" Non, les troubles alimentaires ne sont pas une maladie occidentale d'adolescent des temps modernes "

L’anorexie, la boulimie et autres troubles alimentaires sont souvent associés à la mode. L’image de la femme parfaite d’1m80, qui porte du 36 ou de l’homme grand et musclé est encore fortement présente et influence l’image que nous avons de notre propre corps. Il est pourtant faux de pointer uniquement ces idéaux véhiculés par les médias comme unique coupable des troubles alimentaires.

L'industrie de la mode cause-t-elle des troubles alimentaires ?

Spontanément on penserait oui, car on pourrait croire que les jeunes filles ou les jeunes hommes vont tenter de ressembler au plus près aux mannequins des magazines. Or c’est un préjugé.

Les troubles alimentaires représentent un ensemble de maladies psychologiques qui se développent d’une part parce qu’on présente des facteurs à risques biologiques ou de personnalité, (perfectionnisme, manque de confiance en soi) et d’autre part parce qu’il y a des évènements stressants voire traumatisants qui viennent frapper sur ce terrain fertile.

Des éléments extérieurs, exceptionnelles comme quotidien peuvent jouer sur la vision que nous avons de nous-mêmes et sur notre rapport à l’alimentation. Il peut s’agir d’un proche qui met la pression sur le poids ou de harcèlement scolaire avec moqueries sur le physique mais cela peut aussi parfois être des éléments complétement différents comme un déménagement qui isole, un deuil... Les troubles alimentaires ne sont pas une maladie d’adolescent occidentale des temps modernes, c’est plus complexe que ça et c’est un ensemble de facteurs qui amènent à ce type de troubles.

La mode joue un rôle mais pas le premier

Pour autant, ce n’est pas parce qu’il n’y pas de lien de cause à effet direct entre l’industrie de la mode et les troubles alimentaires, que l’on peut innocenter celle-ci. La mode et les médias ont bien sûr une part de responsabilité, l’image de la femme qui y a été représentée depuis des années est vraiment unique et difficile à atteindre " une femme, grande mais pas trop, mince mais bien proportionnée, avec une morphologie en X. "

Or ce modèle de femmes (ou d’hommes) ne correspond pas à la majorité, il est donc très difficile d’atteindre cet idéal répandu dans les pages des magazines, difficile car impossible de changer sa morphologie, ses traits de visage, ou encore de se grandir par contre le poids est une variable sur laquelle on peut jouer. Le problème c’est que ces magazines en plus d’afficher des mannequins aux poids plume propose ensuite des régimes. Les femmes vont donc jouer sur leur poids, faire des régimes du plus salutaire au parfois le plus strict qui dès lors peuvent mener à la frustration et à un rapport malsain à la nourriture. Un rapport malsain avec la nourriture n’inclut pourtant pas d’office un trouble alimentaire. Certes c’est un rapport qui n’est ni bon pour la santé physique ni pour la santé mentale et il y a là clairement quelque chose à pointer du doigt au niveau du message que fait passer l’industrie de la mode, mais il s’agit de nuancer et d’aller chercher les racines du problème plus loin.

Un rôle d’influence positive

L’industrie de la mode joue donc un rôle d’influence, qui bien qu’il soit souvent décrit comme mauvais peut être également positif.

On le voit dernièrement avec de plus en plus de diversité des corps et des formes dans le marketing et dans la mode. Cependant les grands magazines n’y jouent pas un rôle prépondérant, il faut ici plutôt saluer le travail des influenceuses, aussi bien des stars ou des tops model grandes tailles qui osent se montrer avec des formes et qui révolutionnent petit à petit les codes et les diktats de la beauté.

Les bloggeuses, youtubeuses, instagrammeuses ont révolutionné les codes de la mode et des marques, en osant ne pas se conformer, ce qui a dès lors permis à beaucoup de femmes de s’y identifier et l’engouement a ainsi provoqué une réflexion en parallèle des marques.

Ces femmes " différentes " ou peut-être tout simplement normales, qui nous ressemblent beaucoup plus, permettent aussi d’habituer notre œil à des physiques différents, de filles avec des morphologies, styles, corpulences différentes, ce qui permet alors d’apprécier la mode sans se focaliser sur ses propres complexes.

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