"Oser se qui nous réunit plutôt que ce qui divise"

"Oser se qui nous réunit plutôt que ce qui divise"
"Oser se qui nous réunit plutôt que ce qui divise" - © DANIEL LEAL-OLIVAS - AFP

Une fois de plus, le 23 mars, la presse n'a qu'un titre. La date d'hier.

L'an dernier, déjà, cet étrange schizophrénie s'imposait aux journaux. L'actualité du 23 mars, l'an dernier, c'était l'évènement de la veille.

Ce matin, comme une roue qui tourne, l'Histoire repasse sur les dates et se répète. Partout.

Des plus lus en Flandre, Laatste Nieuws ou Standaard, Jusqu'au plus locaux, Belang Van Limburg ou même Gazet van Antwerpen,
C'est le même titre, la même date. 22 mars.

Londres aussi à son 22 mars. Comme Berlin a eu son Nice. Comme Bruxelles à eu son Charlie. Comme Paris avait eu son 11 septembre.

Mais dans la presse, si les Unes, si les titres se répètent pour dire l'horreur. La terreur. La douleur. Plus personne ne dit Je suis Londres. Je suis Westminster.

Libé - en France - ne chamboule plus sa Une. Aujourd'hui, salon du livre oblige, le quotidien français consacre sa Une - c'est l'habitude, aux écrivains qui signent cet édition.

Peut-être Libé a-t-il raison, dans cette manière de snober la terreur. Le Guardian, à londres, l'écrit aussi.
Dans un article qui évoque ce slogan répété à la corde : "We are not afraid". Le quotidien britannique le dit. Nous n'avons pas peur. "Ou plutôt si, nous avons peur", dit le Guardian, "mais que l'on soit damné si ces attaques doivent changer quelque chose à notre manière de vivre".

La libre aussi appuie cette voix. La pire des réactions serait de céder à la panique. Changer nos modes de vies. Désigner des coupables. Il faut garder la tête froide, mais alors que la lutte contre le terrorisme est loin d'être terminée.

Faut-il souscrire à ces déclaration quand les faits déjà viennent les contredire ?

Bagage limité pour les vols en direction du Royaume Uni. Renforcement des contrôles de police. Comme il y eu chez nous, des militaires en rue.

Faut-il souscrire à d'autres déclarations, entendue dans la bouche d'un roi ?

"Il nous faut oser la tendresse", déclarait hier, le Roi Philippe. Comme un remède évident un peu passé de mode. Comme une chanson de Daniel Guichard. Comme la tendresse opposée à la haine et à la colère.

Faut-il y souscrire ? L'Avenir s'interroge et répond. "Le sentiment d'éternel recommencement met à mal la résilience. La peur s'ingénie à rendre la fraternité obsolète. Mais ce discours du Roi n'est pas qu'une guimauve à la Guichard. Pour casser ces dynamiques qui gangrènent nos sociétés, répondre à la haine par la haine, ne fonctionne pas. Alors, oser ce qui nous réunit. Plutôt que ce qui divise. Ce qui rapproche plutôt que ce qui éloigne. Oui. définitivement".

 

Une dimension - ici - qui est fort différente dans l'attaque à Londres - c'est qu'elle s'est déroulé au pied du parlement britannique. Là où Theresa May se trouvait. Il a fallu, juste après l'attaque exfiltrer la Première ministre.

Là où les précédents attentats - Charlie, Nice, Berlin, Bruxelles - ont frappé des citoyens en quelque sorte dans leurs loisirs, cette fois, c'est aussi un symbole de la démocratie qui a été visé.

Le Guardian ne manque pas de le souligner. Theresa May également l'a déclaré. "La localisation de l'attaque n'est pas un accident. Le cœur d'une ville - d'une capitale. Là où les nationalités se mélangent. Là où les religions, les cultures, se rassemblent pour partager leurs valeurs de liberté, de démocratie, de libre expression".

"Le Parlement va se réunir" a poursuivi la ministre. "Aujourd'hui, les Londoniens marcheront dans les rues et vivront leur vie".

C'est vrai. Mais le Monde, en pied d'article l'ajoute. "De Trafalgar Square à Westminster, le bruit de la foule sonnera plus grave".
Et puis, il y a - si l'on peut dire - le second volet de ce déchaînement de violence. Un policier poignardé à l'entrée du parlement.
Ce lieu est-il plus particulièrement visé ? Le Guardian ne manque de le noter. Le siège parlementaire de la plus ancienne démocratie, ce n'est pas un théâtre choisi par hasard. De nombreuses questions apparaissent. Mais à tout celles-là, le quotidien britannique l'admet. "Il n'existe qu'une réponse certaine. L'attaque de Londres n'est pas un acte de guerre. Il ne faut pas y répondre par la division. Répandre la haine. Provoquer la division. C'est précisément le but de ce terrorisme. La meilleur réponse, la seule. C'est la solidarité".

 

Nicolas VANDENSCHRICK

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