Nos corps en été : toute une histoire !

 Nos corps en été :  toute une histoire !
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Nos corps en été : toute une histoire ! - © Tous droits réservés

Nous sommes à l’été 1917.

Dans le journal Comoedia, on peut lire :

" Dans une incroyable cacophonie de jazz, d’hygiène et d’inconscience, de toutes les nationalités mêlées (…)

c’est la nausée de la chair, la confusion des formes sociales marchant sur la tête, des fusions inouïes, un effarement, des effronteries ravissantes.

Quel contact terrible, quelle mêlée, quelles comparaisons accablantes. "
 

Onze ans plus tard, l’académicien Maurice Maeterlinck écrit, dans une petite brochure intitulée Passez l’été sur la Côte d’Azur, il n’y pleut pas ! :

" La chaleur sèche, aérée, légère, éventée de brises qu’échangent la mer et la montagne, loin d’être insupportable est la température idéale du corps humain, celle où s’épanouissent tous les sens et la joie tranquille et simple de vivre.

En un mot la température du bonheur ; car l’homme, ne l’oublions pas, est avant tout un animal des pays chaud ".

 

L’histoire de l’été et des corps qui vont avec, c’est la leçon du jour...

L'invité d'Un Jour dans l'Histoire : Christophe Granger, historien, membre du Centre d’histoire sociale du XXe siècle (CNRS/Paris1), pour son livre La saison des apparences, naissance des corps d’été aux Editions Anamosa.

 

La saison des apparences, naissance des corps d’été - Christophe Granger

 

C’est l’histoire de l’été et des corps qui vont avec, allongés, dénudés, offerts au soleil. En France, elle se noue entre 1920 et 1970. Alors s’imposent à la fois une saison des apparences et l’exigence d’une apparence de saison.

Les édits changeants de la silhouette, le bronzage, l’horizontalité publique et le périmètre capricieux des dévoilements inventent ainsi, à échelle d’hommes et de femmes, de nouveaux savoir-faire et de nouvelles exclusions.

Dans la levée des habitudes, la morale des corps d’été a des allures de civilisation suspendue. Elle sacralise le retour à la simplicité et la variation des manières d’être. Derrière le mythe du corps libéré et de l’oubli des différences sociales, elles portent toutefois des jeux sociaux considérables dont témoignent, oubliées depuis, les bagarres et les liesses punitives qui ont eu lieu sur les plages, au sujet de la longueur du maillot de bain, des postures interdites ou de la pratique des seins nus.

L’affaire du burkini, à l’été 2016, est venue réactiver cette histoire mal apaisée, soulignant de nouveau les tiraillements collectifs qui entourent nos corps.

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