"Route Nationale 7", c'est la Route 66 en Simca et en pneus Michelin, la première chanson country française…

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" Route Nationale 7 " de Charles Trenet, c’était la route pour aller vers les vacances puisque cette route, qui partait de Paris jusqu’au Midi et qui faisait 996 kilomètres, était prise d’assaut dans les années 50 et 60 pour rejoindre le repos des beaux jours. Un succès de Charles Trenet en 1955, devenu un classique et repris en 1981 par un groupe belge : Les tueurs de la lune de miel :

 

" Route Nationale 7 " de Charles Trenet se présente comme une miniature. Un tableau qui décrit le tracé de cette route avec une précision géographique de GPS.

" Nationale 7. Il faut la prendre qu'on aille à Rome, à Sète. Que l'on soit deux trois quatre cinq six ou sept. C'est une route qui fait recette. "

C’est donc une route miracle qui mène même jusqu’à Rome. Pourquoi Rome ? Parce que la Nationale 7 va jusqu’à Menton, dernier point avant la frontière italienne.

" Que l’on soit 2, 3, 4, 5, 6 ou 7 " : l’énumération fait ici penser au surnombre de gens qui empruntaient cette route pour se ruer vers la mer

" C’est une route qui fait recette " : l’itinéraire avait beaucoup de succès et – comme "faire recette" c’est aussi "faire de l’argent" - en filigranes – on peut lire " Nationale 7 " comme le développement d’une économie en pleine expansion : celle des vacances. Avec ses cafés sur les places de villages, ses marchands de glace, ses restaurants et ses relais…

 

" Route des vacances. Qui traverse la Bourgogne et la Provence. Qui fait d'Paris un p'tit faubourg d'Valence. Et la banlieue d'Saint-Paul-de-Vence. "

Paris, faubourg de Valence. Et Paris, banlieue de Saint-Paul-de-Vence. On est quand même dans une poésie de l’enchantement puisque pour descendre toute la Nationale 7, il fallait à peu près deux jours Quelques crises de nerfs et des disputes en voiture où certains ont perdu femmes et enfants.


" Le ciel d'été. Remplit nos coeurs de sa lucidité. Chasse les aigreurs et les acidités
Qui font l'malheur des grandes cités. Tout excitées. "

Sans être " Psychologie Magazine ", " Nationale 7 " parle déjà du stress urbain : " le malheur des grandes cités toutes excitées " et du lâcher-prise : " Les oliviers sont bleus ma p'tite Lisette. L'amour joyeux est là qui fait risette. On est heureux Nationale 7. "

 

Il y a deux choses intéressant dans la chanson de Charles Trenet :

C’est d’abord cette poésie de l’enchantement qui participe à la description d’un idéal français… Ou d’une France idéale…

La chanson démarre d’ailleurs sur un hommage à la beauté des routes de l’Hexagone : " De toutes les routes de France d'Europe. Celle que j'préfère est celle qui conduit. En auto ou en auto-stop. Vers les rivages du Midi. "

Avec deux autres grandes chansons de Trenet :

Et la deuxième :

Avec ces deux grands succès, " Nationale 7 " forme un triptyque sur la mythologie d’une France de la perfection, un triptyque sur les beautés d’un pays fier de se regarder dans son propre miroir… En ce sens, Charles Trenet aurait très bien pu commenter le Tour de France. Charles Trenet a écrit " Nationale 7 " parce que c’était un grand automobiliste qui utilisait souvent cet itinéraire pour rejoindre ses deux propriétés : Le domaine des Esprits à Aix-en-Provence et La Carrière à Juan-les-Pins. 

 

Et puis enfin, il y a, dans " Nationale 7 ", cette idée du rêve de la route, du désir d’horizon, du fantasme des paysages, qui en fait la première chanson country française.

Puisque la Nationale 7, c’est un peu la Route 66 en Simca et en pneus Michelin…

Charles Trenet n’est peut-être pas Bruce Springsteen, mais il est peut-être le frenchy frère d’Hank Williams :

Cet homme qui chantait si bien aussi la route…

 

Écoutez " Route Nationale 7 " de Charles Trenet :

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