'Nous étions deux' ou la rivalité entre jumeaux

'Nous étions deux', un livre qui raconte et interroge la gémellité
'Nous étions deux', un livre qui raconte et interroge la gémellité - © XO Editions

Ils étaient deux. Ne faisaient qu’un. Et José Frèches croyait qu’ils avaient l’éternité devant eux. Mais le 29 novembre 2011, à l’âge de 61 ans, il disait adieu à son jumeau. Ce jour-là, il crut mourir aussi…

Comment rester debout sans son « pareil », son frère miroir, son premier rival ? Longtemps l’écrivain s’est enfermé dans le silence. Jusqu’à ce livre 'Nous étions deux' (XO Editions), et ce miracle : en racontant Jean-Benoît, l’auteur s’est révélé à lui-même. Il a renoué avec la vie. 

Une entreprise de résilience l'a lancé dans l'écriture de ce récit, à la fois pour savoir qui il était et pour faire comprendre à tous les jumeaux qu'il y a une vie après le décès de l'autre. Ce récit factuel, intimiste, en dehors de toute psychanalyse et de toute interprétation, est un exercice de vérité.


Fascinante gémellité

Dans la culture populaire, la gémellité fascine et à la fois effraie. On retrouve des jumeaux dans la plupart des grandes sagas : Harry Potter, Game of Thrones, Star Wars, Le Seigneur des Anneaux,... Et dans la mythologie : Castor et Pollux, Romulus et Remus, Hypnos et Thanatos, Apollon et Artémis...

Ce qui nous fascine dans la gémellité, c'est la rareté. 1,5 pour mille sont des naissances gémellaires. On attribue donc souvent aux jumeaux des pouvoirs extraordinaires, soit bénéfiques, soit maléfiques. A une époque, dans certaines cultures, avoir des jumeaux était une malédiction et il fallait les éliminer.


« On a un pareil »

On parle ici de vrais jumeaux, monozygotes, issus du même oeuf. « On a un pareil, tandis que les jumeaux dizygotes ne sont pas pareils et cela fait toute la différence ». 

Avoir le même physique et surtout la même voix que son jumeau crée un effet très particulier. José Frèches entendait sa voix par celle de son frère et elle ne lui déplaisait pas, puisque c'était celle de son frère. Dans la toute petite enfance déjà, la souffrance qu'éprouvait l'un se ressentait chez l'autre. Adultes, quand ils étaient ensemble, ils suscitaient cet étonnement qui les renvoyait toujours à leur gémellité.

La mort de son frère, d'un cancer, l'a laissé seul. Il a cru lui-même mourir ce jour-là : « Quand on voit son pareil sur un lit d'hôpital, mort, on croit qu'on est soi-même sur le lit, parce que c'est une personne qui est identique à vous, à laquelle vous vous êtes fortement assimilé. (...) Quand je l'ai vu mort, j'ai cru que c'était moi. Ou que j'allais mourir de la même chose que lui. »


Séparer les jumeaux ?

On s'est très intéressé assez tard au phénomène de la gémellité et on a commis de nombreuses erreurs. Le grand spécialiste de la gémellité en France dans les années 70-80, René Zazzo, recommandait en particulier la séparation maximale des jumeaux pour que chacun puisse s'émanciper. C'est une souffrance terrible qu'on impose aux enfants.

« Ce n'est pas parce que vous allez séparer deux êtres qui sont pareils que vous allez les aider à ne plus être pareils. Ils vont être pareils toute leur vie sur le plan physiologique. Ils vont connaître des itinéraires différents, la vie va les sculpter différemment, mais cela restera le même moule. Le seul problème de René Zazzo est que lui n'était pas jumeau. »

A une époque, la mode était de ne pas habiller les jumeaux de la même façon, de ne pas les mettre dans la même classe. José Frèches n'est pas sûr que ce soit une bonne chose, ni que cela change la nature du problème; il n'est pas sûr non plus que cela ne crée pas une souffrance, un traumatisme supplémentaire. Des jumeaux séparés à la naissance en ont souffert toute leur vie et n'ont eu de cesse de retrouver l'autre. 

José Frèches et son frère Jean-Benoît vivaient dans 'la bulle gémellaire'. Ils faisaient tout ensemble, jusqu'à ce que la vie se charge de les séparer, après le bac. 


Des êtres d'exception

José Frèches interroge la place qu'on assigne aux jumeaux dans l'imaginaire collectif, notamment dans la mythologie grecque et romaine. On en fait des êtres surpuissants qu'on met sur un piédestal.

Eux-mêmes étaient considérés comme une exception. Ils avaient l'esprit vif et des facilités intellectuelles ; leurs parents les considéraient comme des êtres capables de faire des choses qu'eux-mêmes n'avaient pas été capables de faire. Cet amour et cette admiration ont projeté un certain poids sur leurs épaules.


José Frèches voit la gémellité à la fois comme un bonheur et une malédiction.
Ecoutez dans Jour Première son point de vue sur la rivalité entre jumeaux.

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