Pour nos adolescents, des livres qui font peur

La libraire Déborah Danblon pense que les livres sont une excellente source de réflexion et peuvent susciter des débats intéressants au sein des familles. Aujourd'hui, elle nous présente deux livres pour adolescents sur le thème de "comment vaincre nos peurs ?"

Mais faut-il les vaincre ou pas ?

Le mot d'Abel, par Véronique Petit aux Ed Rageot

L'histoire

Dans le monde d’Abel, rien n’est plus important que le mot révélé à chacun vers l’âge de 12 ans. Un mot personnel et intime qui conditionne souvent la vie entière.

En retard de plusieurs mois, Abel vit dans l’angoisse d’hériter d’un mot dérisoire, comme 'tabouret', ou ridicule, ou pire, d’un mot noir, comme 'assassinat' ou 'méchanceté'…
Le mot est hyper secret. Seuls ceux qui ont hérité d'un grand mot, comme 'vérité' ou 'amour', osent le révéler.
Mais les mots peuvent aussi parfois avoir un double sens...

 

 

Véronique Petit ne nous emmène pas du tout dans un monde futuriste. On est dans notre monde et on apprend par exemple le mot de Nelson Mandela ou de Freud, comme si nous avions tous notre mot. Ce qui permet de s'identifier totalement et d'être en empathie avec Abel.

On est toutefois dans la symbolique avec ce mot qui détermine la vie, qui catalogue en quelque sorte. C'est en fait la parabole de l'image que les autres mettent sur nous et surtout de l'image que nous-mêmes, nous nous attribuons en supposant que nous sommes comme ceci ou comme cela. On est donc déterminé par le regard des autres, mais aussi par notre propre regard.

Ce livre est très intéressant car il montre que quoi qu'on en pense, il n'y a pas de déterminisme, car quoi qu'on reçoive comme mot, ce n'est jamais qu'entre nos mains, on peut en jouer ou ne pas en jouer. Un beau mot, on peut en faire de la charpie et un mot sombre, on peut le dépasser et en faire quelque chose de combatif. On peut faire évoluer les choses, même si on nous a fait croire autre chose.

Le livre peut aider les jeunes autour de 12-13 ans et les emmener loin dans leur réflexion.

Emmurées, par Alex Bell, chez Milan

L'histoire

Sophie, intéressée par les choses inexpliquées, télécharge avec son ami Jay une application ouija. Elle communique avec sa cousine morte, Rebecca, ce qui cause plein de drames autour d'elle. Elle se retrouve chez le père de sa cousine décédée, dans un bled maudit, dans une maison inquiétante, avec un oncle neurasthénique, une tante internée, un frère brûlé. Avec aussi des Frozen Charlotte, ces toutes petites poupées victoriennes, à l'aspect glacé, que les enfants recevaient au 19e s et début du 20e s.

 

 

Ce livre fait très peur, dans la tradition du livre fantastique, du livre d'épouvante, et aussi parce qu'on ne peut pas s'empêcher de penser que cela pourrait être vrai, explique Déborah Danblon.

On constate que les jeunes ont besoin d'émotions, de plus en plus jeunes. Ils trouveront ici une situation qui fait très peur, mais qui est balisée. Il n'y a pas de scènes trop terrorisantes, ni traumatisantes.

"Je passe mes vacances dans un lieu de rêve :
un vieux manoir écossais.
Un vieux manoir qui était auparavant une école pour filles
où ont eu lieu de tragiques " accidents ".
Mes cousins sont charmants :
Cameron est taciturne,
Piper est un peu trop parfaite,
Lilia a une étrange phobie des os, même des siens.
Et puis il y a Rebecca.
Rebecca dont la chambre est remplie de vieilles poupées.
Rebecca qui est morte.
Rebecca qui est de retour par ma faute.
Venez jouer à la poupée… au péril de votre vie."

Ecoutez ici Déborah Danblon

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