Plongez dans la riche et virtuose histoire de l'opérette !

Jacques Offenbach et son Orphée aux enfers, d'où est issu le fameux French Cancan
Jacques Offenbach et son Orphée aux enfers, d'où est issu le fameux French Cancan - © Wikipedia

L’air d’opérette le plus célèbre, Le Galop infernal, composé par Jacques Offenbach en 1858 dans Orphée aux enfers, est plus connu sous le nom de French Cancan. Mais l’opérette, c’est bien plus que cette légèreté un peu graveleuse en apparence. Au départ, le genre traite de sujets d’actualité, de manière souvent satirique, s’offrant une liberté d’expression ailleurs interdite, n’hésitant pas à égratigner le pouvoir en place. Cap sur la France du 19e siècle avec l’histoire d’un genre musical un peu tombé en désuétude, l’opérette.
 

Les origines 

L’opérette naît au début du 19e siècle, de deux courants, l’opéra-comique et l’opéra-bouffe, explique Joëlle Charlier, chanteuse, mezzo-soprano, familière des opérettes.

  • L’opéra comique a son origine, tout début du 18e siècle, dans les Foires de Paris, où l’on joue des petites pièces satiriques, contre l’élite dirigeante, la bourgeoisie, la politique du moment. L’Académie Royale de Musique, fondée par Lully, se proclamant la seule à pouvoir représenter des opéras, les petits spectacles de foires sont interdits par décret royal. Seules deux troupes de forains reçoivent l’autorisation d’ouvrir des salles de spectacle, nommées 'Opéra comique', et de là est créé un genre musical appelé 'opéra comique', encore joué aujourd’hui, comme Carmen. Il s’agit de pièces chantées et parlées, comiques pas dans le sens humoristique, mais dans le sens de 'comédie'.
     
  • L’opera buffa est un genre théâtral italien qui tire son origine des intermèdes, les intermezzi, de toutes petites pièces d’un acte, jouées pendant les entractes de pièces plus sérieuses, pour détendre le public. Le genre a eu énormément de succès et s’est développé pour devenir le style opera buffa, qui sera régulièrement joué à Paris aussi.

C’est ainsi, grâce à ce savant mélange d’opéra comique et d’opera buffa que naît, aux alentours de 1840, l’opérette.


Le père de l’opérette : Florimont Rongé, dit Hervé

La première opérette est attribuée à Florimont Rongé, dit Hervé, pour sa pièce Don Quichotte et Sancho Pança, dans la première partie du 19e siècle.

Hervé travaille comme organiste et professeur de chant dans des asiles d’aliénés à Paris. Il compose pour les patients des petites pièces chantées loufoques et absurdes, ce qui les amuse beaucoup. C’est le point de départ de sa carrière de compositeur. Il se dit lui-même inventeur d’un genre burlesque, loufoque, échevelé,… l’opérette !


Offenbach, le concurrent

Mais Hervé n’est pas le seul parent de l’opérette…. car au même moment, un autre compositeur se lance dans l’aventure : Jacques OffenbachContemporain de Hervé, ils sont amis et concurrents. Hervé sera toujours frustré de rester dans l’ombre d’Offenbach.

Offenbach est allemand, juif émigré arrivé à Paris à 14 ans pour faire des études au conservatoire. Il devient rapidement violoncelliste à l’Opéra Comique. Son rêve est d’y être accepté comme compositeur, mais il n’y accédera hélas que de manière posthume.

Un décret limite le nombre de personnages pour les opérettes et freine la créativité et la liberté d’expression de compositeurs tels que Hervé et Offenbach. Ce dernier compose alors Croquefer, une opérette en 1 acte avec 4 personnages chantant + un personnage muet qui aboie, pour contourner, avec beaucoup d’humour, cette règle absurde.

