Pourquoi les concept stores nous séduisent

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temporary-20190521101057 - © Pixabay

Aujourd’hui, un magasin ne peut plus être un simple magasin. Il doit offrir une expérience aux clients. Une boutique de vêtements est aussi un restaurant, une librairie se fait salle de concert, une épicerie bio fait des ateliers… Les commerces innovent et peuvent être soutenus. C’est le cas à Bruxelles avec hub.brussels et un fonds particulier, OpenSoon.

OpenSoon propose un accompagnement pour installer un commerce innovant et de qualité dans la capitale. Depuis 2010, environ 225 magasins originaux se sont ouverts grâce à cette aide, c’est le cas de Bidules autour des lunettes, ou de La Source, une micro-brasserie.

Un concept store, c’est un commerce qui propose une 'expérience client', au-delà du service de base. « C’est un commerçant qui incarne des valeurs, qui défend un produit, qui a un positionnement, une offre originale. C’est un peu revenir à la base du commerce et c’est ce que veulent les gens », affirme Arnaud Texier, conseiller stratégique chez hub.brussels.


Pourquoi développer ce type de commerce ?

Depuis 10 ans, on constate que les clients sont attentifs à plusieurs valeurs :

  • le professionnalisme : « Aujourd’hui, quand un client consent à se déplacer dans un commerce physique, il a l’impression déjà d’investir. Donc s’il n’a pas un retour sur investissement, ce n’est pas bon. Il faut qu’il ait vraiment un professionnel en face de lui. Des vendeurs ou vendeuses inattentifs, qui ne connaissent pas leur gamme ou l’histoire du produit, ça ne marche pas. »
  • l’aménagement de l’espace de vente est extrêmement important. Il doit être réfléchi, mettre le produit en avant et permettre au client de se l’approprier.
  • la proximité est la valeur la plus forte, particulièrement à Bruxelles avec tous ses quartiers commerçants. Les gens veulent effectuer leurs achats dans leur quartier ou dans d’autres quartiers, qui offrent certaines valeurs et particularités.


Le retour du commerce de proximité

Il y a une dizaine d’années, les villes, dont Bruxelles, ont connu une grosse crise des commerces de proximité. Des quartiers entiers ont été vidés de leur substance commerciale. On assiste aujourd’hui, grâce à cet investissement dans des projets créatifs, à un retour de cette envie, de ce choix et du fait de poser un acte à travers ces achats de proximité, dans des commerces qui ont du sens.

« La clientèle a envie et besoin de ça […]. Le rythme de vie fait que le supermarché reste plébiscité pour les grosses courses. Par contre, 83% des clients bruxellois adhèrent à la proximité et font leurs achats du quotidien dans les commerces de proximité, et cela quel que soit le quartier », constate Arnaud Texier. Le rôle de hub.brussels est aussi de veiller à une forme d’universalité dans cette offre, pour que la proximité soit qualitative et respectueuse, qu’elle incarne des valeurs de durabilité, de circuits courts.

Certains quartiers sont fortement plébiscités pour leur offre intéressante et accessible, comme Auderghem ou Jette. La facilité d’accès est essentielle, surtout pour les populations vieillissantes. Dans sa réflexion sur la question du commerce, le pouvoir public doit aussi envisager la question de l’équipement public.

Les gens font de plus en plus attention à ce qu’ils mangent, quel que soit le milieu social. hub.brussels réfléchit à comment développer l’économie sociale pour que le choix d’être locavore, de manger bio, puisse être celui de tout le monde.
 

'L’expérience client'

Le commerce reste un espace de communication physique.
Dans les quartiers populaires, c’est un lieu d’échanges, où on prend des nouvelles des voisins, des amis.
Dans les commerces plus spécialisés, on achète presque davantage l’histoire du produit que le produit lui-même. C’est là où le commerçant est vraiment très important, comme dans la vente à l’ancienne. L’humain et la convivialité sont privilégiés.

Les localisations alternatives, à l’écart des zones fortement commerçantes, impliquent des loyers plus bas et donc des marges qui permettent de consacrer du temps au client, de pouvoir prendre ce temps de lui raconter des histoires.
 

Deux projets innovants

Bidules est un commerce tout à fait singulier, qui restaure et transforme des lunettes récupérées dans des usines ou des entrepôts, des lunettes qui ont entre 20 et 100 ans. Bidules est installé dans un endroit accessible à tous, près de la gare centrale, dans un quartier qui n’est pas nécessairement commerçant. En tant que 'commerce de destination', qui se distingue par un produit ancien ou de valeur, il n’est en effet pas obligé de se situer dans un noyau commercial.

Nicolas Musty, fondateur de Bidules, ne fait pas que vendre ces lunettes en ligne et dans le magasin, il met l’histoire de la lunetterie en avant, organise des événements pour réunir autour du projet, comme ces concerts les 1er, 5 et 10 juin, pour l’anniversaire du magasin, ou encore ces collaborations avec des sérigraphes.
 

Entre autres projets éco-responsables et à circuit court, le bâtiment Byrrh ou Be-Here de Tour et Taxis héberge la microbrasserie La Source, qui privilégie le circuit le plus court possible, 'de la cuve à la bouche'. Elle ouvrira en automne 2019, grâce à l’aide de hub.brussels et d’une campagne de crowfunding qui commence en juin sur miimosa, explique Nina Carleer, cofondatrice du projet.

Un bar permettra de servir la bière sur place. Les gens pourront ainsi venir boire à la source, la bière sera servie directement depuis la cuve de service, pour une fraîcheur maximale. Une petite restauration sera proposée. Les produits seront locaux, les bières saisonnières, avec des fruits, des herbes, du houblon et du malt récoltés le plus près possible.


L’importance de la solidarité

La synergie est importante entre ces différents projets, confirme Arnaud Texier. Finie cette époque où les commerçants se repliaient sur eux-mêmes, où les associations de commerçants périclitaient.

Aujourd’hui, on assiste à une nouvelle dynamique parmi ces nouveaux commerces : on est plus forts ensemble, on crée des pôles plus attractifs, on génère des dynamiques urbaines. Il est très important de se parler, d’être solidaire dans ce parcours du combattant que constitue l’entrepreneuriat.

« Cet écosystème sur le terrain favorise l’émulation, les échanges d’idées et de compétences. Cette économie collaborative est aujourd’hui naturelle. La mentalité change, on est au-delà de la crainte de la concurrence, l’ennemi commun à tous ces commerces étant désormais Internet. »

OpenSoon organise un appel à projets créatifs et innovants, la date limite est le 7 juin.
Une session d’information aura lieu le 21 mai à 18.00 chez hub.brussels, 110 chaussée de Charleroi.

Pour en savoir plus, écoutez ici Tendances Première

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