Place de Brouckère, on voyait l'omnibus… une histoire du transport en commun

De l'omnibus à cheval au métro (1835-2030)
De l'omnibus à cheval au métro (1835-2030) - © Editions Badeaux

De la traction hippomobile au tramway électrique, c’est aux origines du transport en commun que nous emmène Thierry Demey.

Il est auteur et éditeur de l’ouvrage Les transports publics bruxellois, paru aux éditions Badeaux.

C’est en 1662 que, pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, on peut parler d’un transport public. Il s’agit d’un carrosse à 5 sous, qui circule sur 5 lignes, dont une circulaire, à Paris. C’est Blaise Pascal qui soumet cette idée à Louis XIV. Tout fonctionne très bien pendant tout un temps.

Un transport public, c’est un transport qui embarque des passagers, qui emprunte une ligne fixe, avec des arrêts à des endroits déterminés, qu’il y ait ou non des passagers qui attendent. Le prix, 5 sous, est très minime, il est donc censé être ouvert à tout le monde.

Malheureusement, cette initiative sera très éphémère, parce que les bourgeois seront incommodés par les mauvaises odeurs des gens du peuple. On n’en parlera plus pendant environ 200 ans.

Les voitures partagées existaient déjà auparavant, les fiacres, les diligences, les carrosses dans Paris, mais il s’agissait d’un transport privé, destiné à des privilégiés, vu les prix prohibitifs.


La naissance de l’omnibus

L’omnibus apparaît ensuite, pratiquement au même moment à Manchester, en Allemagne, et à Nantes. L’Entreprise générale des Omnibus de Nantes, 'Les dames blanches', créée en 1828 par Stanislas Baudry, va faire des petits, à Paris notamment.

On voit donc que le transport public est d’abord une affaire privée : elle est initiée par des entrepreneurs privés qui se livrent une concurrence acharnée, jusqu’à ce que, pour y mettre de l’ordre, un monopole public soit instauré. Ainsi, à Paris, le baron Haussmann, visionnaire, va obliger, dès 1850, les compagnies d’omnibus à fusionner en une seule. Ce sera la Compagnie générale des Omnibus, qui sera à l’origine de la RATP.

L’omnibus standard est une diligence assez petite, tirée par des chevaux, offrant quelques places seulement. Pour l’agrandir, on a l’idée d’aménager la toiture pour créer 12 places réservées uniquement aux hommes, pour des raisons de sécurité.


Les tramways bruxellois

À Bruxelles, les premiers omnibus font leur apparition quelques semaines après l’inauguration de la ligne de chemin de fer Malines-Bruxelles, en 1835. Ils sont conçus comme la prolongation du chemin de fer en ville. C’est un réseau en étoile autour de la Grand-Place, avec des petites lignes de 2, 3 ou 4 km.
Les omnibus proposent des trajets moins chers que les fiacres, ils se font la guerre. Pour un ouvrier de l’époque, le tarif reste toutefois extrêmement élevé. Le transport public est d’abord un transport de riches.

Albert Vaucamps va réunir toutes ces petites compagnies en créant en 1869 la Belgian Street Railways and Omnibus Company, qui deviendra en 1875 la Société des Tramways bruxellois. Il verra arriver avec plaisir 'le chemin de fer américain', tiré sur des rails par des chevaux. L’avantage de ces rails est double : à la fois pour les usagers, qui ne sont plus secoués sur les pavés, et pour les chevaux, qui bénéficient de l’effet d’inertie offert par le rail. Mais le problème, c’est la forme du rail de chemin de fer, plat, en forme de H, qui provoque quantité d’accidents.

Le Français Alphonse Loubat, immigré aux Etats-Unis, a l’idée géniale du rail à ornières, qui sert de guide à la roue du tramway américain. C’est sur l’avenue Louise, à Bruxelles, qu’il va se déployer pour la première fois. Le tramway nécessite en effet une chaussée assez large, pour pouvoir rouler en site propre, sinon il imprime son rythme à tous les autres véhicules.

Les premières voitures de couleur jaune primerose sont encore celles de l’omnibus, géré par 5 compagnies en particulier, qui se disputent le marché et finiront absorbées par les Tramways Bruxellois. La livrée passera ensuite au gris, au vert, avant de retrouver un jaune canari.


Vers la traction électrique

L’obsession des compagnies va être de se débarrasser du cheval, qui coûte très cher et est extrêmement lourd à entretenir. Il faut 10 chevaux pour une seule berline, le cheval ne travaille que 3-4 heures et ne peut parcourir que 30 km par jour ; il faut le soigner, le nourrir, le remiser. On va donc passer par toutes les expériences possibles pour le remplacer : la vapeur, mais elle n’est pas adaptée à la ville, les accumulateurs électriques qui tombent souvent en panne, et enfin la traction électrique qui sera enfin au point vers 1880.

Le trolley est une petite machine qui circule sur deux fils électriques souples, ce qui n’est pas pratique. C’est un Belge immigré aux Etats-Unis, Charles Van de Poel, qui inventera enfin la flèche, avec une petite roue qui permet de faire passer le fil électrique. Puis viendra enfin le pantographe qui marquera la consécration du tramway électrique.

L’électrification demandera beaucoup d’investissements, mais offrira une réduction drastique du prix du transport - les ouvriers pourront enfin prendre régulièrement le tram – et des bénéfices considérables pour les gestionnaires.

 

Suivez ici Thierry Demey, dans Un Jour dans l’Histoire.
Par ailleurs, il donnera une conférence sur le sujet le 21 janvier à 18.30 à la Bibliothèque des Riches Claires à Bruxelles.
Et à ne pas manquer, dès les beaux jours : le Musée des Transports publics bruxellois, sur l’avenue de Tervueren.

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