Papy était-il un nazi ? Sur les traces d'un passé de guerre

 "Papy était-il un nazi ? Sur les traces d'un passé de guerre" est publié aux Editions Racine
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"Papy était-il un nazi ? Sur les traces d'un passé de guerre" est publié aux Editions Racine - © Tous droits réservés

Quelque 500 000 Belges, Flamands, Bruxellois et Wallons, ont un membre de leur famille qui a été du " mauvais côté " lors de la Deuxième Guerre Mondiale.
Qui sont-ils et dans quelle mesure ont-ils été frappés par leur passé dans la collaboration ?

Décryptage avec Pieter Lagrou, professeur d'Histoire contemporaine à l'ULB. 
Auteur, avec Dirk Luyten, Koen Aerts, Bart Willems et Paul Drossens, de Papy était-il un nazi ? Sur les traces d'un passé de guerre, aux Editions Racine. Un guide qui vous donne les clés pour partir vous-même à la recherche de ce passé de guerre souvent tabou.

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La conquête par l'Allemagne nazie n'a pas suscité que de l'hostilité

"Dès les années 30, la démocratie parlementaire perd de sa légitimité, impuissante à résorber les effets de la crise liée au capitalisme mondial, au contraire des régimes de Mussolini, Staline, Hitler...
La défaite militaire foudroyante ne fait que confirmer la supériorité d'un système sur un autre : c'est l'Ordre Nouveau incarné par les armées allemandes envahissantes. L'occupant allemand compte largement sur la collaboration en Belgique, avec des associations, des partis politiques en faveur d'un nouvel ordre. Des contacts ont déjà été établis, une propagande intense a été construite tout au long des années 30. Il ne s'agit donc pas d'improvisation",
explique Pieter Lagrou.

Les combattants volontaires sur le front de l'Est sont recrutés pour 'sauver la civilisation occidentale contre le bolchévisme', souvent parmi des jeunes désoeuvrés qui cherchent l'aventure et le combat, sans motivation idéologique profonde. Ils sont convaincus d'appartenir à la race des seigneurs. "On permet finalement à beaucoup de monde de se proclamer germain, aryen. L'Allemagne nazie mène sa guerre avec une armée assez hétéroclite composée de Roumains, de Hongrois, de Bulgares, de Flamands, de Hollandais..."
 

La répression de l'incivisme

L'euphorie de la Libération va de pair avec une explosion de vengeance dans les nations européennes : c'est l'épuration. Mais elle s'est passée de façon très limitée en Belgique où on parle plutôt de 'répression de l'incivisme'. Des arrestations de masse par les armées alliées et les forces de l'ordre belges ont mis les personnes visées à l'abri des colères, des vengeances populaires. 

Par ailleurs, il est indispensable d'épurer les administrations pour rétablir la confiance de la population, dans la gendarmerie, l'armée, l'administration municipale...

C'est la Justice militaire qui va juger en Belgique, car la Justice ordinaire n'a pas les moyens de traiter ces 400 000 dossiers supplémentaires. Beaucoup d'entre eux n'ont aucun fondement et sont classés sans suite. Il n'y a que 60 000 procès organisés, avec 50 000 condamnations. Les peines de mort seront restaurées, il y en aura effectivement 242.
Deux ou trois ans seulement seront nécessaires. "Il y a une vraie volonté de vider les prisons, revoir les peines, réinsérer les condamnés." 

Léon Degrelle, chef du Parti Rexiste, est le collaborateur le plus connu de Belgique. Il n'a jamais été puni, car il a été accueilli par Franco, rappelle Pieter Lagrou. De nombreux autres hauts placés, avec de lourds passifs criminels, se sont réfugiés à l'étranger et n'ont jamais été jugés. 
 

Une collaboration différente au Nord et au Sud

 "Il est vrai que le nationalisme flamand avec le VNV a constitué un terreau particulier qui n'était pas présent de la même façon en Wallonie. Degrelle a appelé à une collaboration wallonne pour la Grande Germanie, quelque part il était plus dans l'improvisation que la VNV. Par ailleurs, la sévérité pour les mêmes faits a souvent été plus forte en Wallonie qu'en Flandre en termes de condamnation."

 

Beaucoup aujourd'hui cherchent à connaître le passé de leur famille 

"Il est salutaire de consulter les archives pour briser cette idée qu'on nous cache tout, que tout cela a été une grande farce. Il faut accompagner le citoyen, l'encourager et lui donner les clés. Il y a des familles où on a toujours parlé, parfois dans la rancune ou la position de martyr", rarement dans la glorification.

Jusqu'il y a peu, trouver son chemin à travers les archives de la répression n'était pas une sinécure. Ce guide Papy était-il un nazi ? Sur les traces d'un passé de guerre, aux Editions Racine, répertorie toutes les archives utiles à l’étude de la répression de la collaboration (1944-1960), détaille toutes les informations qu’elles renferment et explique comment les utiliser au mieux.
Une initiative des Archives de l’État, de la CegeSoma, de l’ULB et de l’UGent.

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Tous les détails avec Pieter Lagrou, ici !


 

 

 

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