Pouponnières : "Un environnement de détresse mais aussi de beaucoup d'amour"

Immersion dans un 'Service d’accueil et de protection de la petite enfance'
Immersion dans un 'Service d’accueil et de protection de la petite enfance' - © Pixabay

Elle porte le nom de 'Service d’accueil et de protection de la petite enfance' (SASPE), mais tout le monde l’appelle "pouponnière", comme au bon vieux temps. Ceux qui y vivent et y travaillent s’appellent en criant dans la cage d’escalier, le plancher grince, la parole est vraie, la fatigue et l’amour palpables. Camille Crucifix, journaliste, raconte son immersion dans ce lieu d'accueil, dans 'Bébés placés, bébés abîmés' paru dans la revue Médor.

Une pouponnière est un lieu de transition où les enfants sont placés lorsque la famille n'est plus en mesure de s'en occuper. Suite à une demande de l'aide à la jeunesse, ils sont pris en charge d'abord en institution puis les petits sont redirigés vers une pouponnière. 

L'objectif est la réinsertion dans leur famille ou chez l'un des deux parents après ce passage en pouponnière. Tout un travail est mis en place à ce niveau-là, qui vise à une stabilisation familiale. Mais cela ne se passe malheureusement pas toujours comme ça... Au final, seuls 10% des enfants retournent dans leur famille. Les autres trouveront une famille d'accueil, seront éventuellement adoptés, ou passeront leur enfance en institution. 


Un lieu de bienveillance

La pouponnière Les Cerfs-volants à Schaerbeek accueille 24 enfants de 0 à 6 ans, dans une ambiance de protection et de bienveillance, malgré une immense fatigue car les horaires sont très lourds et le personnel pas assez nombreux. Un espace est dédié aux rencontres parents-enfants. 

"Il s'agit d'un environnement de détresse mais aussi de beaucoup d'amour. Ces enfants sont en détresse, ces familles sont déstructurées. Les travailleurs sociaux sont parfois eux-même démunis et c'est vraiment à coup de beaucoup d'amour que cela va fonctionner" explique Camille Crucifix. 
 

Un laboratoire de la société

Son directeur qualifie la pouponnière de laboratoire de la société. Ses murs révèlent les crises qui traversent la société : y sont passés des enfants de mères rwandaises traumatisées par le génocide, des enfants séro-positifs, des enfants victimes de la précarité galopante, des enfants dont les parents font le djihad... 

Cela demande une remise en question et une adaptation permanentes de la part du personnel encadrant. Ils font face à chaque fois à des cas uniques, il n'y a pas de marche à suivre. L'urgence est palpable, entre s'occuper des enfants démunis, prendre en charge les parents en détresse.


Des moyens insuffisants

Il y a un gros manque de personnel dans ce secteur. Aux Cerfs-volants, par exemple, pour 24 enfants, il n'y a qu'une psychologue. Elle s'occupe des relations avec les parents mais elle doit surtout veiller aux enfants, qui ont tous besoin d'un accompagnement individualisé. Les conséquences psychologiques de ces bouleversements sont très lourdes pour ces petits. 

Se pose aussi la question des adolescents, qui une fois qu'ils ont 18 ans, sont complètement délaissés par le système alors qu'ils ont grandi en l'institution jusque là. Du jour au lendemain, ils se retrouvent livrés à eux-mêmes sans environnement structurant.

"Ces enfants sont les citoyens de demain et dès le départ, ils sont livrés aux inégalités. Comment dès le berceau, pourrait-on lutter contre ces inégalités ? Comment compenser ces manques cruels et éviter qu'ils ne se répercutent plus tard sur ces adultes, avec des difficultés à s'intégrer ?", interroge Camille Crucifix, après ces deux mois passés en immersion dans la pouponnière.
 

Comment s'investir ?

Le bénévolat est encouragé, par exemple via le programme Famille de parrainage qui propose d'accueillir un enfant chez soi un week-end par mois et pour les grandes occasions, comme Noël ou Pâques. Cela permet à l'enfant de vivre un moment privilégié dans une famille structurée, dans un environnement rassurant. 

D'autres formes de bénévolat consistent à rendre visite à des enfants ou à les emmener en balade ou en activité, mais il faut toujours qu'il y ait un projet plus ou moins à long terme, pour qu'une relation puisse véritablement se créer.

Ecoutez Camille Crucifix dans Tendances Première

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