Pourquoi mange-t-on si peu de chocolat en Côte d'Ivoire ?

Cacao et chocolat en Côte d'Ivoire
Cacao et chocolat en Côte d'Ivoire - © Pixabay

La Côte d'Ivoire est le premier producteur mondial de cacao. 5 millions d'Ivoiriens vivent directement ou indirectement de ce qu'on appelle 'l'or brun', ce qui représente un habitant sur 5. 
Mais cacao ne rime pas forcément avec chocolat... Paradoxalement, les Ivoiriens consomment très peu de chocolat, 500 grammes par an, en moyenne, contre 8 kilos pour un Belge. Le chocolat ne fait pas partie de leur culture.

Si les planteurs mangent si peu de chocolat, c'est parce qu'on n'en trouve que dans les grandes villes et surtout parce qu'il est très cher, de 2 euros pour une tablette locale à 5 ou 6 euros pour une marque importée. Et ils ne gagnent en moyenne que 750 euros par an, pour 8 à 9 mois travaillés, un salaire qui peut varier selon les régions.

La coopérative visitée compte 1000 planteurs et est certifiée commerce équitable. Le label Fairtrade est accordé selon des critères précis. La coopérative reçoit des primes pour financer des écoles ou des pompes à eau et, en échange, les cultivateurs s'engagent à respecter davantage l'environnement et les droits des enfants.

Les fèves de cacao séchées sont transportées en camion jusqu'à la coopérative, certaines sont directement exportées et d'autres sont torréfiées, transformées en pâte de cacao dans le pays. 

 

Changer les habitudes, liées à la tradition

Mais le pays ne fabrique pas beaucoup de produit fini parce que ce n'est pas dans les moeurs des Ivoiriens de consommer du chocolat, ils n'en mangent que 500 grammes par an, contre 8 kilos pour un Belge.. Une démarche est entamée pour sensibiliser les citoyens aux bienfaits du chocolat : c'est un produit naturel, un produit local, un antioxydant très bon pour le coeur, le cerveau et la santé en général. Mais il faut changer les habitudes des Ivoiriens, dont les ancêtres avaient pour habitude de planter, produire puis donner aux colons qui savaient que faire avec la matière première. Le cacao a pour eux une valeur financière et c'est principalement ce qui les intéresse.

Ils connaissent pourtant le goût du cacao, la plupart ayant au moins un membre de leur famille dans le secteur. Des initiatives existent pour les encourager, comme la PME 'Mon choco', à Abidjan, qui s'est lancé le défi de leur faire manger du chocolat, au goût le plus proche possible de la fève de cacao. Elle utilise un procédé tout à fait étonnant : c'est via un vélo actionnant un tourniquet que les fèves sont concassées. Elle propose plusieurs saveurs, bien du terroir : piment, fleur de sel, noix de cajou, café, gingembre... Une tablette coûte de 2 à 3 euros, un prix encore trop élevé pour les Ivoiriens. La démarche artisanale et de respect de l'environnement augmente en effet le coût de fabrication. 

 

Développer d'abord la classe moyenne

Aujourd'hui, la Côte d'Ivoire ne transforme que 35% de son cacao. Le reste est destiné à l'exportation. Le gouvernement espère atteindre 50% en 2020.

De gros efforts sont à fournir au niveau des transformateurs, des ménages et des structures qui peuvent influencer le niveau de consommation et le niveau de prix. Via les écoles, le Conseil Café-Cacao vise le public des enfants, qui sont les ambassadeurs de la consommation de demain. 

L'émergence d'une classe moyenne semble être un préalable à la consommation de chocolat dans ce pays, premier producteur de cacao.

 

Ecoutez ici le reportage d’Amandine Réaux en Côte d'Ivoire

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