Nobel, une fortune au service du progrès

Le 21 octobre 1833 naissait Alfred Nobel, le Suédois célèbre inventeur de la dynamite, mais plus célèbre encore pour les prix qui portent son nom depuis plus d’un siècle. Des prix considérés comme les plus prestigieux au monde, comme les plus difficiles à obtenir aussi. Récit de Grégory Tervel dans Week-End Première " Un Jour dans l’Histoire du Monde "

Alfred Nobel était un homme un peu touche-à-tout, aussi cultivé que richissime.

Le Suédois fut à la fois un inventeur renommé, un homme d’affaires redoutable, et un poète et dramaturge qui maîtrisait quatre langues. Son père était un fabricant d’armes de bonne famille. L’homme s’intéressa rapidement à la nitroglycérine, et au prix de grandes expérimentations il parvint à maîtriser l’explosivité de cette substance, mettant ainsi au point la dynamite (le plus important des 355 brevets déposés durant sa carrière). Il devint alors un industriel présent dans le monde entier, et en même temps un homme idéaliste, passionné de littérature et politiquement engagé dans le désarmement et l’anti-militarisme, ce qui peut sembler très paradoxal pour l’inventeur d’un explosif qui sera très utilisé sur les champs de bataille.

Déterminé et sûr de lui dans sa vie professionnelle, il l’était beaucoup moins dans sa vie personnelle, ne se maria jamais et n’eut aucun enfant. A sa mort il était assis sur 31 millions de couronnes suédoises, une des plus grosses fortunes privées de la planète à cette époque.

Un testament célèbre qui a failli ne pas être exécuté.

Ce qui a rendu Alfred Nobel aussi célèbre après sa mort, c’est son testament.

Un document de seulement quatre pages, mais sur lequel Nobel a réfléchi plusieurs années pour finalement le signer à Paris le 27 novembre 1895, un an avant sa disparition. Dans ce testament très attendu par ses proches, il commence par léguer à une vingtaine de personnes des sommes certes très belles pour l’époque, mais représentant une toute petite partie de sa fortune.

Il ajoute ensuite que le reste de cette fortune devra être placée dans un fond dont les intérêts viseront à récompenser, tous les ans, ceux qui auront apporté les progrès les plus importants pour l’humanité dans l’année écoulée, et ce dans cinq domaines qui reflètent ses propres centres d’intérêts : la physique, la chimie, la médecine, la littérature et la paix. L’économie a été ajoutée bien plus tard et n’est donc pas un prix Nobel à proprement parler.

Certains des proches d’Alfred Nobel, très déçus, ont tenté de le faire invalider et ont reçu le soutien du roi de Suède Oscar II, qui pensait que leurs intérêts ne pouvaient être mis de côté par les visions idéalistes d’un Nobel vieillissant. Dans les milieux conservateurs suédois, beaucoup jugeaient le testament non-patriotique car les prix n’étaient pas réservés aux Suédois.

Les exécuteurs du testament sont finalement parvenus à mettre en place la fondation Nobel en 1900, avec finalement le soutien du roi.

Nobel, une vision du progrès

Les premiers prix Nobel ont été remis en 1901, dotés alors de 150 000 couronnes, l’équivalent d’un million d’euros d’aujourd’hui. Un million d’euros c’est justement la somme que continue de percevoir chaque lauréat du Nobel.

Les prix sont remis à Stockholm tous les 10 décembre, jour de la mort d’Alfred Nobel, et à Oslo pour celui concernant la paix. C’est le Suédois qui a écrit dans son testament que le comité chargé d’attribuer le prix Nobel de la paix devait être élu par le parlement norvégien. Personne ne sait pourquoi il a confié ce prix à la Norvège, mais à l’époque les deux pays formaient une union, ce n’est qu’en 1905 que la Norvège a obtenu son indépendance, et avec elle le privilège de remettre le plus prestigieux et le plus discuté des prix Nobel.

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