"Orly", les adieux de Jacques Brel à la vie...

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C’est l’une des chansons les plus connues du dernier album de Brel. L’album au ciel bleu qui n’a pas de titre et qu’on appelle pourtant " Les Marquises ". On fête les 40 ans de la sortie de cet album, paru le 17 novembre 1977…

 

" Orly " raconte l’histoire d’un homme qui assiste à une scène de séparation à l’aéroport. Dans la foule, il pointe deux amoureux – un homme et une femme et il décrit :

 

" Ils sont plus de deux milles. Et je ne vois qu'eux deux. La pluie les a soudés. Semble-t-il l'un à l'autre (…) Je crois qu’ils sont en train de ne rien se promettre. Ces deux-là sont trop maigres pour être malhonnêtes. Ils sont plus de deux milles. Et je ne vois qu'eux deux. Et brusquement ils pleurent. Ils pleurent à gros bouillons. (…) Mais ces deux déchirés. Superbes de chagrin. Abandonnent aux chiens. L'exploit de les juger. "

 

Et puis, le narrateur – depuis son poste d’observation – perd son calme et crie " La vie ne fait pas de cadeau. Et nom de dieu. C’est triste Orly le dimanche. Avec ou sans Bécaud ". Ici, il fait référence à une célèbre chanson de Gilbert Bécaud qui s’appelle " Dimanche à Orly " :

La légende dit que Bécaud n’était pas spécialement honoré par la citation et que Brel s’en serait excusé au téléphone… En tout cas, la scène décrite contient pas mal de violence :

 

" Et puis infiniment. Comme deux corps qui prient. Infiniment lentement ces deux corps. Se séparent et en se séparant. Ces deux corps se déchirent. Et je vous jure qu'ils crient. Et puis ils se reprennent. Redeviennent un seul. Redeviennent le feu. Et puis se redéchirent. Se tiennent par les yeux. Et puis en reculant. Comme la mer se retire. Ils consomment l'adieu. Ils bavent quelques mots. Agitent une vague main. Et brusquement ils fuient. Fuient sans se retourner. Et puis il disparaît. Bouffé par l'escalier. "

 

Brel ne décrit pas seulement une séparation… Brel décrit ses adieux à la vie… Il décrit son agonie… Il prend de l’avance puisqu’il sait, au moment où il enregistre la chanson, qu’il est rongé par la maladie et qu’il est condamné… Et d’ailleurs, onze mois après la sortie de l’album, il meurt…

 

La description de l’agonie (cet instant déchirant où l’autre rend son dernier souffle) est soulignée par Brel par un vocabulaire qui renvoie – non pas au hall d’aéroport mais à la chambre du mort : le corps est maigre, il bave, il y a des pleurs, il y a un cri, il y a du chagrin, il y a une main qui s’agite – comme un dernier sursaut de vie… Et puis, surtout, il y a cet escalier… Cette mort et ce cancer sont dans " Orly " quand il dit : " Et puis, il disparaît. Bouffé par l’escalier "… L’escalier, c’est la mort. Et c’est bien de sa disparition dont il s’agit puisque c’est lui qui part – pas elle…

" La porte est refermée. La voilà sans lumière. Elle tourne sur elle-même. Et déjà elle sait. Qu'elle tournera toujours. Elle a perdu des hommes. Mais là elle perd l'amour. "

 

Écoutez l'intégralité de la chanson "Orly" de Brel :

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