Plus on est intelligent, plus on est manipulable

La manipulation mentale est largement présente dans la vie quotidienne : chantage affectif familial, jeux de pouvoir au travail, domination individuelle dans le couple, forte influence d'un ami... Les manipulateurs représenteraient 2 à 4% de la population, également répartis entre les deux sexes.

Christelle Petitcollin est conseil et formatrice en communication et développement personnel, conférencière et écrivain. Elle a publié plusieurs ouvrages sur le sujet, où elle a décrypté la personnalité du manipulateur et du manipulé et proposé des solutions pour réagir à ce phénomène. 'Je pense trop', 'Je pense mieux', 'Pourquoi trop penser rend manipulable' sont publiés aux Editions Trédaniel.

Elle en est arrivée à la conclusion surprenante que plus on est intelligent, plus on est manipulable. Pourquoi ? Parce qu'une personne intelligente cherche à comprendre, essaie d’intégrer le point de vue de l’autre, veut trouver un terrain d’entente et refuse de se décourager. Or un manipulateur ment, nie la réalité et crée délibérément les conflits dont il se nourrit. Pire, il vous ligote dans vos valeurs humanistes et les détourne à son profit.

2 visages, 4 ficelles

Le manipulateur est quelqu'un qui n'a pas grandi, qui est en recherche d'une figure parentale pour le prendre en charge. Il règle avec son conjoint ses problèmes d'enfance avec ses parents. Il a comme enjeu la toute puissance infantile, qui doit triompher de la toute puissance parentale, dans un bras de fer permanent. 

"Les manipulateurs les plus doux sont les moins immatures, ils se comportent juste comme des pré-adolescents. Les plus durs sont ceux qui sont les plus jeunes en âge mental. Ils sont au stade sadique anal et peuvent être dangereux", explique Christelle Petitcollin.

Le manipulateur présente 2 visages : un visage très souriant et sympathique pour l'extérieur, un visage très morose pour l'intérieur. 

Il applique un procédé standard constitué de 4 ficelles :

  • la séduction, pour vous endormir,
  • la victimisation, pour vous inspirer de la pitié,
  • l'intimidation, par des menaces directes ou indirectes
  • et la culpabilisation, parce que tout est de votre faute.

Un manipulateur est manipulateur tout le temps, partout et avec tout le monde, dans le cadre du travail comme de la famille ou des amis.

Mais il est lâche et s'il se sent percé à jour, il détale.


Qui est sa victime ?

La personne manipulée est généralement quelqu'un d'assez cérébral, qui pense beaucoup, qui s'investit beaucoup et devient ainsi un objet idéal.

Elle est de trop bonne volonté. "A un moment, elle doit arrêter d'essayer de comprendre, de se remettre elle-même en cause, de se poser des questions et elle doit dire : "cela n'est pas acceptable". Elle analyse mal la situation car elle n'a pas les bons critères ; elle l'analyse avec ses valeurs à elle, d'humanisme, de bonne volonté. Elle ne conçoit pas la malveillance gratuite, le mensonge, la tricherie."

Le livre 'Je pense trop' peut aider les victimes de retrouver une forme de sérénité, de stabilité, de comprendre comment elles fonctionnent et  comment elles se font avoir.

Dans le monde de l'entreprise aussi

Une certaine forme de management par la terreur se répand dans les écoles de management. Les manipulateurs avancent plus qu'avant à visage découvert, de façon cynique et totalement décomplexée.

Le manipulateur peut se trouver à tous les niveaux de la hiérarchie. Un employé peut très bien s'attaquer à son patron pour régler les problèmes qu'il a eu avec son père. Ce sont des gens sournois, malveillants, qui vont utiliser leur pouvoir pour arriver à leurs fins, mais qu'on ne détecte pas toujours au premier coup d'oeil.

En politique aussi, nous sommes de plus en plus gouvernés par d'évidents manipulateurs, qui assument totalement ce qu'ils sont. Cette caricature du manipulateur décomplexe d'autant plus toute personne qui aurait ces tendances.

