Pourquoi des élèves français sont-ils scolarisés en Flandre occidentale ?

"Les frontières, c'est dans la tête"
"Les frontières, c'est dans la tête" - © Pixabay

Petit voyage des deux côtés de la frontière franco-belge, à la rencontre de parents français qui ont décidé de scolariser leurs enfants en néerlandais, dans des écoles flamandes. 

Le phénomène est encore relativement marginal, mais il prend doucement de l'ampleur. Pourquoi ces parents franchissent-ils la frontière tous les matins ? Pourquoi passent-ils du nord de la France à la Flandre occidentale ?

Pour des raisons linguistiques, bien sûr, mais pas seulement... 
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Prendre la frontière comme une opportunité

210 petits Français étaient scolarisés l'an dernier en Flandre occidentale. Leurs parents sont séduits par le système éducatif belge et par le bilinguisme.

Comme la maman de Gustave, qui trouve que, habitant près de la frontière, c'est un atout de savoir parler deux langues parfaitement. "C'était un gros pari. Tout le monde n'était pas d'accord autour de moi. C'est vrai que dans un premier temps, ils sont perdus, ils ne savent pas du tout la langue, nous non plus. On comprend le flamand mais pas le néerlandais. Mais bon, je l'ai laissé et maintenant on est très content."

Cette frontière linguistique est vécue comme une opportunité et pas comme un mur, ajoute le papa de Gustave. Le Nord de la France est vraiment le parent pauvre en matière d'enseignement immersif, la seule solution c'est la Belgique.

 

Des avantages partagés

A l'école De Kleine Prins, près de Poperinge, la pédagogie est un peu différente qu'en France, avec de 12 à 15 enfants par classe seulement. Les instituteurs ne parlent qu'en néerlandais, il n'y a pas d'adaptation pour les francophones. 

Parmi les 85 enfants que compte l'école, il y a 20% de Français. Le premier est arrivé il y a 9 ans. Certains arrivent dès la maternelle et restent jusqu'à la fin de l'école primaire. C'est une expérience très positive pour les Français comme pour les petits Flamands qui bénéficient des connaissances de leurs camarades au cours de français. 

 

Presque un acte politique...

Anne à Bambecque, village frontalier, a mis sa fille Eleonore à l'école en Belgique flamande. "Cela pouvait lui apporter le bilinguisme et l'immersion dans une autre culture, qui était tellement proche, mais assez différente quand même. On s'est dit aussi que ça pouvait réveiller l'amour du patois que mes parents avaient pratiqué et qu'on a de moins en moins l'occasion d'entendre. C'est presque une mission. La récompense c'est de les voir rigoler ensemble parce qu'ils parlent ensemble le flamand."

"C'est un acte politique, presque militant, pas par rapport au côté Flandre, flamand, mais par rapport au fait que les frontières, c'est dans la tête. L'éducation doit être tout sauf nationale, et dans ce sens là c'est un acte politique."

Nicolas Feld-Grooten, directeur académique adjoint du Département du Nord, comprend bien ce choix car, dans ces territoires frontaliers, la maîtrise de la langue flamande est importante et l'opportunité d'une scolarisation en Belgique flamande est intéressante pour certaines familles. Un retour dans une école française ne poserait pas de difficulté majeure, mais cela ne s'est pas produit jusqu'ici. 

Ecoutez les divers témoignages dans ce reportage d’Hélène Fromenty

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