Nicolas Ancion : " Je ne crois pas qu'on devient meilleur écrivain en vieillissant "

" Je ne crois pas qu'on devient meilleur écrivain en vieillissant "
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Nicolas Ancion était l'invité de Coupé au montage ce samedi !

Premier succès d'écriture (en classe) à 13 ans, première vraie publication à 24,
Nicolas Ancion avait le talent précoce. À priori rien de plus sédentaire et solitaire qu'un écrivain et pourtant celui-ci est accro aux sensations fortes.
Voyages, happenings littéraires, écriture sous la contrainte...
Nicolas Ancion expérimente tout.

Ces derniers mois il a sorti deux romans, Invisibles et Remuants (MaelstrÖm) et En Mille Morceaux (Mijade).
Il fait tout en même temps.

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Quand Nicolas Bouvier est coupé au montage

 

Il disait que le voyage était un exercice de légèreté, qu'on y apprenait à perdre ses bagages.

Son tout premier livre a un titre en forme de manuel d'utilisation, de notice de montage.

C'est L'usage du Monde. Le monde, l'écrivain Suisse Nicolas Bouvier, mort en 98 l'a très bien connu. Il a passé sa vie à le parcourir.
De la Yougoslavie à l'Afghanistan, de l'Iran à la Turquie.

Souvent présenté comme le saint patron des écrivains-voyageurs, de l'espèce de ceux qui, comme Henri Michaux, donnent à voir et à sentir l'autre et l'ailleurs, Nicolas Bouvier racontait moins ses péripéties touristiques que sa géographie intime.

Il écrivait peu en déplacement, il s'y nourrissait d'abord des sensations, des aventures et des mésaventures.
Il les laissait infuser, parfois longtemps, avant de régurgiter lentement des pages en forme d'orfèvrerie.

Son voyage le plus fameux est aussi le plus douloureux, et paradoxalement, le plus sédentaire.
C'est son périple le plus vertigineux, et le plus immobile.
 

Il l'a raconté dans Le Poisson-Scorpion, paru en 1982, soit près de 25 ans après les événements vécus qu'il relate.

C'est un séjour au Sri-Lanka, qu'on appelait alors Ceylan, une île à première vue paradisiaque, bordée d'une eau émeraude, ourlée de cocotiers.
Ceylan a la forme d'une goutte, c'est la larme de l'Inde.

Quand il y débarque, c'est au terme d'un grand circuit asiatique.
Il est épuisé et malade. S'il vient s'échouer là, c'est moins pour profiter de la plage que pour reprendre des forces.
Il souffre du paludisme, d'une infection intestinale et d'une jaunisse.

 

Très vite, il est en proie au délire, aux hallucinations,
dans le confort spartiate d'une chambre en soupente, colonisée par les insectes,
un taudis qui lui coûte une roupie par jour.

 

Son expérience sri-lankaise est une descente aux enfers et puis une renaissance, après une cheminement intérieur qui ressemble à un exorcisme.
Qu'y a-t-il à raconter quand on ne vit rien, rien d'autre que l'expérience la plus dépouillée qui soit, c'est à dire quand on se vit soi-même intensément, 24 heures sur 24, dans la plus abyssale des solitudes. Il y a à raconter ce Poisson-Scorpion, devenu culte, entre conflit intérieur et hostilité du monde extérieur. Nicolas Bouvier sera resté 9 mois à Ceylan. Il y a frôlé la mort. Il en est revenu très vivant.

 

 

Il écrira:

"On ne voyage pas pour se garnir d’exotisme et d’anecdotes comme un sapin de Noël, mais pour que la route vous plume, vous rince, vous essore, vous rende comme ces serviettes élimées par les lessives qu’on vous tend avec un éclat de savon dans les bordels."