"Ne pas connaître pleinement les élus politique est finalement le fond du problème des grandes démocraties"

"Ne pas connaître pleinement les élus politique est finalement le fond du problème des grandes démocraties"
"Ne pas connaître pleinement les élus politique est finalement le fond du problème des grandes démocraties" - © Tous droits réservés

On a pour habitude de désigner les gens par leur nom. C’est automatique et évident. Dans les écoles accueillant des enfants autistes, on se moque souvent d’eux quand ils vivent ces terribles moments de détresse que l’on éprouve lorsqu’on comprend pour la première fois que deux personnes distinctes peuvent avoir le même nom.

A ceci près que l’actualité nous enseigne que les choses sont parfois plus compliquées. Dans le domaine sportif, il y a peu, un club turc, à savoir Menemenspor, avait par erreur engagé non pas le joueur qu’ils voulaient, mais un homonyme.

Le problème peut toutefois se produire au plus haut niveau : ainsi, à l’élection fédérale canadienne d’hier, Maxime Bernier, chef du Parti Populaire du Canada, a-t-il affronté… un autre Maxime Bernier, membre cette fois du Parti parodique rhinocéros.

Pire encore : en Algérie, à la présidentielle qui devait avoir lieu en avril dernier, l’un des candidats, en l’espèce Rachid Nekkaz, avait été empêché de se présenter ; il avait donc trouvé un cousin peu dégourdi, également dénommé Rachid Nekkaz et surnommé " le mécanicien du Shlef ", pour se présenter à sa place.

L’élection ayant été annulée, on ne saura pas lequel des deux homonymes aurait pu être élu président.

Des anecdotes ? Nullement.

Je me suis souvent demandé par quel miracle la société non-autistique savait que par exemple un tel était haut dignitaire et tel autre mendiant.

Quand par exemple André Flahaut est élu à un poste donné, cela veut dire que le premier dénommé André Flahaut (il y en a de nombreux) qui se présente en un lieu donné obtient les honneurs et l’argent ?

Et comment sait-on, au fond, qui est roi ou pas ? Cela rejoint les contes des orientaux sur le calife qui se déguisait en mendiant pour savoir ce que l’on pensait réellement de lui. En dernière instance, argent et statut social se jouent sur de minuscules détails non-autistiques, par exemple l’impression générale que le gardien du palais aura au retour du faux mendiant, le ton de la voix, convainquant ou pas, qu’il aura quand il dira " je suis le calife ". Périlleux exercice.

Le fait de ne pas connaître pleinement ou correctement les élus est, finalement, le fond du problème des grandes démocraties.

Lors de la campagne de la présidentielle locale, une amie algérienne, maman d’un jeune homme autiste non-verbal, avait eu l’idée géniale d’inscrire son fils Luqmân comme candidat, avec pour slogan : il ne parle pas plus que le président Bouteflîqa, mais il ne vole pas.

Quand quelqu'un lui avait dit que personne ne connaissait son fils non-verbal Luqmân, elle avait répliqué qu’elle non plus ne connaissait pas concrètement les décideurs du pays.

En vérité, quand on comprend sur quels détails vains et stupides repose le monde, on ne peut que ressentir un moment d’effroi. Plutôt que de se lamenter sur les effets mécaniques de tout cet arbitraire, pourquoi ne pas, tout simplement, rebâtir le système sur de nouveaux fondements ? Elire Luqmân, l’autiste non-verbal, président de l’Algérie ?

Horace disait : " dulce est desipere in loco "

Il est agréable de faire le fou de temps à autre. Certes, mais devoir se contorsionner toute sa vie pour survivre n’est nullement un signe de bonne santé.

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