"Poupée de cire, poupée de son", une chanson témoignage sur le métier de potiche professionnelle...

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" Poupée de cire, poupée de son ", une chanson écrite par Serge Gainsbourg et avec laquelle France Gall remporte en 1965 le Concours Eurovision de la Chanson pour le Luxembourg. Elle ne représente absolument pas la France, mais le Luxembourg.

" Poupée de cire, poupée de son " est une petite chanson sucrée comme un bonbon… Une chanson rose bonbon… C’est d’ailleurs une des deux couleurs prédominantes du texte, avec le blond. C’est un tube énorme en 1965, devenu un classique du hit-parade, un chef-d’œuvre d’art mineur parce que derrière ce que l’on entend, il faut entendre plus.

Lorsqu’on décortique " Poupée de cire, poupée de son ", on découvre deux niveaux d’interprétation.

 

" Je suis une poupée de cire. Une poupée de son. Mon cœur est gravé dans mes chansons. Mes disques sont un miroir dans lequel chacun peut me voir. Je suis partout à la fois, brisée en mille éclats de voix (…) Autour de moi, j’entends rire les poupées de chiffon. Celles qui dansent sur mes chansons. Poupée de cire, poupée de son. "

 

Premier niveau de lecture :

Gainsbourg utilise le vocabulaire technique de la fabrication du disque. On raconte l’histoire d’une jeune chanteuse et donc une " poupée de cire ", ça renvoie à ces poupées assez fragiles des siècles passés, mais aussi à la cire – matériau utilisé pour la gravure des premiers disques. " Poupée de son " : là, il y a un jeu de mots avec " poupée de son " - des poupées en toile ou en tissu rembourrées d’un reste de céréales, le son. Et puis, le son pour le son d’une chanson, l’art de produire et d’arranger du son en studio. On ne s’en aperçoit pas tout de suite, mais " Poupée de cire, poupée de son ", c’est l’histoire d’un pantin. Une marionnette dont on tire les ficelles. France Gall a 17 ans et chante (sans le savoir) un autoportrait dont elle ne comprend pas vraiment le sens. C’est l’histoire d’une jeune chanteuse innocente qui est la chose de son auteur qui lui fait tenir des propos dont elle ne saisit pas la portée. C’est l’histoire d’une jeune chanteuse innocente qui est l’objet de sa maison de disques qui lui fait enregistrer des tas de chansons qu’elle n’aime pas -  ce qui est le cas à l’époque. Sciemment et consciemment, Gainsbourg prend pour objet d’étude France Gall elle-même. " Poupée de cire " est une chanson sur le business du disque et sur la fabrication d’une idole matraquée (" je suis partout à la fois. "). C’est un témoignage sur le métier de potiche professionnelle, un métier public qui n’a pas bonne réputation car c’est un métier d’exhibition, impudique (" mes disques sont un miroir dans lequel chacun peut me voir. "). D’où la phrase : " Suis-je meilleure. Suis-je pire. Qu’une poupée de salon. ".

Sous la plume de Gainsbourg, ces poupées de salon peuvent très bien faire référence à des prostituées dans un bordel.

 

Deuxième niveau de lecture :

Au pantin professionnel s’ajoute le profil d’une jeune innocente de l’amour… Et ça, c’est le grand trip de Gainsbourg sur France Gall pour qui il a écrit plusieurs tubes : " Seule parfois je soupire. Je me dis à quoi bon. Chanter ainsi l'amour sans raison. Sans rien connaître des garçons. Mais un jour je vivrai mes chansons. Poupée de cire poupée de son. Sans craindre la chaleur des garçons. "

" Poupée de cire " est aussi une chanson sur la virginité. La jeune vierge qui attend son heure et qui regarde les autres faire ce qu’elle ne peut pas encore faire. Cette exploration de la figure de la jeune vierge a été quasi une obsession de Gainsbourg sur France Gall à qui il donne ses premières chansons alors qu’elle n’a que 16 ans…

 

Dans " Laisse tomber les filles " en 1964 :


On ne joue pas impunément
Avec un cœur innocent
Avec un cœur innocent
Tu verras ce que je ressens
Avant qu'il ne soit longtemps
Avant qu'il ne soit longtemps

 

Dans " N’écoute pas les idoles " en 1964 :

J'ai peur et je te résiste
Tu sais pourquoi
Je sais bien ce que je risque
Seule avec toi

 

Dans " Dents de lait, dents de loup " en 1967.

 

Mais le climax du double sens est atteint en 1966 avec " Les sucettes ".

 

Souvent, la jeune fille est décrite comme une proie, voire une victime.

Comme dans " Bop ", toujours de Gainsbourg, où France Gall chante : " Tu seras une pauvre gosse. Seule et abandonnée. Tu finiras par te marier. Peut-être même contre ton gré. À la nuit de tes noces. Il sera trop tard pour. Le regretter. "

Il faudra un jour analyser très sérieusement ces paroles – assez sexistes – qui parfois s’apparentent à un appel à la domination, pour ne pas dire au viol par procuration…

 

Pour conclure cet hommage à France Gall, il y a la reprise de " Poupée de cire, poupée de son " par Arcade Fire, groupe de rock avant-garde canadien : 

Écoutez " Poupée de cire, poupée de son " par France Gall :

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