Laurence Nobécourt : "Parlons vrai, sinon quoi d'autre ?"

Laurence Nobécourt nous livre sa biographie
Laurence Nobécourt nous livre sa biographie - © Albin Michel

Journal intime, blog, ateliers, bullet journal, livre… l’écriture attire toujours plus de mains. Laurence Nobécourt l’affirme : l’écriture l’a sauvée. Son récit 'Le Chagrin des Origines' est un brûlant hommage à cette 'voie du verbe' qui permet de se rapprocher de soi-même et de donner sens à la vie.

Si elle n’avait pas écrit, Laurence Nobécourt ne serait pas là pour en parler aujourd’hui. Elle lui doit la vie. L’écriture lui a permis de mettre des mots là où il y avait des trous et de se hisser vers la vie. L’écriture l’a guérie, l’a portée, l’a nourrie. Pour elle, l’écriture rend visible l’indicible, elle est miracle.


Une enfance solitaire

Laurence Nobécourt est une petite fille solitaire qui grandit au milieu d’une famille nombreuse, dans un milieu bourgeois très attaché aux apparences, où la vraie parole n’a pas sa place. Très tôt, pour échapper à l’isolement, elle se réfugie dans la solitude qu’implique l’écriture, elle s’évade dans l’imaginaire.

Laurence Nobécourt n’est pas nourrie d’amour dans sa famille. Sa mère a failli avorter d’elle ; il en restera toujours une distance, mère et fille n’ont pas réussi à se rencontrer. Elle a espéré son amour, qui n’est pas venu, sauf au moment de sa mort, pour un bref moment vrai. Son père est pétri de traditions aristocratiques, figé dans un monde où on ne parle pas. Laurence ne rencontre pas la parole d’amour, ni le corps d’amour : elle ne reçoit aucun geste tendre.

"Tout mon travail a été de nommer des choses souterraines propres aux lignées d’où je viens et aujourd’hui la malédiction (dans le sens de 'mal dire') est interrompue. La parole avec mes enfants est libre."


Le corps et l’écriture

Son corps est un corps en souffrance dès la naissance : paralysie partielle, colites, eczéma,… Cette souffrance va être distillée dans sa plume et petit à petit quitter son corps pour s’apaiser.

"C’était comme un alphabet qui demandait sa traduction."

Le corps ne ment jamais, il est une parole et la maladie est une parole qui demande à être entendue, c’est comme un appel, c’est un allié. C’est ce que Laurence Nobécourt appelle 'la voie du verbe', et elle constate sa puissance dans les ateliers d’écriture qu’elle propose depuis 7 ans. C’est un endroit de quête et de recherche intérieure, pour aller vers sa propre vérité.

"L’écriture c’est ma façon d’être au monde. Mais il est important que chacun trouve sa place, trouve l’endroit où la vie devient fluide. Parce que quand c’est juste, tout s’ajuste. Tout le monde n’a pas fonction à être écrivain, mais l’écriture peut être un outil de connaissance de soi pour tous."
 

L’écriture et la parole

L’écriture est posée, elle passe par le corps, à la différence de la parole sur laquelle on peut revenir. L’écriture est là, elle ne peut être déniée : c’est inscrit, c’est incarné. Elle va chercher au plus profond de nous-mêmes la personne que nous sommes vraiment.

Dans la parole, nous sommes toujours avec un autre, il y a toujours le regard de l’autre, la mémoire de Caïn et Abel, cette conscience du meurtre d’origine. L’écriture permet cette liberté d’être complètement avec soi et avec l’autre, mais sans le regard de l’autre, et permet d’atteindre une profondeur remarquable.

La langue porte une transcendance ; il y a quelque chose qui habite le verbe. La tradition hébraïque dit que l’univers a été constitué à partir des lettres de l’alphabet. On est constitué des lettres de notre prénom, de notre nom, on est habité par cela. Le verbe a un pouvoir de vie ou de mort : on sait à quel point une parole peut être toxique et s’imprimer dans le corps. Mais à l’inverse, une parole, un texte peuvent nous sauver.

Laurence Nobécourt a été tentée par le suicide pendant des années et ce sont les livres qui l’ont sauvée, ceux qui véhiculaient une haute idée de l’humain.


Transformer le plomb en or

Elle ne peut pas dire qu’elle est 'guérie', parce qu’on ne guérit jamais de nos blessures, mais on les désactive, parce que nos blessures nous fondent, elles sont nos forces. Tout le monde en a et doit faire avec. On a la responsabilité de féconder nos blessures, pour pouvoir accoucher de la lumière qu’elles portent.

"Aimer, je crois que c’est ça, c’est arriver à s’aimer soi aussi dans nos blessures, dans nos vulnérabilités, dans nos fragilités. Et alors cela donne une force et une vie extraordinaires. On est là pour alchimiser les choses, transformer le plomb en or, spiritualiser la matière, c’est notre tâche d’homme."

On a une responsabilité à dire les choses telles qu’on les vit, de manière vraie. Y compris dans le social. C’est vital, on n’a pas de temps à perdre.

"Parlons vrai, sinon quoi d’autre ?"

 

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