"On ne peut pas être neutre dans une situation de manipulation. Si vous ne défendez pas vigoureusement le camp des victimes, vous devenez complice du harceleur", affirme Christelle Petitcollin.


On peut s'en sortir !

Christelle Petitcollin préconise tout d'abord de prendre beaucoup de recul et de regarder ce qui est train de se jouer au-delà des apparences. Il faut absolument sortir de cette espérance qu'on a de changer l'autre. L'idée que grâce à notre aide la personne va s'améliorer est fausse et prétentieuse. Il n'y a qu'une personne que l'on peut changer et c'est soi-même. Le manipulateur ne changera jamais sa personnalité, il est utopique de le croire.

La deuxième solution est la fuite. Il y a deux niveaux de fuite.
La fuite physique, qui consiste à partir loin du manipulateur.
Et la fuite psychologique. Mais la plupart des cas d'aliénation parentale se produisent lorsque le parent sain est parti physiquement mais reste psychologiquement sous emprise.

Il y a un vrai travail psychologique à faire pour sortir de cette emprise qui est en soi une véritable hypnose. Ce travail consiste à se recentrer sur soi, sur ses valeurs, sur ce qu'on trouve juste par rapport à ce qu'on trouve inacceptable. Il permet aussi d'apprendre à poser ses limites. 

La fuite n'est cependant pas facile lorsqu'on a un enfant avec un manipulateur ou une manipulatrice, qui prend alors l'enfant comme otage pour continuer à harceler l'autre parent. Ou si l'on a des biens ou une entreprise en commun.

Par rapport à ses parents, frères et soeurs..., il n'est pas facile de se sortir d'une situation de manipulation et pourtant il est essentiel de tenir la personne toxique à distance. Il faut s'en tenir à des contacts épisodiques et ne donner que des nouvelles de surface, pour ne pas donner prise sur notre vie et ne pas entrer à nouveau dans ce jeu de triangle victime-bourreau-sauveur.

 

Comment désamorcer la manipulation vis à vis de l'enfant ?

Christelle Petitcollin recommande de dire tout simplement : "ça, c'est l'avis de papa (/de maman), ce n'est pas la réalité", sans se justifier davantage.

Ou encore "maintenant qu'on est séparé, il y a deux avis différents, celui de papa et celui de maman et tu as même le droit d'avoir ton propre avis. Et maintenant tu respires un grand coup et tu m'expliques ce qui se passe."

On sort ainsi complètement des techniques de manipulation.

Comment détecter les manipulateurs ?

Au niveau judiciaire, il n'est parfois pas évident de détecter qui des deux est le manipulateur et qui est la victime. Il est facile pour les manipulateurs de prétendre que c'est l'autre qui manipule.

Christelle Petitcollin constate que la vraie victime n'est pas vindicative, elle veut juste qu'on la comprenne et qu'on la croie. Elle dénonce simplement des faits avérés, sans jugement.
La fausse victime quant à elle veut que l'autre soit puni. Elle dresse un véritable réquisitoire contre l'autre, prenant pratiquement la place de l'avocat ou du procureur, proférant des jugements du type "c'est une mauvaise mère".

Christelle Petitcollin regrette que les choses n'évoluent pas assez vite dans les domaines judiciaires et sociaux et dans la compréhension de ce phénomène.  

Elle considère que la médiation familiale ne sert à rien avec un manipulateur, car pour lui, une entente à l'amiable passera nécessairement par un oui à ses demandes. Il instrumentalise souvent le médiateur et le roule dans la farine pour continuer son harcèlement sur sa victime, qui se sent alors doublement manipulée.

"La limite de la médiation, c'est la manipulation. On ne peut pas faire de la médiation avec quelqu'un qui ment et qui est de mauvaise foi. On ne peut pas discuter."

Christelle Petitcollin propose des ateliers sur ce sujet
le samedi 24 et le dimanche 25 novembre à Kraainem.

Plus d'infos sur parents-thèses.be

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