Pierre Mertens, ou l'histoire d'un écrivain qui se rêvait musicien

Pierre Mertens
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Pierre Mertens - © Jean-Luc Tillière

Pierre Mertens, écrivain majeur de notre pays, revient sur les temps forts de sa vie et de son écriture. Engagé sur plusieurs causes, bouleversé par sa rencontre avec Pasolini, défenseur du droit des femmes, allié des victimes, il voit en Kafka un prophète, en Malraux un héros.

Il évoque les affinités qu’ont à ses yeux d’une part la littérature et la musique et d'autre part la littérature et la médecine. En ce sens Tchekhov, médecin et écrivain, reste pour lui l’écrivain parfait.

En mélomane passionné, Pierre Mertens nous raconte un cheminement d’écriture qui voisine toujours avec des découvertes musicales. Des translations des cendres de Bartok (Perasma) aux sonates de Scarlatti, des amours d’Alban Berg (Lettres Clandestines) à sa passion pour Schubert, Pierre Mertens fait escale à différents moments de sa vie pour convoquer lettres et notes.


 
Une rencontre publique en mai dernier, à Arsonic à Mons,
entre Pierre Mertens, Pascale Tison et André Ristic, pianiste
Une émission en trois épisodes par Pascale Tison
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Quelques moments forts de cette rencontre publique

"Je crois bien me souvenir, pour autant qu'on puisse se souvenir aussi haut, que Cortège de Scarlatti a été pour moi l'opus 1 d'une immersion dans l'univers musical et l'émerveillement qui allait s'ensuivre."

"Il y a eu un autre choc, je dirais presque qui ressort de l'ordre de l'évidence et qui ne pouvait que venir de Bach évidemment. On ne peut pas imaginer la musique sans Bach. On ne peut pas imaginer le monde sans Bach. (...) Il y a des choses qu'on ne comprend profondément que quand on doit les deviner et, pendant tout un temps de sa vie, on se gardera bien d'élucider le mystère de façon trop subtile, trop approfondie. Parce que c'est l'épaisseur même du mystère qui vous aidera à mieux saisir, à mieux appréhender ce que contient cette oeuvre."

"J'ai un goût pour les veilleurs. Je crois que ce que j'attends des autres, c'est d'être des veilleurs, c'est d'essayer d'en être si peu que ce soit un moi-même."

 

"J'écris, jusqu'à nouvel ordre, pour dire le destin des hommes et des femmes qui se donnent une seconde chance. Parfois, cela n'advient pas. Et cela, c'est pire que l'échec absolu, c'est la disqualification, c'est la tragédie. (...) Moi, ma première chance c'était de vouloir devenir médecin, et de devenir musicien. Et puis, la catastrophe : je n'ai aucune des aptitudes scientifiques qui me permettent de devenir médecin et le professeur de piano de ma mère la décourage assez vite.(...) Il a bien fallu se consoler de n'être ni médecin, ni musicien."

"Je crois qu'on ne comprend vraiment la nature et l'âme d'un peuple que quand on écoute sa musique et quand on visite ses tribunaux."

"Fondamentalement, j'ai su très tôt que je serais un écrivain. Mais la meilleure manière d'y parvenir me paraissait le droit. Parce que seul le droit me paraissait pouvoir nourrir ce que j'avais envie de dire. (...) Je savais que l'écrivain devrait prendre le relais du juriste, parce le juriste n'épuiserait pas le sujet. Il fallait que l'imaginaire s'en mêle. L'imaginaire peut être la meilleure façon de dire la vérité profonde des choses et il faut savoir quelquefois louvoyer et se dissimuler derrière le miroir. Et c'est ce que je me suis évertué de faire toute ma vie, parce que je crois que les choses les plus justes que j'ai dites, c'est dans les romans, c'est dans les fictions."

"Pasolini avait une magnifique façon d'être de gauche. Il l'était dans sa chair. Si quelqu'un a inventé le nouvel engagement, l'engagement réel, c'est bien lui, parce qu'il a jeté son corps même dans la lutte. Et d'ailleurs on le lui fera bien voir. Alors Pasolini, c'est essentiellement ça, cette façon d'aller chercher son destin et en même temps de l'assumer. Parce que si l'engagement existe en littérature, ça ne peut être que celui-là."

"Ce sont parfois les hommes qui se proclament les plus engagés qui le sont le moins et ceux qui ne savent même pas qu'ils le sont et dont ce n'est pas le souci de l'être à fond... Il n'y a pas que le cas de Flaubert qui soit passionnant, il y a le cas d'un certain Marcel Proust. (...) Dans Jean Santeuil, il a consacré au génocide arménien les plus belles phrases que les écrivains de son temps aient commises. Si on accumulait les pages éblouissantes que Marcel Proust, ce grand sensitif, consacre à une certaine affaire Dreyfus, vous auriez le plus beau livre et le livre le plus accablant qui ait été écrit sur l'affaire Dreyfus et dont une certaine France d'aujourd'hui donne le sinistre spectacle de n'être pas encore tout à fait sortie."

Ecoutez cette rencontre, en trois parties

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L’ami de mon ami

C’est en 1997 que Pierre Mertens lisait une de ses nouvelles les plus fortes à la radio. " L’ami de mon ami " se déroule dans la Grèce des Colonels. 

La pièce évoque les relations ambiguës qui lient une victime à son bourreau. Car que se passerait-il si le bourreau était lui-même victime ?

Récit haletant et analyse radicale d’une situation où, pour torturer, il faut l’avoir été. Où l’on découvre que l’écriture de Pierre Mertens a toujours à voir avec la terreur. 

Une réalisation de Pascale Tison.

Ecoutez...

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