociales. Qu'est-ce qu'il y a derrière ? Il y a juste ce qui coûte un pognon dingue. Qui coûte un pognon dingue ? Les pauvres, les réfugiés. C'est ça qui est dit.

On est dans un moment, et c'est relativement inconscient, où on a une grande soif de massacre. La parole, les discours des politiciens, de certaines institutions, portent ça en sous-couche : comment s'en débarrasser ?  On est dans un monde où les décisions qui sont prises sont des décisions brutales quand même."

Ecoutez Nathalie Quintane, l'entretien débute à partir de 3'.

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