Episode 5

La mort et la construction de la légende

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En exil depuis 6 ans sur l’île de Sainte-Hélène, Napoléon Bonaparte, ancien empereur des Français, se meurt, lentement. Il n’écrit même plus, lui qui avait à cœur de raconter sa vie hors du commun pour la postérité. Les rares fidèles restés à son chevet, comme le général Montholon, le voient s’éteindre petit à petit. Ce dernier dira :

 

La maladie de l’Empereur ne cède à aucun remède, sa marche est constante, quoique lente heureusement ; toutes les fois que je le puis, je l’arrache de son lit pour lui faire faire le tour du parc en calèche ; il ne peut plus du tout marcher, même dans sa chambre sans être soutenu, tant sa faiblesse est grande ; c’est aujourd’hui un cadavre qu’un souffle de vie anime, au physique et au moral ; ce maudit Sainte-Hélène l’aura tué "

 

Ses geôliers, les Anglais, se méfient encore et toujours. Ils imaginent que son état de santé est une ruse pour se faire rapatrier en Europe. Hudson Lowe, éternel rival sur Sainte-Hélène, refuse de croire que l’état d’un tel homme puisse être si mauvais. Pour lui, c’est une évidence : Napoléon feint la maladie.

 

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Mais la mort arrive bel et bien, n’en déplaise aux Anglais. Les soins qu’il reçoit sont ceux de l’époque, inadaptés. On lui fait ingérer des doses mortelles de mercure, pensant le guérir. L’agonie est longue et pénible, et tous les jours ses compagnons pensent qu’il ne passera pas la nuit. On est bien loin de ce que Napoléon avait imaginé pour son trépas, si peu digne d’un souverain.

 

La question de son testament est primordiale. Alors qu’il n’arrive presque plus à écrire, il rédige ou dicte plusieurs pages dans lesquelles il divise ses biens entre toute une série de personnes : son fils, sa famille, ses compagnons de Sainte-Hélène, y compris les domestiques et des personnes qui l’on un jour aidé ou soutenu, et dont il se juge redevable. Il n’est pas certain que toutes ces personnes recevront les sommes ou les biens mentionnés, mais il sait que son testament aura un impact moral en France. À son fils, il adresse ces quelques lignes:

 

Je recommande à mon fils de ne jamais oublier qu’il est né prince français. Il ne doit jamais combattre, ni nuire en aucune autre manière à la France, il doit adopter ma devise : tout pour le peuple français. "

 

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Le 5 mai 1821, à 17h49, l’empreur meurt dans son lit. Ses derniers mots auraient été " France…tête de l’armée…Joséphine…Mon fils ".

Le décès est constaté par le gouverneur de Sainte-Hélène, Hudson Lowe, le lendemain matin. Devant la dépouille de celui qu’il se bornait à appeler " le général Bonaparte ". Il aura ses quelques mots :

Eh bien, messieurs, il a été le plus grand ennemi de l’Angleterre, et aussi le mien, mais je lui pardonne tout. À la mort d’un grand homme, nous ne saurions éprouver que recueillement et regret. " 

 

Le corps est autopsié, afin qu’on identifie les causes de sa mort, et qu’on ne puisse accuser personne de l’avoir assassiné. Il est enterré, le 9 mai, dans un bel endroit qu’il avait lui-même choisi sur l’île, même si sa volonté était bien d’être inhumé en France.

 

La légende

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En France justement, la nouvelle du décès n’émeut pas grand monde. Et ce n’est qu’à partir de 1823, date de publication du " Mémorial de Sainte-Hélène " rédigé par le comte de Las Cases qui était avec lui à Sainte-Hélène, que son souvenir est remis au goût du jour. La politique, la littérature, l’art s’inspirent de ce que l’homme aurait laissé à la postérité. C’est le début de la légende napoléonienne.

 

 

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1ER MARS 1815, NAPOLEON..A L'ARMEE. NOUS N'AVONS POINT ETE VAINCUS © CC0 Paris Muses / Muse Carnavalet
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Dans le Mémorial, Napoléon semble s’adresser directement aux lecteurs. Il y raconte sa vie, ses souvenirs, son œuvre politique. C’est en tous cas ce que veut faire paraître Las Cases. Et cela fonctionne, le Mémorial est un vrai succès littéraire.

 

Emmanuel de Waresquiel : "  La publication du mémorial est un immense tournant dans la légende napoléonienne. […] Napoléon, cet homme de la mise au pas de l’Europe, cet homme du silence et de l’autoritarisme devient, par la grâce du Mémorial, le champion des libertés européennes. C’est une transformation. Mais toutes les mémoires sont des objets complexes de transformations successives. C’est un tour de force tout à fait inouï. Probablement que le plus grand tour de force de Napoléon, c’est celui-là.  "

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Mais le corps de ce nouveau héros français est toujours enterré loin de sa patrie. L’Angleterre ne le rendra que si Paris en fait la demande. Et il faudra attendre 1840, et le règne de Louis-Philippe, pour que cela se fasse. Une expédition se met en place, certains des hommes qui étaient avec l’empereur à Sainte-Hélène retournent sur l’île pour l’exhumer et le rapatrier vers la France.

 

Au pays, la foule est immense pour venir voir l’arrivée des cendres et la cérémonie aux Invalides, lieu bâti à la gloire militaire. Le roi Louis-Philippe, qui espérait par cette opération  faire taire la popularité de la légende napoléonienne et des rivaux bonapartistes, ne peut qu’être surpris de la ferveur qu’il vient de déclencher.

 

Napoléon continuera à fasciner, tant pour son ascension fulgurante vers les sommets du pouvoir que sa chute dramatique. La légende traverse les 19e et 20e siècles, devenant une image, un symbole, et s’inscrivant parmi les plus grands noms de l’Histoire mondiale. Ce Napoléon qui tient plus de la légende que de l’histoire a pris beaucoup de place dans la société française et européenne.

 

De nos jours pourtant, un regard plus critique ose se porter sur l’homme et sa mémoire. Le rétablissement de l’esclavage dans les colonies françaises est aujourd’hui remis en question, et fait tomber le mythe de son piédestal. Au moment des 200 ans de sa mort, alors qu’il revient sur le devant de l’actualité, l’image de Napoléon Bonaparte, et l’héritage qu’il a laissé à la société, sont plus que jamais en discussion.

Le 5 mai 1821 à 17h49, Napoléon Bonaparte, empereur des Français, meurt à l’âge de 51 ans, en exil sur Sainte-Hélène. C’est là, sur cette ile austère perdue au milieu de l’Atlantique qu’il aura passé les six dernières années de sa vie, aux mains des Anglais, ennemis de toujours.

 

L’homme aura marqué l’Histoire de l’Europe et du monde, car 200 ans après sa mort, son souvenir est toujours bien présent.

 

La Première vous propose un podcast inédit : " Napoléon, le Crépuscule de l’Aigle ", réalisée par Franck Istasse et Pierre Devalet.

 

Avec les interventions de quatre historiens, parmi les meilleurs spécialistes de la période napoléonienne :

 

Pierre Branda, spécialiste du Premier Empire       

Thierry Lentz, directeur de la Fondation Napoléon

Charles-Éloi Vial, secrétaire général de l’Institut Napoléon         

Emmanuel de Waresquiel, spécialiste de la France du 19e siècle