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Napoléon se rend à son ennemi de toujours, l’Angleterre. La Royal Navy, qui soumet la France à un blocus maritime, bloque le port de Rochefort, où le désormais ex-empereur des Français, accompagné de sa suite, attendait en vain de partir pour l’Amérique.

Bonaparte embarque sur le Bellerophon, un navire anglais, et demande au capitaine de l’emmener vers Londres, où il veut demander l’asile politique. Le capitaine Maitland le laisse s’installer à bord, et prend la direction de l’Angleterre. Il est accueilli comme un souverain, mais tout cela n’est qu’une illusion, un piège qui se referme sur lui.

 

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Napoléon pense que son plan de retraite se déroule comme prévu, il pourra vivre une vie bourgeoise dans un cottage de campagne. Le Bellerophon prend donc la direction de Plymouth, et mouille dans sa rade où son capitaine attend la décision du gouvernement à propos de son encombrant passager.

Nombre de curieux louent des barques pour s’approcher au plus près de l’homme qui est déjà une légende. Anglais et Anglaises, venues en masses, attendent de l’apercevoir sur le pont, guettent la silhouette de son fameux chapeau.

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Car aussi étonnant que cela puisse paraître, Bonaparte a beaucoup de partisans en Angleterre.

Pierre Branda :

Beaucoup d’entre eux portent un signe bonapartiste à la boutonnière : une violette. Donc c’est un signe de ralliement. Quand il paraît sur le pont et qu’il salue avec son chapeau, ce sont des vivats !

La scène est absolument incroyable. Mais cela fortifie les craintes du gouvernement britannique, qui se rend compte qu’il risque fort d’être dépassé par son propre peuple, qui à un moment ou  un autre pourrait finir par libérer Napoléon lui-même.

Ce qui serait, pour les Anglais, le pire de scénario. Donc il faut vraiment qu’il parte de l’Angleterre. Paradoxalement, ça condamne Napoléon, qu’il faut vraiment déporter très, très loin.


 

La désillusion

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Une partie de l’entourage de Napoléon se rend bien compte de la partie qui se joue. Le nom de " Sainte-Hélène " commence à circuler sur le bateau. Lorsque l’annonce devient officielle, le 31 juillet 1815, c’est un choc. Sainte-Hélène est une île tropicale lointaine, et surtout austère, à mi-chemin entre les côtes de l’Afrique et de l’Amérique du Sud, balayée par les vents. Elle n’a pas été choisie par hasard.

" Sainte-Hélène est l’endroit du monde le mieux choisi pour enfermer un tel personnage. À cette distance, dans ce lieu, toute intrigue sera interdite, et éloigné de l’Europe, il sera promptement oublié. "

Ce seront les mots de Lord Liverpool, le Premier ministre britannique.

Napoléon a-t-il été naïf ? Il tente vainement de protester, mais rien n’y fera. Il pense au suicide, car il ne peut supporter cette vie de prisonnier sur un îlot des tropiques. Mais il se reprend rapidement, et décide d’accepter son sort. Avec lui partiront quelques-uns de ses fidèles, avec leur famille. Trois officiers et un secrétaire, ainsi que plusieurs domestiques, l’accompagneront donc. Ce n’est pas le Bellerophon qui mènera l’ex-empereur vers son exil. Le navire est trop vieux pour supporter le voyage. Napoléon et sa suite sont transférés sur le Northumberland.

En France, la nouvelle ne suscite pas beaucoup de réactions, et pour cause.

 

Charles-Éloi Vial : " Napoléon va être très vite oublié, c’est ça qui est très curieux. On va faire en sorte de le faire oublier, puisque la propagande royale va se mettre en marche, et on va très vite ne plus parler de l’empereur ni du général Bonaparte. On ne va plus parler que du roi et de sa famille. "

Sur sa route, le navire passe plusieurs fois au large de la France, et les passagers peuvent apercevoir la silhouette des côtes de leur mère patrie qu’ils ne reverront, pour certains, plus jamais. Napoléon aurait alors déclaré :

 

Adieu, terre des braves, je te salue ! Adieu, France, adieu !

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Le voyage est long et pénible. Il faut faire beaucoup de ravitaillements sur les côtes africaines, et il faut deux mois et demi au navire et à son escorte militaire pour rejoindre Sainte-Hélène. Napoléon, pour passer le temps, aurait commencé à dicter ses mémoires. Un travail qui ne finira que peu avant sa mort.

Lorsque les hautes falaises noires de l’île volcanique apparaissent aux passagers du Northumberland, ils sont pris d’effroi par son aspect rude et peu accueillant. Pour eux, aucun doute, l’empereur est bien arrivé dans sa dernière prison.

Napoléon, le Crépuscule de l’Aigle ", réalisée par Franck Istasse et Pierre Devalet.

Avec les interventions de quatre historiens, parmi les meilleurs spécialistes de la période napoléonienne :

 

Pierre Branda, spécialiste du Premier Empire       

Thierry Lentz, directeur de la Fondation Napoléon

Charles-Éloi Vial, secrétaire général de l’Institut Napoléon         

Emmanuel de Waresquiel, spécialiste de la France du 19e siècle