Numérique : où sont les femmes ?

Le numérique reste un monde d'hommes. Les chiffres le prouvent.

Dans la filière de la technologie et du numérique au niveau des études supérieures, on constate une grosse disproportion entre les hommes et les femmes.

Dans les filières dites STEM - sciences, technologie, ingéniérie et mathématiques - on ne compte que 25 % de femmes. Et seulement 12 % de femmes parmi les ingénieurs diplômés en sciences et technologie de l'information.

Très peu de femmes se retrouvent aussi dans les filières informatiques et dans les écoles de codage.

 

Pourquoi ce déséquilibre ?

On constate un manque d'attrait des femmes pour les filières du numérique et de la technologie. Comme ce phénomène se reproduit d'année en année, et qu'il y a donc peu de femmes dans ces auditoires, cela ne rend pas les études très attractives pour elles, dans un univers presque exclusivement masculin.

Une autocensure se marque déjà à l'adolescence : vers 13-14 ans, les jeunes filles se dirigent davantage vers les options langues, sociologie... que vers des filières techniques ou numériques.

Des modèles éducationnels se perpétuent également, par tradition ou stéréotypes de genre. Les garçons jouent aux GI Joes, les filles aux poupées et ces schémas se perpétuent jusqu'au choix des métiers et des filières. Les femmes seraient dans le care (soin), les hommes dans le do (action). 80 % de femmes se retrouvent ainsi dans le paramédical et seulement 20 % dans les facultés d'ingénieurs.

 

Pourquoi faut-il augmenter la place des femmes dans le numérique ?

On pourrait en effet considérer que chacun doit faire son choix librement en fonction de ses goûts.

Toutefois, quand on analyse la répartition hommes/femmes dans les études supérieures, on remarque que cette répartition n'est du tout anodine.

Dans les études supérieures, on retrouve 56 % de femmes, elles sont donc très bien représentées. Elles réussissent en moyenne mieux que les hommes, il y a donc plus de diplômées.

Par contre, elles sont réparties dans les filières qui sont les moins valorisées sur le marché du travail. Les filières plus masculines offrent en effet plus de débouchés, plus d'opportunités et au final, de meilleurs salaires.

Dans le numérique notamment, des opportunités vont se développer dans le futur. 50.000 emplois seront créés d'ici 2020 en Belgique, selon le SPF Economie. Les femmes risquent de moins profiter de ces opportunités que les hommes.

 

Dans les start-up, la représentation féminine est faible

A Bruxelles, à peine 8 % des start-up numériques sont créées par des femmes (c'est 13 % pour la Belgique, 15 % pour l'EU).

Ces chiffres très faibles sont liés au déséquilibre de présence féminine dans les filières technologique et numérique, mais pas seulement, parce qu'on peut créer une startup sans être informaticien.

Il y a certainement du machisme et du sexisme dans le monde des start-up comme partout mais on constate aussi d'autres phénomènes, comme une certaine représentation mentale du patron de startup, qu'on voit comme un jeune homme blanc en pull à capuche.

Ce monde de geeks, avec des codes et des réseaux très masculins, laisse peu de place aux femmes et crée des biais genrés parfois inconscients : les hommes vont favoriser les hommes, ils vont s'entourer de "clones"masculins, ils vont nommer des managers qui leur ressemblent

Cela pose aussi des problèmes très concrets pour les entrepreneuses, au moment de la levée de fonds. Selon une étude du cabinet BCG, une startup fondée par une femme parvient à lever moitié moins d'argent qu'une startup fondée par un homme.

 

Quelles initiatives pour renforcer la place des femmes dans le numérique ?

Des initiatives assez récentes émergent, autour du label 'Women in tech', pour lutter contre ces biais de genre que l'on constate dans le secteur du numérique.

Digital Wallonia lance notamment une campagne intitulée 'Wallonia Wonder Women', pour montrer qu'il existe des femmes entrepreneuses et actives dans le numérique, et pour motiver les femmes à se lancer.

A Bruxelles, le 'Women Code Festival' vient de se clôturer à Bruxelles avec entre autres initiatives l'Editathon qui vise à renforcer la visibilité des femmes sur Wikipedia (17 % des biographies sont consacrées à des femmes, notamment parce que 80 % des contributeurs sont des hommes).

L'école de codage 19 vient de créer une promotion 100% féminine.

Pour répondre au problème de la levée de fonds, l'accélérateur Start-it @KBC a décidé de créer un jury de sélection paritaire, pour encourager la sélection de start up féminines dans le cadre de ces programmes.

 

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