« On n’a que du mépris pour les vies minuscules en général »

Une question revient souvent quand on pense à l’avenir, comment allons-nous nourrir la planète, quelle agriculture pour demain ? De tous ces questionnements émergent souvent un constat, les systèmes, y compris les systèmes alimentaires doivent être en équilibre. Dans cet épisode de Futur Simple, rencontre avec Christophe Gatineau et avec le ver de terre, potentielle clé de voûte du cycle de la nutrition, mais pas parce que nous allons le manger.

Regarder les vies minuscules, les considérer dans le grand écosystème dans lequel nous interagissions tous ensemble c’est le message de Christophe Gatineau.

" Au début on pensait que les vers de terre ne servaient à rien"

Christophe Gatineau est agronome, auteur, réalisateur, il s’est installé loin de tout, quelque part dans le Limousin : "je vis à 400 m d’altitude, aux 4 points cardinaux c’est la forêt qui s’étend, j’ai un immense lac à côté de chez moi et il y a très peu de population, c’est très bien".

Christophe Gatineau vit loin de l’agitation des villes, aime observer la nature, et en 2018 il écrit un livre qui de manière un peu surprenante est devenu un best-seller : " éloge du ver de terre ".

"Je me suis passionné pour les vers de terre car je suis né au milieu de la nature, et au milieu des vers de terre.  Il y a 60 ans on se demandait à quoi ils servaient. Au début on pensait que les vers de terre ne servaient à rien d’autre que d’aller à la pêche.

A cette époque il y avait une grande diversité des vers de terre, notamment dans les champs cultivés. Au fil du temps, les vers de terre m’ont accompagné, quand on était dans les champs, ils étaient toujours là, ils étaient dans les jardins puis on a appris qu’ils étaient en train de disparaître des sols cultivés et pourquoi ils étaient en train de disparaître, à cause du changement des techniques d’agriculture."

Le ver de terre indispensable à la fertilité des sols

Pollution des sols, agriculture intensive, le ver de terre est danger et ce n’est pas vraiment un hasard. Depuis le Moyen Âge le ver de terre souffre d’une mauvaise image, à l’époque on pense qu’il mange les racines des plantes et qu’il fallait l’éradiquer. Il est considéré comme de la vermine. Au 19e siècle, il bénéficie d’un regain d’intérêt, notamment grâce à Darwin qui en est passionné. Malheureusement, aujourd’hui la pollution des sols met sérieusement en danger le ver de terre.

 

Actuellement il n’y a aucune évaluation de la toxicité des pesticides sur les vers de terre, ce qui est extrêmement significatif.

Les populations de ver de terre diminuent dans une certaine indifférence, or le ver de terre est terriblement important explique Christophe Gatineau. " Il faut le voir comme la figure de proue d’un bateau, c’est un écosystème tout terrain, invisible à nos yeux, puisque les seules vies que l’on va apercevoir c’est la surface du sol. Le ver de terre représente la première biomasse animale terrestre, dans un champ où il y a beaucoup de vers de terre ça représente quand même le poids de 5 vaches à viande. Sans les vers de terre c’est le recours d’office aux bouillies chimiques, pesticides, engrais chimiques etc. "

 

Le ver de terre nourrit la terre

Christophe Gatineau souligne également que le ver de terre participe activement au cycle de la nutrition "il nourrit directement les plantes, des centaines d’études montrent l’influence de la présence des vers de terre sur la croissance des plantes, on a même des expériences qui montrent que le ver de terre peut influencer les comportements, notamment celui du riz. Il y a des échanges très directs entre la vie dans le sol et les plante.

Sans ver de terre, la question qui se pose c’est comment allons-nous nous nourrir, tout simplement.

Considérer la vie sous toutes ses formes

Les sols ne sont pas éternels, certes renouvelables mais pas à l’échelle humaine, pour créer un centimètre de sol nouveau il faut entre 100 et 500 ans. "

Il faut des siècles pour renouveler les sols et le ver de terre joue un rôle essentiel.

Mais au-delà du rôle naturel des vers de terre, Christophe Gatineau estime que notre relation au ver de terre représente notre rapport au vivant, à toutes les vies ; " c’est notre rapport au monde qui est interrogé à travers le ver de terre, toutes les vies minuscules, on pense qu’elles sont misérables, on n’a que du mépris pour les vies minuscules en général et ça ne concerne pas que les vers de terre, c’est toute la vie du sol."

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