Napoléon à Sainte-Hélène: l'ancien empereur sous surveillance (Episode 4)

Episode 4

Napoléon à Sainte-Hélène: l'ancien empereur sous surveillance

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Napoléon Bonaparte, accompagné d’une poignée de fidèles, est arrivé en exil sur l’île de Sainte-Hélène, où il est prisonnier de l’Angleterre. Pour garder l’empereur déchu, et prévenir toute tentative de fuite, les Anglais ont mis en place un système de surveillance colossal. 

Pierre Branda : " Le dispositif militaire pour garder Napoléon est unique dans l’histoire mondiale. Jamais on n’a consacré autant de moyens pour garder un seul homme. […]

En fait, on a réservé un océan tout entier à Napoléon. Car avec cette distance, on veut construire un premier cercle. Le second cercle, c’est la flotte britannique qui est maintenant dévolue à garder Napoléon, et à quasiment plus rien d’autre. 
"

 

L’île devient une vraie forteresse, de par sa situation et de par sa géographie escarpée. Les Anglais installent 3000 soldats et 500 canons sur le pourtour de l’île, c’est deux fois plus de canons que ce qu’il y en avait sur-le-champ de bataille de Waterloo. Un système impressionnant, qui coûte une vraie fortune au gouvernement britannique.

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Deux mois après son arrivée, Napoléon est logé dans une vaste maison restaurée, à Longwood, un plateau isolé du reste de l’île et facilement défendable. Il semble accepter son sort, car il reste persuadé que cette situation n’est que temporaire, et ne sait pas encore que son nouveau lieu de résidence est probablement l’un des pires de Sainte-Hélène, balayé par les vents et rongé par l’humidité qu’apporte la brume.

 

Longwood se trouve dans une des parties les plus élevées de l’île. Des vents éternels, parfois violents, en balayent constamment la surface ; des nuages le couvrent presque toujours ; le soleil, qui y paraît rarement, n’en a pourtant pas moins d’influence sur l’atmosphère ; il attaque le foie si on n’y prend pas garde, si on ne s’en préserve pas avec soin : des pluies abondantes et soudaines achèvent d’empêcher qu’on ne distingue ici aucune saison régulière. 

Écrit le comte de Las Cases, compagnon d’exil de Bonaparte, dans " Le Mémorial de Sainte-Hélène ".

 

En captivité

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Napoléon n’est pas libre de ses mouvements sur Sainte-Hélène. Il ne peut sortir hors des limites d’un périmètre précis sans être accompagné d’un officier anglais. Des factions sont installées tout autour de la maison, et la nuit, des sentinelles sont sous les fenêtres. La correspondance de Bonaparte est surveillée, pour éviter qu’il n’organise une quelconque évasion.

Les autres Français ne sont, eux, juridiquement pas des prisonniers. Ils ont donc bien plus de libertés que l’ancien empereur. La suite napoléonienne peut d’ailleurs entrer en communication avec le reste du monde.

Malgré que les Anglais ne lui reconnaissent pas le titre impérial, Napoléon régit son domaine avec la même étiquette qu’à Paris, la seule trace de l’empire qui lui reste.

 

Charles-Éloi Vial

 

Napoléon a quand même une certaine autorité naturelle qui lui permet d’en imposer et d’imposer le respect autour de lui. Quand il est là, personne ne ‘moufte’, personne n’ose élever la voix.

Il y a un respect parmi tous les Français qui l’ont accompagné. Ils continuent à se comporter comme s’ils étaient aux Tuileries. Napoléon dicte des ordres très nets sur la façon dont doit fonctionner sa maisonnée.

C’est-à-dire que les cuisines, l’office, les écuries, la chambre, tout cela est une sorte de réduction du fonctionnement du palais des Tuileries, et l’étiquette continue à s’appliquer.
 "

 

Et comme à la cour de Paris, Longwood n’échappe pas aux intrigues de ses occupants. Coups bas, mesquineries, adultères, ambitions personnelles rythment le quotidien des exilés. Exemple des petits jeux qui se jouent entre celles et ceux qui gravitent autour de Napoléon, ces écrits du général Gourgaud, pétri de jalousie envers la maîtresse de l’empereur:

 

L’Empereur nous fait demander. Il joue au billard avec la Montholon. Cette dernière fait tout ce qu’elle peut pour faire la passionnée avec Sa Majesté : yeux doux, pieds en avant, robe pincée à la taille ; enfin elle cherche à faire la belle et ce n’est pas facile. "

 

Autre source de tension sur l’île, la relation exécrable qu’a Bonaparte avec son geôlier, Hudson Lowe, gouverneur militaire de Sainte-Hélène. Les deux hommes ne se comprendront jamais, et resteront en conflit permanent jusqu’à la fin.

Une fin douloureuse

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Napoléon reste persuadé qu’un jour, il pourra quitter cet enfer. Il espère qu’une fois la paix revenue en Europe, on le laissera prendre sa retraite quelque part.

Mais il sous-estime la peur qu’il inspire encore auprès des puissances qui dominent le monde. On craint toujours son retour et toutes les perturbations que cela pourrait engendrer. Lorsqu’il se rend compte qu’il ne sera jamais libéré, et qu’il ne reverra jamais la France, Napoléon entre en dépression.

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Qui plus est, certains de ses compagnons d’infortune commencent à réfléchir à un retour, après tant de temps passé au service de leur empereur. Napoléon en est profondément touché, et il commence à comprendre que Sainte-Hélène sera son tombeau.

Sa santé décline petit à petit. Il souffre de divers maux, que le climat n’arrange pas. Au premier d’entre eux, son ulcère à l’estomac, bien connu de tous.

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 Il dit : " Je perds mon énergie, je ne vivrai pas deux ans, je ne dors plus de ce bon sommeil qui me reposait la tête, je m’assoupis. Je me rappelle mes fautes, c’est comme un cauchemar continuel dès que je ferme les yeux. "

 

Il finit par ne presque plus sortir, sauf lorsque son médecin le lui conseille, et se nourrit difficilement. Dans son entourage, on sait alors que la fin est proche. Nous sommes en 1821, et l’empereur n’en a plus que pour quelques mois.

" Napoléon, le crépuscule de l’aigle "

 

Le 5 mai 1821 à 17h49, Napoléon Bonaparte, empereur des Français, meurt à l’âge de 51 ans, en exil sur Sainte-Hélène. C’est là, sur cette île austère perdue au milieu de l’Atlantique qu’il aura passé les six dernières années de sa vie, aux mains des Anglais, ennemis de toujours.

 

L’homme aura marqué l’Histoire de l’Europe et du monde, car 200 ans après sa mort, son souvenir est toujours bien présent.

 

La Première vous propose un podcast inédit : " Napoléon, le Crépuscule de l’Aigle ", réalisée par Franck Istasse et Pierre Devalet.

 

Avec les interventions de quatre historiens, parmi les meilleurs spécialistes de la période napoléonienne :

 

Pierre Branda, spécialiste du Premier Empire       

Thierry Lentz, directeur de la Fondation Napoléon

Charles-Éloi Vial, secrétaire général de l’Institut Napoléon         

Emmanuel de Waresquiel, spécialiste de la France du 19e siècle