Napoléon : Les dernières heures de l’Empire (Episode 2)

Episode 2

Les dernières heures de l’Empire

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La défaite cuisante de l'armée française à Waterloo force Napoléon à fuir vers Paris, en galopant jour et nuit.

Pourtant, il ne semble pas se rendre compte de la catastrophe militaire et politique qu’il vient de subir, et qualifie Waterloo d’ " échauffourée ". Il refuse de reconnaître son humiliation, et n’a qu’une seule idée en tête : reconstituer ses troupes pour repartir au combat.

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Bataille de Waterloo - La fuite © Getty Images

Il lui faut trois jours pour rejoindre la capitale française. Affaibli physiquement et mentalement, il ne s’aperçoit pas de ce qui se joue autour de lui. Il cherche des soutiens politiques pour tenter de maintenir cet empire vacillant, et espère que les députés de l’Assemblée soutiendront son ambition militaire. Mais la menace de l’invasion étrangère et de la guerre civile, qui risquent de mettre Paris à feu et à sang, a raison de l’empereur.

L’opposition contre Napoléon gagne du terrain heure après heure. Ses rares soutiens l’enjoignent à prendre le pouvoir de force, à dissoudre les Chambres et à déclarer la dictature, tandis Joseph Fouchet, l’intrigant ministre de la Police depuis la fin de la Révolution, manigance pour se débarrasser définitivement de Bonaparte.

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Devant la Chambre des Représentants, il dit :

Napoléon est revenu furieux, décidé à dissoudre la Chambre et à saisir la dictature. Nous ne souffrirons pas je l’espère, ce retour à la tyrannie. 

Le danger est pressant ; dans peu d’heures, les chambres n’existeront plus ; vous seriez bien coupables de négliger le seul moment de vous opposer à la dissolution
. […] Il est très abattu et n’est pas reconnaissable.

Il espère…Il désespère…Il veut…Il ne veut pas…C’est une tête détraquée.

La chute de l’empire

Waterloo © Tous droits réservés

Pour chasser Bonaparte du trône, Fouchet manipule une grande figure de la Révolution française, le marquis de La Fayette, qui a également combattu lors de la Révolution américaine et que Georges Washington avait nommé général à 19 ans à peine.

 

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MONSIEUR LE MARQUIS DE LA FAYETTE, COMMANDANT GENERAL DE LA GARDE NATIONALE PARISIENNE © CC0 Paris Muses / Muse Carnavalet

La Fayette exige l’abdication de l’empereur devant l’Assemblée

Napoléon savait-il déjà que tout était perdu ? Peut-être pensait-il déjà à sa postérité, à construire sa légende dorée, lorsqu’il refuse finalement de prendre le pouvoir par la force. Quelle image cela aurait-il laissée de lui ? Il abdique donc pour la seconde fois, après avoir tenté vainement de sauver le trône impérial pour y placer son fils encore enfant et gardé à Vienne par l’ennemi autrichien.

Mais personne ne veut de cette solution. Louis XVIII revient donc sur le trône, c’est la fin des Cent Jours, la fin de l’empire. Mais Napoléon n’est plus en phase avec la réalité des choses, il tente de se faire nommer général de l’armée, pour battre les Anglais et les Prussiens, alors que Fouchet négocie déjà la paix avec eux.

Cette fois, la partie est bel et bien finie. Napoléon doit préparer son départ. Et c’est vers les États-Unis que son regard se tourne.

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Joseph Fouch © CC0 Paris Muses / Muse Carnavalet

Thierry Lentz :

Les États-Unis, pour Napoléon, représentent à la fois une terre neuve où il n’est pas très connu. Il se leurre un petit peu sur sa propre image aux États-Unis. Les relations entre la France napoléonienne et les États-Unis n’ont pas été mauvaises.

Ils n’ont pas été alliés, mais ça n’a pas été mauvais. Donc il imagine que dans ce pays neuf, il pourra, dit-il, s’installer un peu bourgeoisement, écrire ses mémoires, observer les étoiles, et que sais-je encore.

Mais enfin, j’imagine que le gouvernement voyant arriver Napoléon chez lui n’aurait pas cru un mot de cette envie de devenir un ‘pionnier’ supplémentaire aux États-Unis.

Fouchet, qui est à la tête du gouvernement provisoire promet à l’ex-empereur qu’il pourra partir, que deux frégates l’attendent pour traverser l’Atlantique. Mais les Alliés ne l’entendent pas de cette oreille. Un Napoléon neutralisé est un Napoléon captif…ou mort. Fouchet sait bien que les Anglais ne le laisseront pas s’en aller. Ils le captureront ou couleront son navire.

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Napoléon et sa suite se mettent tout de même en route vers le port de Rochefort, soumis au blocus de la marine anglaise. Les laissez-passer promis par Fouchet n’arriveront jamais, et la seule solution pour que les frégates puissent passer, c’est de combattre. Chose à laquelle l’empereur en perdition se refuse.

Napoléon Bonaparte prend alors tout le monde de court. Il abandonne son rêve américain, et décide, a la surprise générale, de se rendre aux Anglais. Il écrit au prince régent, le futur roi Georges IV:

En butte aux factions qui divisent mon pays et à l’inimitié des puissances de l’Europe, j’ai terminé ma carrière politique, et je viens comme Thémistocle, m’asseoir au foyer du peuple britannique. Je me mets sous la protection de ses lois, que je réclame de Votre Altesse Royale, comme du plus puissant, du plus constant et du plus généreux de mes ennemis. 

La nouvelle est accueillie différemment par la suite de Bonaparte. Certains s’en vont, d’autres décident de le suivre dans sa captivité, pour diverses raisons. C’est sur un imposant navire anglais, ayant participé à sa fameuse défaite de Trafalgar, que Napoléon et ses fidèles embarquent en direction de leur destin.

Napoléon, le Crépuscule de l’Aigle ", réalisée par Franck Istasse et Pierre Devalet.

Avec les interventions de quatre historiens, parmi les meilleurs spécialistes de la période napoléonienne :

 

Pierre Branda, spécialiste du Premier Empire       

Thierry Lentz, directeur de la Fondation Napoléon

Charles-Éloi Vial, secrétaire général de l’Institut Napoléon         

Emmanuel de Waresquiel, spécialiste de la France du 19e siècle