Pour être une bonne mère, faut-il se laisser manipuler?

Féminité maternité
Féminité maternité - © Pixabay

Dans leur féminité et jusque dans leur maternité, les femmes sont soumises aux diktats : il faut qu'elles accouchent comme ça, qu'elles allaitent... Prétendument libérées de l'influence des cultures, des religions, des codes de bonne conduite d’antan, elles subissent aujourd’hui la pression des médecins, des médias et des modes. Pour être une bonne mère, faut-il se laisser manipuler, au mépris de sa santé ?

Le Dr Bernadette de Gasquet a révolutionné la pratique moderne de l’accouchement et elle éclaire les pratiques actuelles de son regard de femme, de mère, de professeur de yoga et de médecin. Elle publie Féminité maternité (ed. Albin Michel), où elle apporte aux femmes les arguments nécessaires pour reprendre confiance en elles et vivre leur maternité comme elles le sentent.

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Bernadette de Gasquet a accouché de ses deux premiers enfants en milieu médical, mais pratiquement toute seule, sans préparation et d'une façon très naturelle, physiologique. Elle a appliqué très naturellement tout à fait l'inverse de ce qu'on fait d'habitude, en termes de position et de respiration. Et cela l'a interpellée.
Elle a donc décidé d'étudier l'histoire de l'obstétrique à travers les âges, les cultures et l'anthropologie, et n'y a pas retrouvé mention des positions que l'on adopte habituellement ici pour accoucher.
Pour en savoir plus, après être devenue professeur de yoga, elle s'est lancée dans des études de médecine. Son analyse biomécanique a ainsi pu être entendue par les médecins et de nombreuses sages-femmes ont adhéré à ses techniques qui concernent les mouvements de la mère, la mobilité, les positions, les respirations, lors de l'accouchement. 

 

Respecter la physiologie

« Cette technique est un complément à la médecine pour donner plus de chances à la nature de fonctionner, dans un cadre qui n'est pas forcément totalement démédicalisé ». Bernadette de Gasquet ne milite en effet pas pour l'accouchement à domicile car elle veut que cela concerne toutes les femmes.

Elle cherche depuis 30 ans à corriger les erreurs biomécaniques pratiquées lors du travail de l'accouchement, et à respecter davantage la physiologie. La position dans laquelle on accouche généralement dans nos pays, c'est à dire couchée sur le dos, est pour elle presque la pire qu'il soit. « La pire étant la position demi-assise qui donne l'illusion d'utiliser la gravité, sauf qu'on ne pousse pas uniquement le bébé, on pousse aussi l'utérus, la vessie, l'intestin, ce qui va provoquer des descentes d'organes, de l'incontinence. »

Aujourd'hui, on peut accoucher sur le côté, à 4 pattes, tant que les praticiens ont la formation nécessaire pour avoir leurs repères quand on change de posture. C'est une nécessité et un confort, dans une situation qui est malgré tout toujours à risque.


Savoir traditionnel et médecine moderne

Bernadette de Gasquet  s'intéresse beaucoup aux pratiques traditionnelles et la médecine moderne redécouvre parfois ce qui était simplement issu du bon sens. Dans sa pratique du yoga, le fait de travailler avec des femmes enceintes lui a permis de repérer les mauvaises postures qui ne fonctionnent pas.

L'accroupi, par exemple, n'est pas nécessairement efficace pour accoucher car nous n'avons plus l'habitude de cette position. Résultat, les pieds partent vers l'extérieur, au lieu d'être parallèles. Cette position, qui n'est pas juste d'un point de vue bio-mécanique, empêche le bébé d'être dans le bon axe pour sortir.
 

Sérénité et respect

Bernadette de Gasquet prône la sérénité dans la salle d'accouchement et le respect de la mère, du père, de l'enfant dans ce qu'ils ressentent. Elle revendique aussi le respect du personnel médical face à une perte de confiance fréquente.

On demande rarement leur avis aux femmes lorsqu'elles sont en train d'accoucher, alors qu'il est important d'expliquer les gestes et le pourquoi des choses. La relation doit se vivre dans la confiance.

Il est bien vu aujourd'hui de dépasser la douleur pour accoucher. Bernadette de Gasquet conseille d'arriver avec un état d'esprit ouvert, de laisser les choses se passer et de voir au moment même comment on va vivre ce moment exceptionnel, avec ou sans péridurale.

Il est nécessaire d'entourer la mère après la naissance, de la soutenir et d'éviter qu'elle ait à se préoccuper d'autre chose. Toutes les cultures, sauf la nôtre, ont compris qu'il fallait protéger, cocooner la mère pour qu'elle puisse se remettre et entrer en contact avec son bébé. C'est une période souvent très difficile à vivre.

Les papas eux non plus n'ont pas toujours le choix, sous peine d'être culpabilisés : ils se sentent obligés d'assister à l'accouchement, de couper le cordon ombilical, d'être tout de suite très impliqué. 

Bernadette de Gasquet milite à revenir à un sentiment plus serein, à un droit du choix éclairé, consenti, exprimé, respecté, pour améliorer la santé physique et mentale de tous.

Ecoutez-la ici, dans Tendances Première

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