En 1854, il n’a toujours pas rencontré le succès. Il décide alors de créer son propre théâtre : Les Bouffes Parisiens. Le succès est au rendez-vous, le public accourt pour voir ses petites pièces qui se moquent du pouvoir en place. 


Orphée aux enfers

En 1858, le décret restrictif est levé. Offenbach et Hervé vont pouvoir composer des oeuvres beaucoup plus vastes.

Le premier grand succès d'Offenbach sera Orphée aux enfers (1858). Il s’associe avec les librettistes Halévy et Meilhac, qui seront ses comparses pour tous les grands succès à venir. C’est une partition truffée de clins d’œil, de coups de canif à la mythologie et aux goûts de l’époque. Il détourne la mythologie et tourne les héros en ridicule.

L’opérette est comme toujours ancrée dans le présent, en relation avec les moeurs, le pouvoir en place, l’organisation sociale, mais dans cette pièce, l’opinion publique devient un personnage à part entière. Offenbach ose aussi y citer la Marseillaise, interdite à l’époque, dans la scène de la révolte des dieux.

Les succès s’enchaînent ensuite, ses pièces sont jouées dans plusieurs théâtres parisiens en même temps ainsi qu’en Europe et en Amérique, Offenbach est devenu une star mondiale.

Pour montrer qu’il peut prendre aussi les choses au sérieux et composer du tragique, sa dernière composition sera Les Contes d’Hoffman, opéra dramatique. Il sera joué à l’Opéra Comique, mais de manière posthume. Son rêve sera réalisé.
 

La fin du 19e siècle

Après la guerre de 1870, le goût du public change. On ne veut plus de spectacles politiquement engagés ou satiriques, on veut juste du divertissement. Sont composés des spectacles plus légers, avec un sujet sentimental, de la danse, de l’humour potache…
 

Nouveau siècle, nouveau style

André Messager est la figure marquante du début du 20e siècle, avec Les P’tites Michu, Véronique, et après la guerre 14-18 Passionnément, L’Amour masqué dont Sacha Guitry écrit le livret.

Après la première guerre mondiale, ce sont les années folles, où tout explose.

La première guerre mondiale a amené le jazz, ses rythmes déhanchés et ses harmonies complexes à Paris. Les mœurs ont changé, les femmes prennent leur indépendance, la population a besoin de rire et de vivre à cent à l’heure pour oublier les années noires qu’ils viennent de traverser. Et comme toujours, l’opérette illustre les changements dans la société.

Parmi les compositeurs d’opérette de ces années folles, citons Henri Christiné, Louis Beydts, Raoul Moretti, ou Maurice Yvain qui compose Mon homme pour Mistinguett, sur des paroles d’Albert Willemetz.

Certains airs deviennent des chansons populaires, on oublie qu’elles sont tirées d’une opérette, comme Sous les palétuviers roses, chanté par Pauline Carton.

La grande majorité des compositeurs d’opérette des années folles composent également pour le cinéma, notamment pendant la seconde guerre.
 

Après la Seconde Guerre Mondiale

Malgré le cinéma et le déclin du théâtre dit classique, l’opérette connaît encore et toujours le succès, surtout en province. On va vers une opérette exotique à grand spectacle.

C’est Francis Lopez qui règne en maître, avec son chanteur star Luis Mariano, et le librettiste Raymond Vincy. Le premier succès est La Belle de Cadix (1945). Viennent ensuite Andalousie, Le Chanteur de Mexico, La Route fleurie (avec Bourvil et Annie Cordy), Méditerranée (avec Tino Rossi).

Lopez évolue avec l’histoire de la musique populaire : il va s’adapter au style yéyé en 63 avec Le temps des guitares, il va faire du grand spectacle en 67 avec Le Prince de Madrid. Il ira jusqu’à mettre des synthétiseurs et des bandes magnétiques sur scène, dans les années 80, ce qui donnera naissance au style qui suit l’opérette : la comédie musicale, importée des Etats-Unis et d’Angleterre.

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